‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 140 sur 219 · IS., LXVI · texte numérisé non relu

IS., LXVI

Le fleuve monastique qui a pris naissance dans les déserts de rÉygpte se divise en deux grands bras. L'un s'épanche en Orient, Pinonde tout d'abord, puis s'y concentre et s'y perd. L'autre s'échappe en Occident et s'y répand par mille canaux sur un monde entier à recouvrir et à féconder. Il faut retourner sur nos pas poiu* le suivre. Les débuts en sont bien moins anciens et moins éclatants, mais le lit qu'il creuse est bien autrement profond et prolongé.

Tout d'abord nous rencontrerons de nouveau Athanase, que nous avons vu associé aux grands patriarches des cénobites, l'hôte, le disciple et le

client d'Antoine, le défenseur de Basile. On sait quelle fut sa vie. L'exil était alors le partage des confesseurs de la foi , mais c'était aussi le moyen choisi par Dieu pour répandre au loin la semence de la vertu et de la vérité. Constantin, qui troul)la l'Église après l'avoir délivrée, infligea d'abord cette peine à saint Atlianase ; Constance et les ariens la lui firent si souvent subir qu'on peut dire qu'il vécut presque autant dans l'exil que sur son siège. Il y retournait toujours calme et intrépide, heureux d'être la victime et non l'auteur de ces violences qui marquent toujours la faiblesse d'une mauvaise cause. Deux fois la persécution le contraignit de se réfugier dans la Thébaïde, et trois fois un ordi*e impérial l'exila en Occident. Il devint ainsi le lien naturel entre les Pères du désert et ces vastes régions que leurs successeurs devaient conquérir et transformer. Vainqueur de l'arianisme par les seules forces de la foi, du courage, de la patience, soutenu par les papes contre les empereurs et les évêques infidèles à la divinité de Jésus, il lui appartenait plus qu'à tout autre d'introduire l'institut monastique à Rome, tête et centre de l'Église, et qui ne pouvait demeurer plus longtemps étrangère à ce nouvel et merveilleux développement de la vie chrétienne. Ce fut en 340 qu'il vint pour la première fois à Rome, afin d'y fuir la violence des ariens, et

d'invoquer la protection du pape Jules. Celui-ci convoqua les adversaires de l'évêque d'Alexandrie à un concile devant lequel ils reculèrent parce qu'ils comprirent qu'ils y rencontreraient un tribunal vraiment ecclésiastique où il n'y am^ait ni comte ni soldats aux portes, ni ordres de Fempereur \

Pendant que le pape et le concile rendaient juslice au glorieux défenseur de la divinité du Christ, il répandait à Rome les premières nouvelles de la vie que menaient les moines dans la Thébaïde , des merveilleux exploits d'Antoine, qui vivait encore, des immenses fondations que Pacôme créait alors même siu* les bords du Nil supériem\ Il avait amené avec lui deux d'entre les plus austères de ces moines. L'un était Ammonius, si absorbé dans la contemplation des choses divines qu'il ne daigna visiter aucune des merveilles de Rome, sauf les tombaux de saint Pierre et de saint Paul; l'autre, Isidore, gagna tous les cœurs par son aimable simplicité. Tous deux servirent de garants à la véracité de ses récits et de types aux Romains qui pouvaient être tentés d'imiter leur exemple. Ce n'est pas qu'à Rome la vie religieuse fut complètement inconnue. On voit des traces de son existence pendant les dernières persécutions , dans les Actes

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