S. HiERON., Vit. S. Marcellx, c
MOINES DOCC, I. 9
baïclc, et cette biographie, répandue dans tout FOccidenl, y acquit aussitôt la popularité d'une légende et l'autorité d'une confession de foi. Athanase était aux yeux de tous les chrétiens occidentaux le héros du siècle et l'oracle de l'Église. Son génie et son courage l'avaient porté au pinacle de la gloire. On comprend tout ce que cette gloire devait ajouter de crédit à son récit et aux enseignements qui en découlaient. Sous cette forme narrative, dit saint Grégoire de Nazianze , il promulguait les lois de la vie monastique * .
Bientôt la ville et les environs de Rome se remplirent de monastères rapidement peuplés par des hommes que distinguaient également la naissance, la fortune et la science, et qui vivaient dans la charité, la sainteté et la liberté -. De Rome, le nouvel institut, que l'on qualifiait déjà de religion, ou de vie religieuse par excellence % s'étendit à toute l'Italie. Il s'implanta au pied des Alpes par l'influence
l.S. Greg. Nazianz., Orat. 27 in laud. S. Athan., Conf. Nice- PHOR., lib. VIII, c. 40.
2. Romee plura monasteria cognovi, in quibus singuli... céeteris seciim viventibus prœerant Christiana caritate, sanctilate et liberlate viventibus. S. Auglst., de Morihus Ecclesix, c. 33. — Multi nionachi sapientes, potentes, nobiles. S. Hieron., epist. 26 adPammach.
3. Dès lors on donnait à l'institut monastique le nom de religion, et aux moines celui de rclifjieux. — Unus in religionis, alius in sacerdotii nomen ascendit. Euciier., af/ Valerian., ap. Bllteau, Hisl, de l'Ordre de Saint-Benoît, i, 46,
EN OCCIDENT. loi
d'un grand évêque, Eusèbc de Verceil (-J- 370), qui avait, comme Athanase, glorieusement confessé la foi contre les ariens, et qui, exilé comme lui, avait été chercher dans la Thébaïde même les modèles que l'évêque d'Alexanch^ie avait révélés à Rome. C'est ainsi que la persécution arienne et l'exil des confesseurs de la foi faisaient voler et fructifier au loin la semence monastique. L'histoire de ce temps jx)urrait se résumer dans la phrase célèbre de Tertullien ainsi modifiée : Eœilium confessorum semen monachorum. Revenu en Italie, Eusèbe donna le premier un exemple souvent imité depuis, et toujours avec succès, celui de confier le soin du culte dans sa cathédrale à des moines ^ . Du continent le nouvel institut gagna rapidement les îles de la Méditerranée, et jusqu'à ces âpres rochers de la Gorgone et de Gapraja, où les moines, exilés volontaires du monde, allèrent prendre la place des criminels et des AÎctimes politiques que les empereurs avaient coutume d'y reléguer. On vit un jour ces moines de la Gorgone s'embarquer et courir au-devant des reliques de sainte Julie, noble \ierge de Carthage, réduite en esclavage par les Vandales de Genséric, puis martyrisée par les païens au
1. Primus in Occidentis partibus in eadem Ecclesia eosdem nionachos inslitiiit esse, qiios clericos, ut esset in ipsis viris contemptus rerum et accuratio levitaruni. Breviarium RomanuiM, die 16 decemb.
cap Corse, où son maître, un marchand syrien, s'était arrêté pour sacrifier. Devenus possesseurs de ce trésor, ils le transportent dans leur nid de rochers, en volant à pleines voiles, dans leur frêle esquif, sur les flots conmie des oiseaux de mer ' ; La terre et la mer durent reconnaître des hôtes et des maîtres nouveaux.
Il y eut donc dès lors, et pendant toute la secondé moitié du iv° siècle, à Rome et en Italie, un vaste et admirable mouvement vers la vie spirituelle et pénitente. L'esprit de Dieu souffla sur les âmes. Ce fnt surtout au sein de la noblesse romaine que la parole d'Athanase tomba comme la foudre et qu'elle enflamma les cœurs. Ces vieilles races patriciennes qui avaient fondé Rome, qui l'avaient gouvernée pendant toute sa période de splendeur et de liberté, qui avaient vaincu et conquis le monde, expiaient depuis quatre siècles sous le joug abominable des Césars ce qu'il y avait eu de si dur et de si égoïste dans la gloire de leurs pères. Humiliées, souillées, décimées à outrance pendant cette longue servitude, par les maîtres que Rome dégénérée s'était donnés, elles pouvaient enfin trouver dans la vie chrétienne telle que la pratiquaient les moines la dignité du sacrifice et l'émancipation de l'âme. Ces
1. Inmodumvolacrum... Vêla plenis itersuum agerent. Rijinart, Hist.pcrsec, Vandal., p. 221
fils des vieux Romains s'y précipitèrent avec le magnanime élan et la persévérante énergie qui avaient valu à leurs aïeux l'empire du monde.
(( Autrefois », dit saint Jérôme, « selon le témoignage de l'Apôtre, il y avait peu de riches, peu de nobles, peu de puissants parmi les chrétiens. Maintenant il n'en est plus ainsi*. Ce n'est pas seulement parmi les chrétiens, c'est parmi les moines que se trouvent en foule les sages, les riches et les nobles »
Ils purifiaient ainsi ce qui devait rester de trop humain dans leurs âmes ulcérées, par des vertus inconnues de leurs pères : l'humilité, la chasteté, la charité, le mépris de soi et la tenckesse pour la misère d'autrui, l'amour d'un Dieu crucifié, dont tout pauvre, tout malade, tout esclave reproduisait l'image et les droits. Toutes ces divines nouveautés venaient raviver dans ces grands cœurs les mâles traditions d'austérité, d'abnégation, de sobriété et de désintéressement qui avaient brillé comme une auréole autour du berceau de leur antique splendem\ L'institut monastique leur offrait un champ de bataille où les luttes et les victoires de leurs aïeux pouvaient être renouvelées et surl)assées pour une cause plus haute et contre des ennemis plus redoutables. Les grands hommes dont