‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 143 sur 219 · s. HiERox., epist. 2i,deObiiu Paulinx · texte numérisé non relu

s. HiERox., epist. 2i,deObiiu Paulinx

la mémoire planait encore sur Rome dégénérée n'avaient combattu que des hoimiies, subjugué que des corps : leurs descendants entreprenaient de lutter contre les démons et de conquérir les âmes\

Même dans l'intérêt de leur gloire purement humaine et des grands noms dont le poids les écrasait, qu'aurait pu rêver de mieux le sectateur le plus superstitieux du culte des ancêtres? La puissance politique, la grandeur temporelle, l'influence aristocratique, s'étaient perdues pour toujours au milieu de l'abaissement universel. Dieu les appelle à être les ancêtres d'un peuple nouveau; il leur donne un nouvel empiï*e à fonder ; il leur permet d'ensevelir la gloire de leurs aïeux et de la transfigurer au sein de la régénération spirituelle du vieux monde.

Ces noms éclatants, qui avaient disparu de l'histoire dans le cloaque impérial, reparaissent ainsi pour jeter un dernier rayon destiné à ne jamais pâlir en se confondant avec les inextinguibles splendeurs de la loi nouvelle.

La noblesse romaine transporte donc et reproduit à Rome un brillant échantillon des merveilles de laThébaïde. Les vastes et somptueuses villas des sénateurs et des consulaires se changèrent en mai-

1 . Illi vicerunl corpora... haec sujugavit animas. S. Hieron.. epist.

ES OCCIDENT. lo5

sons de retraite presque en tout seml)lables à des monastères, et où les descendants des Scipions, des Gracclius, des Marcellus, des Camille, des Anicius, menaient dans la solitude une vie toute de sacrifice et de charité. Ceux qui portaient ces grands noms ne s'enfermaient pas toujours dans la retraite, mais ils s'honoraient du titre de moine, en prenaient le grossier habit, vendaient leurs biens ou les donnaient aux pau\Tes, couchaient sur la dure, jeûnaient toute leur vie, et gardaient dans le ministère actif de la charité un régime aussi austère que celui du cloître * .

On les voyait mêler à la pourpre sénatoriale leur manteau de bure grise et se faire plébéiens par le costume, en foulant aux pieds le respect humain, ce qui paraissait alors la plus difficile des victoires, car, dit saint Jérôme, « on en connaît qui ont résisté aux tourments, mais qui cèdent à la honte. Ce n'est donc pas peu de chose pour un homme noble, éloquent, riche, d'é\iter dans les places publiques la société des puissants pour se mêler à la foule, se confondre avec les pauvres, fréquenter les paysans, et de prince se faire peuple*. »

Mais on admirait encore plus la métamorphose qu'avaient subie certaines grandes dames de Rome.

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