s. HiERON., epist, 16, ad Principiam
2. S. Hiiîuox., loc. cit. — Quot matronœ, quot virgines Dei et ingenua nobiliaque corpora liis belluis fuere ludibrio! Id., epist. 35-
mirait plus encore peut-être qu'il n'a été admiré par elles, et il a voulu que la postérité partageât cette admiration : il y a réussi en lui léguant ces récits marqués au coin de sa verve impétueuse et de son ardente émotion , que l'Église a adoptés et qui forment une des plus belles pages de ses annales. L'histoire monastique réclame la gloire de saint Jérôme, de ce lion de la polémique chrétienne, lion à la fois enflammé et dompté , enflammé par le zèle et dompté par la pénitence. S'il n'eut ni la grandeur des vues ni la constante noblesse de caractère qui font d'Athanase l'un des persoimages les plus accomplis de l'histoire, Jérôme n'en demeure pas moins un honnne de haute et de grande nature, en qui l'inspiration chrétienne s'allie merveilleusement avec l'âpre et fier génie de l'ancienne Rome. Nous n'avons point à retracer ici toute la vie de ce grand docteur qui, né en Dalmatie\ porta successivement à Rome, dans la Gaule, à Constantinople, l'impétuosité presque sauvage de son caractère, les ardeurs de sa foi , l'infatigable activité de son esprit, les immenses ressources de sa science et cette fougue inépuisée qui dégénérait quelquefois en emphase et en affectation , mais qui le plus sou-
1 Selon les uns, en 331 ; selon les autres, en 3i0 ou 346. Cette dernière date parait la plus avérée. Voir la bonne Hist. de saint Jérôme, par M. Collombet, Lyon, 1844.
168 LES PRÉCURSEURS MOiNASTIQUES
vent atteignait la véritable éloquence. Ce qui nous intéresse le plus, c'est le moine, c'est le solitaire, qui, venu de TOccident , essaya de ramener le courant monastique vers sa source , en Orient , et qui eût peut-être réussi à régénérer pour de longs siècles les moines d'Orient, si Dieu lui avait permis de leur instiller le courage et l'énergie qu'il avait apportés du fond des montagnes. Poussé vers la solitude par un attrait passionné et par la préoccupation de son salut , il fuit les vices et les voluptés de Rome; il va chercher un asile en Syrie parmi les nombreux anachorètes qui faisaient de cette contrée la rivale de l'Egypte monastique. Il se crée une sorte de citadelle dans le désert brûlant de Chalcis , siu* les confins de l'Arabie. C'est là qu'il s'enferme dans l'étude de l'hébreu et du chaldéen , et qu'il se prépare à devenir le conmientateur et le traducteur des saintes Écritures. Il y mêle le culte des lettres antiques et de son auteur favori, Gicéron, avec tant de passion qu'il s'en effraye lui-même et promet d'y renoncer, à la suite d'un songe fameux, oublié plus tard en même temps que sa promesse téméraire , au grand profit de son génie et de notre édification, car nul n'a jamais évoqué avec plus d'à-propos et de majesté les grands souvenirs de l'antiquité classique ^ . D'autres visions
1 On sait qu'il écrivit le récit de ce songe, qu'il intitula : Histoire
plus menaçantes encore le troublent au milieu des oraisons , des austérités , des jeûnes excessifs qu'il s'imposait pom^ l'amour de son ame ; il est poursuivi par le souvenir des délices de Rome et des chœurs de jeunes filles qui viennent peupler sa cellule et la rendre complice de son imagination bouillonnante ^ . Mais bientôt l'influence bénie de la solitude habitée pour Dieu triomphe de ces évocations du passé : Il se sent assez fort , assez rassuré pour appeler à la fin da sa retraite un ami de jeunesse dont le salut lui était cher; il lui crie à travers les mers : « 0 désert émaillé des flem^s du Christ! 0 (( solitude où naissent les pierres dont est construite (( dans l'Apocalypse, la cité du grand roi! 0 re- (( traite qui se réjouit de la famiharité de Dieu! « Que fais-tu dans le siècle, mon frère, avec ton « âme plus grande que le monde? Jusques à quand (( seras-tu retenu à l'ombre des toits , et dans le
de mon infortune. Voir Collombet, 1. 1, chap. 7, et t. II, cliap. 1, au sujet des études classiques de Jérôme, qu'il n'iiésita pas à continuer malgré cet avertissement, et que lui reprochait si durement son antagoniste Rulln.Il se souvient si peu de son songe et de sa promesse, qu'il fait copier par des moines les dialogues deCicéron, explique Virgile à Bethléem et répond aux accusations de Rufin qu'après tout il ne s'agit que dun songe. « Celui qui me reproche un songe, je le renvoie auxprophUes, qui enseignent que les songes sont vains et ne méritent pas de foi. nContr. Rufin. ^i, 30, cité par Ozanam, Civilisation au cinquième siècle, I, 301, où toute cette question est parfaitement expliquée.