‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 161 sur 219 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

(( et vient à mourir de besoin, à qui reclemandera- (( t-on son âme, si ce n'est à moi? » Aussi, lorsqu'elle mourut, elle ne laissait à sa fille pas une obole, dit Jérôme, mais bien une masse de dettes, et, qui pis est, une foule immense de frères et de sœurs qu'il était difficile de nourrir et qu'il eût été impie de renvoyer. Au fond, tout en se laissant prêcher et blâmer de ses aumônes exorbitantes, elle savait bien qu'elle serait comprise par celui qui, lui aussi, s'était dépouillé de tout et qui plus tard envoyait son frère Paulinien dans son pays, en Dalmatie, pour y vendre les biens de sa famille et en faire le plus d'argent qu'il le pourrait afin de soulager la pauvreté où se trouvaient réduits les monastères de Bethléem.

Du reste, on aime à savoir que ces chrétiennes si austères, que ces Romaines d'un si rude courage contre elles-mêmes, conservaient dans leur cœui' une veine abondante de tendresse et se rattachaient avec ardeur aux liens qu'elles avaient cru pouvoir ne pas rompre en se donnant à Dieu. L'amom^ maternel et filial inondait encore ces cœm^s intrépides. Aux funérailles de Blésilla, sa fille aînée, Paula ne put comprimer sa douleur et tomba évanouie ; on craignit pour sa vie. Il fallut que Jérôme, dans une lettre éloquente, usât de toute son autorité pour la ramener à la résignation aux volonté d'en haut,

en lui montrant que Pexcès de sa douleur était un scandale aux yeux des païens, un déslionneui^ pour l'Église et l'état monastique. Quand, ^dngt ans plus tard, Paula mourut dans son couvent de Bethléem, on vit Eustochie, après lui avoir prodigué pendant sa dernière maladie des soins minutieux et infatigables, courir du lit de mort de sa mère à la grotte où le Sauveur était né, pour obtenir, à force de prières et de larmes, que Dieu lui permît de mourir en même temps et d'être ensevelie dans le même cercueil. Puis, comme on portait la sainte dame au tombeau, on la vit se jeter sur le corps de sa mère, en baissant ses yeux, en la serrant tout entière dans ses bras, et s'écrier qu'elle voulait être enterrée avec elle*. Il fallut que saint Jérôme réprimât encore cette faiblesse et détachât la religieuse orpheline des saintes dépouilles pour les placer dans la tombe qu'il lem^ avait creusée dans le roc à côté de la grotte de la Nativité, et sur laquelle il grava ces mots : ce Voici où repose la fille « des Scipions et de Paul-Émile, la descendante (( des Gracques et d'Agamemnon, Paula. La pre- <( mière du sénat romain, elle a délaissé sa famille (( et Rome sa patrie, sa fortune et ses enfants, pour « vivre pauvre à Bethléem, auprès de ta crèche,

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