De Vit. Pair., t. 1, n
(( maine, en annonçant que toute cette région et ses (( chefs couraient à leur ruine? — Eh bien! oui, » répliqua le moine en montrant le roi qui Fécoutait. « Oui, perfide et pervers, la ruine que je te prédi- (( sais, à toi et à tes pareils, la voici. Ne vois-tu pas, (( homme dégénéré, que ton droit est périmé par tes (( péchés , et que la prière des innocents va être exauce cée? Ne vois-tii pas les faisceaux et la pourpre « romaine forcée de s'incliner devant un juge vêtu (( de fourrures? Regarde, et vois si quelque hôte (( inattendu ne vient pas revendiquer devant un « nouveau tribunal tes champs et tes domaines^ . » Non seulement le roi des Burgondes donna raison à l'abbé en faisant rendre ses clients à la hberté, mais il le combla de présents et lui offrit pour son abbaye des champs et des vignes. Lupicin ne voulut accepter qu'une partie du produit de ces champs et de ces vignes, de peur que le sentiment d'une trop vaste propriété ne donnât de l'orgueil à ses moines. Alors le roi décréta qu'il leur serait alloué
I. Vie. S. Lupicini, p. 263. — Les auteurs de la Vie des saints de Franche-Comté ont parfaitement reconnu, contrairement à lopinion de Perreciot {De l'état civil des personnes, t. H, p. 34), qu'il s'agit ici d'un seigneur gallo-romain et non bourguignon. Qu'on veuille bien aussi remarquer l'importance qu'attache le narrateur contemporain à ce détail dé costumes, pellitus... in veste pellicea. On en conclura que les fourrures caractérisaient l'habillement des Barbares et n'entraient pas dans celui des Gallo-Romains. On verra plus loin un trait semblable à propos d'Odoacre et de saint Séverin.
tous les ans 300 mesures de blé , 300 mesures de vin et 100 pièces d'or pour leurs vêtements; et le fisc des rois mérovingiens continua à acquitter cette redevance longtemps après la chute du royaume des Burgondes^
L'importance du rôle social et politique de l'abbé Lupicin est en outre démontrée par le curieux récit de son intervention dans le procès intenté par ^gidius, représentant de l'autorité impériale dans les Gaules, au comte Agrippinus, accusé devant l'empereur Majorien d'avoir pactisé avec les Barbares. L'abbé de Condat qui était Tami de ce comte et comme lui favorable aux Barbares, lui servit de fldejiissor ou de garant, et fut accepté connue tel par ^Egidius , qui lui baisa la main en la mettant dans celle du comte ^ .
Cinquante ans plus tard, un autre roi bourguignon, Sigismond, après avoir renoncé à l'arianisme et rendu la liberté à TÉglise dans son royaume , voulut relever de ses ruines le monastère d'Agaime, et ce fut à Condat en même temps qu'à Lérins qu'il demanda des religieux pom^ le peupler (olo-o32). Ce nouveau sanctuaire s'élevait à l'entrée du principal passage des Alpes, dans un des plus beaux paysages du monde, là où le Rhône,