lUculc, chant IX
INTRODUCTION. lui
prière. Quand l'homme se décidée prier, et quand il prie bien, sa faiblesse même devient une force. La prière égale et surpasse quelquefois la puissance de Dieu. Elle triomphe de sa volonté, de sa colère, de sa justice même ' . »
L'Évangile n'a rien proclamé de plus certain que cette toute-puissance delà prière : Tout ce que vous demanderez dans votre prière, croyez que vous le recevrez... Vous obtiendrez tout, jusqu'à précipiter les montagnes dans la mer-, ce Jésus-Christ, » dit Bossuet, (( se sert exprès de ces comparaisons si extraordinaires pour montrer que tout est possible à celui qui prie. » Et il ajoute : (c Voici le prodige des prodiges : l'homme revêtu de la toute-puissance de Dieu \ »
Pénétrés de cettre conviction, les peuples d'autrefois ne négligeaient aucun moyen, aucune occasion d'élever et de maintenir Tintensité de la prière à sa plus haute puissance. Autrefois, comme aujourd'hui, bien des chrétiens ne savaient sans doute pas mieux prier que celui qui écrit ces lignes. Mais
1. Mgr Dlpanlolp, évèque d'Orléans : Premier sermon sur la prière, Carême de 1858.
2. Matth., XXI, 21-22. Marc, XI, 23-2i. — Il est dit d'ailleurs: Vo- Ivntatem timentium se faciet (Ps. cxliv, 19). Et encore: Quoclcumqice volueritis, petetis, et fiet (Joan., xx, 7). Le Fiat lux n'est pas plus énergique.
3. Méditations sur l'Évangile, l'« p., 39^ jour.; 2^ part., 21'' jour.
Liv LES MOINES D'OCCIDENT.
tous reconnaissaient la force, la grandeur, la nécessité de la prière. Tous admettaient que le plus grand bienfait du ciel sur une nation, sur une famille, sur un cœur, c'est d'y répandre l'esprit de prière. Tous comprenaient, tous proclamaient que cette flamme du cœur peut monter vers Dieu par des mains spécialement consacrées à cette auguste mission. Tous invoquaient avec passion ce gage de la vraie fraternité. Tous avaient soif de cette aumône, et tous s'adressaient aux moines pour la recevoir d'eux.
Aussi, tant que les moines sont demeurés fidèles à Tesprit de leur institut, leur mission spéciale, leur premier devoir a été de prier, non seulement pour eux-mêmes, mais pour tous. Ils ont été les champions aguerris et infatigables de la chrétienté, dans le saint et perpétuel combat de la prière avec V omnipotence divine\ Rassemblés et ordonnés légalement pour la prière en commun, ils étaient regardés avec raison par le bon sens des peuples chrétiens comme une puissance d'intercession instituée pour le salut des âmes et des nations. Grâce à eux, la prière existait à l'état d'institution, de force permanente , publique , universellement reconnue , et bénie de Dieu comme des hommes.
« Où vas-tu? » disait un jour l'empereur Valens