Honiil. in Matlh., 62, p
4. Citons, entre tant d'autres dont nous parlerons plus loin, sainte Radegonde, femme de Clolaire P''; Carloman, fils de Pépin le Bref; saint Frédéric, cousin de l'empereur saint Henri; saint Amédée de Bonnevaux; Henri, frère de Louis le Gros, moine à Clairvaux.
INTRODUCTION. ixvii
liers les souverains, les ducs, les comtes, les seigneurs de tout ordre et les femmes de même rang, qui se livraient à ces vils offices, en ensevelissant dans le cloître une grandeur et une puissance dont ne sauraient donner une idée les grandeurs amoindries, éphémères et déconsidérées de notre société moderne ' . Et cependant, de nos jours encore, partout où il est permis à la vie claustrale de survivre ou de renaître, les mêmes sacrifices, proportionnés à l'amoindrissement social, se reproduisent, les mêmes hommages sont rendus à la pauvreté par la liberté des riches, tant l'immolation de soi devient naturelle et facile à l'homme dominé par la grâce, tant est inépuisable le trésor de consolation et de respect que l'Église, mère de tous les Ordres religieux, tient toujours ouvert aux plus indigents d'entre ses enfants.
Ces premières assises posées, ces premières conditions de la vraie grandeur et de la suprême utilité des moines suffisamment indiquées, passons aux services moins éclatants, mais aussi bien moins
1. Si l'on veut mesurer l'abîme qui sépare les rangs et les titres iiiodernes de ceux qu'on sacrifiait au moyen âge en embrassant la vie claustrale, on n'a qu'à se représenter ce qu'est un comte aujourd'hui auprès de ce qu'était un comte au xii^ siècle. Et, à l'exception des seules dignités ecclésiastiques, n'en est-il pas à peu près ainsi de tous les titres et de toutes les distinctions quelconques ?
Lxviii LES MOINES D'OCCIDENT.
contestés, dont on s'accorde à leur tenir compte. Qu'on nous parle d'abord des services qu'ils ont rendus à la science, nous le voulons bien! On ne dira jamais assez combien leur vie était merveilleusement adaptée à Tétude, à la culture ardente, active, assidue des lettres. On ne vantera jamais assez leur touchante modestie, leurs recherches infatigables, leur pénétration presque surnaturelle. On ne regrettera jamais assez les ressources et les garanties qu'offraient ces grands foyers littéraires aux œuvres les plus élevées de l'érudition, de l'histoire, de la critique, par cet esprit desuite, par cette transmission d'un héritage moral et intellectuel qui encourageait aux entreprises les plus longues et les plus ingrates. Ah! qui rendra seulement aux lecteurs studieux, mais surtout aux auteurs, ces vastes et innombrables bibliothèques toujours tenues à jour et au courant de toutes les publications sérieusement utiles, et qui assuraient par cela même à ces publications le débouché qui leur manque aujourd'hui et qu'on demande, comme tout le reste, avec un servile empressement, à l'État! Ajoutons qu'on ne regrettera jamais assez ce culte désintéressé de la science, en dehors de toute satisfaction d'amour-propre, de tout avantage matériel, qui semble avoir péri avec eux \
1. Rappelons à ce sujet le noble hommage qui a été rendu de nos-
INTRODUCTION. lxix
Mais qu'on veuille bien surtout ne pas oublier que le service qu'ils ont rendu le plus longtemps et avec le plus d'éclat à l'esprit humain a été de le purifier parla charité, de le dompter par l'humilité. Ils on converti ainsi plus de savants qu'ils n'en ont formé, et c'étaient, de toutes les conversions, celles que Ton admirait le plus au moyen âge; car on savait dès lors que, de tous les orgueils, le plus dangereux et le plus incurable est celui de la science. C'est à un moine qu'est due cette parole qui renferme l'éternelle condamnation de l'orgueil intellectuel : « Savoir, c'est aimer' ».
Qu'on vante encore tout ce qu'ils ont fait pour cultiver et peupler l'Occident. Là aussi on restera toujours en deçà de la vérité. Mais toute tentative de justice, quelque tardive et incomplète qu'elle soit, n'en sera pas moins un commencement de réparation envers ces prétendus fainéants, si longtemps, si injustement calomniés, et une protestation obligatoire contre l'odieuse ingratitude dont ils ont été victimes. Qui pourra croire, dans l'avenir, que le peuple français a laissé ignominieuse-
jours aux Bénédictins de Saint-Germain des Prés par l'un des plus illustres de nos érudits modernes, par un homme dont on peut dire avec justice qu'il était digne d'appartenir au corps qu'il a si bien compris et si bien loué, par M. Guérard, dans ses prolégomènes du Polyptlque iVInninon.