De venustate mundl, par Denis le Chartreux
2. De amicitia Christiana et De Charitatc Dei et proximi, tractatus duplex, par Pierre de Blois. V. édit. in-fol., de 1667, p. 497.
3. Ut amor ex scientia et memoria convalescat , et illa duo in amore dulcescant. Petr. Blés. Tract. I, c. xi.
4. Unum fratrein dimisimus in saeculo : ecce quanto invenimus in monasterio. Contr. Elipandum, 1. II, ap. Bultevu, ii, 265.
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soyons présentées toutes les deux ensemble au Seigneur \ y)
Gomment d'ailleurs s'étonner du développement donné dans le cloître à ces douces passions des âmes vertueuses? Les religieux n'avaient pas seulement le droit et le besoin de chercher, dans leurs épanchements mutuels, un préservatif contre les rigueurs et les dégoûts de leur état, un aliment pour les rêves et les ardeurs de leur jeunesse. En recherchant, sous la robe de leurs frères, des cœurs tendres, désintéressés et fidèles, ils obéissaient aux enseignements de la loi divine comme à l'exemple de THomme-Dieu. Les saintes Écritures, chaque jour méditées ou psalmodiées dans la liturgie claustrale, leur présentaient d'immortels exemples de l'affection qui peut régner entre les élus. Dans les Évangiles, dans celui-là surtout dont l'auteur n'a pas craint de se nommer le disciple que Jésus aimait, ils voyaient rayonner cette amitié si tendre et si profonde que le Sauveur de tous les hommes avait témoignée, pendant sa courte vie d'ici-bas, à quelques âmes prédestinées. Dans l'Ancien Testament ils en retrouvaient le type dans la ravissante histoire de ce Jonathas qui avait aimé David comme
1. Notum libi facio, dilecta... Praepaia ergo te et veni quantocius ut simul domino preesentemur. HERBERTi,-rfe Miraculis, 1. II, c. 43, apud CiiiFi LET, Genus illustre S. Bernardi.
INTRO Dl CTION. lxxxvii
son c\me, de ce David qui avait aimé Jonathas plus qu\ine femme et mieux qu'une mère, dans ces serments, ces baisers, ces larmes qui scellèrent l'union du fils du roi avec le fils du berger ' . Tout les invitait et les encourageait à choisir une ou plusieurs âmes pour compagnes intimes de leur vie, et à consacrer ce choix par une affection libre comme leur vocation, pure comme leur profession, tendre et généreuse comme leur jeunesse. Initiés ainsi aux chastes délices de l'union des cœurs, ils pouvaient reconnaître encore, avec le Sage, dans la fidélité de ces liens volontaires, un remède pour la vie et pour F immortalité ',
Mais où trouver parmi nous une plume assez délicate et assez pure pour raconter ces annales du véritable amour? Il semble les avoir entrevues, ce poète, le plus vrai poète de notre siècle et le plus malheureux par sa propre faute, lorsqu'au milieu de chants d'une si étrange, si déchirante et si dangereuse beauté, il laisse échapper ces vers, témoignage singulier des hautes et généreuses
1. Anima Jonathee conglutinata est aniniœ David, et dilexit eum Jonathas quasi animam suam... Osculantes se alterutrum, fleverunt pariter, David autem ampiius... Quœcumque juravimus anibo in nomineDomini... Frater mi Jonalha décore nimis, et amabilis super amorem mulierum. Sicut mater unicum amat filium suum, ita ego le diligebam.
2. Amicus fidelis, medicamentuin vitcC et immortalitatis. Eccli.^ VI, 16.
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inspirations qu'il savait si bien traduire et trop souvent étouffer :
Cloîtres silencieux, voûtes des monastères, C'est vous, sombres caveaux, vous qui savez aimer; Ce sont vos froides nefs, vos pavés et vos pierres, Que jamais lèvre en feu n'a baisés sans pâmer.
Trempez-leur donc le front dans les eaux baptismales, Dites-leur donc un peu ce qu'avec leurs genoux Il leur faudrait user de pierres sépulcrales Avant de soupçonner qu'on aime comme vous. Oui, c'est un vaste amour qu'au fond de vos calices Vous buviez à plein cœur, moines mystérieux!... Vous aimiez ardemment! oh! vous étiez heureux M
Ne dirait-on pas que la main qui a tracé ces lignes venait de feuilleter le code immortel de l'amour divin écrit par saint Bernard dans ces discours sur le Cantique des Cantiques, où il parle avec une passion si expressive cette langue universelle de l'amour, « qui n'est comprise que par cejix qui aiment-; » où il célèbre les noces de l'âme avec Dieu, et dépeint en traits de flamme cette épouse qui n'aime que pour aimer et être aimée, qui trouve dans le seul amour tout ce qu'elle cherche, tout ce qu'elle désire, tout ce qu'elle espère, qui ne craint