‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 39 sur 219 · Sermon pour la Pentecôte. — Ici. pour l'Annonciation · texte numérisé non relu

Sermon pour la Pentecôte. — Ici. pour l'Annonciation

c LKS MOINES D'OCCIDENT.

tout (( la clef de nos cœurs » . Elle a un baume pour toutes nos douleurs et un but pour toutes nos tendresses. Elle sait discipliner la passion sans l'amoindrir : elle fait mieux qu'essuyer nos larmes trop chères, elle les fait couler d'une source à jamais purifiée pour un objet éternel. Elle remplace le crépuscule de nos rêves fugitifs par la radieuse et enchanteresse sérénité de la lumière qui ne s'éteint pas. Elle embrasse nos cœurs de cette flamme dont les clartés rayonnent sur l'infini . Elle a inventé et consacré le triomphe suprême de l'amour. Elle surmonte les passions les plus tendres et les plus indomptables par quelque chose de plus fort et de plus doux encore, le bonheur et la gloire de les sacrifier à Dieu. G^est dans les monastères que cette science du vrai bonheur et du véritable amour a été le plus longtemps enseignée et pratiquée. On a vu qu'elle n^interdisait aux âmes unies en Dieu ni les élans de la passion ni les accents attendris de la plus pénétrante sympathie. N'entrons donc qu'avec un tendre respect dans ces cellules où l'on vivait surtout par le cœur. Écoutons quels sons se font entendre dans ce silence sacré : ils révéleront peut-être quelque suave et touchant mystère de l'histoire des âmes. Prêtons l'oreille au doux et perpétuel murmure de cette fontaine que tout cloître renfermait autrefois; c'est l'emblème

INTRODUCTION. cr

et Técho de la source d'où jaillit Tintarissable amour.

Nos moines furent donc heureux, et heureux par l'amour. Ils aimaient Dieu et ils s'aimaient en lui de cet amour qui est fort comme la mort. Veut-on chercher la conséquence naturelle, la condition générale et la meilleure preuve de tout ce bonheur, on la reconnaîtra sans peine dans cette paix extérieure et intérieure dont ils savaient faire le caractère dominant de leur existence. Douce et sainte paix, qui fut la radieuse conquête, le patrimoine inaliénable des moines dignes de leur nom, et dont personne n'a jamais possédé comme eux Tintelligence et le secret.

Saint Benoît, le plus grand des législateurs monastiques, n'a pas reçu de la postérité reconnaissante déplus beau titre que celui de fondateur de la paix.

Ipse fundator placidte quietis^

Nous sommes, disait saint Bernard, V Ordre des Pacifiques'. Il avait mille fois raison : au milieu de cette belliqueuse société du moyen âge tout entière organisée pour la guerre, les moines formaient

1. Vers d'Alfano, moine du Mont-Cassin et archevêque de Salerne, cité par Giesebrecht, Be Litterar. Slud. ap. Itafos, p. 48.

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