Hic jacet in tumba simplex fidelisque columba
. Épitaphed'un abbé de Saint- Victor, en 1383, ap. Digbv, t. X, p. 4ii.
MOINES d'oCC, I. G
ex LES MOINES D'OCCIDENT.
Leur porte était toujours ouverte non seulement à l'indigent et à Texilé, mais à toutes les âmes fatiguées de la vie , courbées sous le poids de leurs fautes, ou simplement éprises de l'étude et du silence. A tous ces hôtes divers^ le moine offrait sa paix, et la partageait avec eux.
11 n'y avait donc pas un besoin moral ou matériel auquel n'eussent essayé de pourvoir ces moines qui, de tous les bienfaiteurs de l'humanité, furent, à coup sûr, les plus généreux, les plus ingénieux, les plus aimables, les plus désintéressés et les plus persévérants. De là tant de bonheur inaperçu dans les annales de l'histoire, mais distillé en abondance dans le cœur des peuples chrétiens pendant toute la durée de la ferveur monastique. De là cette paix invincible, cette lumineuse sérénité, qui régnait sur tant d'âmes, au milieu même des époques les plus orageuses du moyen âge.
Qui ne sait d'ailleurs combien la seule vue de leurs offices, combien la pompe de leurs cérémonies si majestueuses et si solennelles, combien le son de leurs chants, ravissaient les populations d'alentour? Ce furent là pendant plusieurs siècles les spectacles favoris, les fêtes les plus recherchées par les pauvres, par les habitants des campagnes, qui s'y portaient en foule, et y trouvaient toujours leur place. Les heureux du monde, les grands, les
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riches, les étrangers, trouvaient également une jouissance intime à contempler de près ce cours paisible de la vie monastique, sans cesser de naviguer eux-mêmes sur les flots agités du monde; ils aimaient à se désaltérer dans cette onde pure et fraîche. La seule vue de ces moines , à la fois si austères et si heureux, suffisait souvent pour déterminer d'éclatantes conversions ' ; et toujours elle rajeunissait dans le cœur les pensées salutaires de l'éternité. Les plus belles âmes, les plus hautes intelligences ont subi cet attrait et l'ont éloquemment confessé. La vraie philosophie lui a rendu par la bouche de Leibnitz un généreux hommage". La vraie poésie en a compris le charme intime et invincible. Dans un temps où plus d'un symptôme de la décadence prochaine assombrissait l'horizon, Pétrarque a parlé de la solitude monastique comme un Père de Vallombreuse ou de la Chartreuse^, et
1. Par exemple, celle de Guibert de Nogent, si bien racontée par lui-même : Vita propria.
2. « Celui qui ignore leurs services ou qui les méprise >>, dit Leibnitz en parlant des moines, « n'a qu'une idée étroite et vulgaire de la vertu, et croit stupidement qu'il a rempli toutes ses obligations envers Dieu par quelques pratiques habituelles accomplies avec cette froideur qui exclut le zèle et l'amour, »
3. Voir son traité de Vita solitaria , surtout le chapitre viii du liv. n, qui commence ainsi : 0 vere vita pacifica , cœlestigue simillima. 0 vita melior super vitas... Vita reformatrix animœ... Vita philosophica , poetica, sancta , prophetlca..., p. 257, éd.
cxii LES MOINES D'OCCIDENT.
le Tasse n'a jamais été plus heureusement inspiré que dans ce sonnet adressé à l'Ordre de Saint - Benoît, dont la touchante mélodie viendra utilement interrompre notre pauvre prose ^ :
Nobil porto del mondo e di fortuna, Di sacri e dolci studj alta quiète, Silenzi amici, e vaghe chiostre, e licteî Laddove e 1' ora, e l' ombra occulta, e bruna :
Tempij, ove a su on di squilla altri s'aduna, Degni vie più d' archi, e teatri, e miete, la cui talor si sparge, e'ii cui si miete Quel che ne puo nudrir 1' aima digiuna.
Usci di voi chi, fra gli acuti scogli , Délia nave di Pietro antica e carca, Tenue 1' alto governo in gran tem pesta.
A voi, deposte 1' arme e i fieri orgogli,
Venner gli Augusti : e'n voi s' ha pace onesta, Non pur sicura : e quindi al ciel si varca-.
A côté de ce grand poète catholique et italien, citons le maître de la prose anglaise, le protestant Johnson^ dont le mâle génie avait compris, en plein xvni*' siècle, la sainte beauté des institutions monastiques. « Dans mes lectures, » dit-il, « je ne rencontre jamais un anachorète sans lui baiser les pieds, ni un monastère sans tomber à genoux pour en baiser le seuiP. »
1. Parmi les poètes modernes, personne n'a célébré avec plus d'émotion et de vérité la gloire des Ordres monastiques ni plus éloquemment déploré leur ruine que l'Anglais Wordsworth.