Tasso, Rime sacre e morali, sonn
S.Inever read ofa hermlt, but iu imagination I kiss his feet; ne ver of a monaslery, but I fall on my knees and kissthe pavenaent.
LNTRODLCÏION. cxm
Ainsi donc, au dire des juges les plus compétents et les plus impartiaux, ces moines si décriés avaient trouvé le secret des deux choses les plus rares en ce monde, du bonheur et de la durée. Ils avaient découvert Part de concilier la grandeur d'âme avec l'humanité, les apaisements du cœur avec les ardeurs de Tintelligence, la liberté et la fécondité de l'action avec une soumission minutieuse et absolue à la rède, les traditions ineffaçables avec l'absence de toute hérédité, l'activité avec la paix, la joie avec le travail , la vie commune avec la solitude, la plus grande force morale avec une entière faiblesse matérielle. Et ce merveilleux contraste, cette étrange union des qualités et des conditions les plus diverses, ils ont su les faire durer pendant mille ans, à travers la fragilité des choses humaines, et malgré mille abus, mille causes de corruption, de décadence et de ruine. Ils dureraient encore, si des tyrans, des sophistes et des rhéteurs, sous prétexte de guérir le malade qu'ils haïssaient, ne l'avaient égorgé pour spéculer sur sa dépouille.
Maintenant tout a disparu, cette source du bonheur, le plus pur et le plus inoffensif qu'il y eût sur la terre, est tarie. Ce fleuve généreux qui roulait à travers les âges les flots d'une incessante et féconde intercession s'est desséché ' . On dirait qu'un
1. It was as thoiigh tlie kaiser had stopped the fountains of one of
cxiv LES MOINES D'OCCIDENT,
vaste interdit a été jeté sur le monde. Elle s'est tue parmi nous , cette voix mélodieuse des moines qui s'élevait nuit et jour du sein de mille sanctuaires pour fléchirle courroux céleste, et qui versait dans les cœurs des chrétiens tant de paix et de joie ^ . Elles sont tombées, ces belles et chères églises où tant de générationsdenospèresétaient venues chercher des consolations, du courage, de la force p(5ur lutter contre les maux de la vie. Ces cloîtres qui servaient d'asile si sûr et si digne à tous les arts, à toutes les sciences; où toutes les misères de l'homme étaient soulagées; où la faim trouvait toujours à se rassasier, la nudité toujours à se vêtir, l'ignorance toujours à s'éclairer, ne sont plus que des ruines souillées par mille profanations diversement ignobles. Ces hauteurs agrestes, ces montagnes saintes, ces lieux élevés où habitait la pensée de Dieu : ipse hahitavit inexcelso (ls.,xxxni, 5), d'où se projetait naguère sur le monde une lumière si pure avec des ombres si fraîches et si salutaires, ne ressemblent plus qu'à ces sommets déboisés que l'on rencontre
Ihe Lombard ri vers... That Carthusian world of peaceful sanctity, of king-protecting intercession, of pénitence and bénédiction, ofHeaven realized below, was signed a\^ay, swept from Ihe earthby a written nanie! Fabku, SUjhfs and thoucjhts in forcûjn Chui'ches, p. 165, à propos de la suppression de la Chartreuse de Pavie par Joseph II.
1. Dulcis cantilena divini cultus, qucC corda (idelium mitigat ac lœlificat, conticuit. Order. Vital., l. XU, 1. xiii, p. 908, éd. Duchesne.
INTRODUCTION. cxv
çà et là, transformés en rochers arides et nus par la hache dévastatrice, et où ne reparaîtra jamais ni un brin d'herbe ni unefeuille des bois. En vain le soleil les dore de ses rayons féconds, en vain la rosée du ciel vient-elle les inonder; la main de l'insensé y a passé; brûlés, desséchés, condamnés à une éternelle stérilité, ils ne subsistent plus que comme un monument de ruine et de folie.
Parfois cependant la nature a eu pitié de ces ruines qui témoignent de l'impitoyable ingratitude des hommes. Elle a jeté sur les monuments de leur stérile rapacité une décoration sans cesse renouvelée. Elle a voilé leur honte sous l'inépuisable richesse de sa verdoyante fécondité. Elle les a enveloppés comme d'un linceul, de l'immortelle parure de son lierre et de ses églantiers, de ses herbes grimpantes et de ses fleurs agrestes. Elle leur attire ainsi , de la part même des indifférents, un regard ému et attentif. Là même où le climat, où la main encoreplus cruelle de l'homme, n'a pas souffert cette lutte de la nature contre l'oubli et le mépris, quelquefois une légende plaintive survit et résiste, comme une dernière protestation. C'est ainsi que, au sein des ruines de l'abbaye deKilconnell, à l'extrémité occidentale de l'Irlande, les paysans irlandais, eux-mêmes spoliés et honnis depuis tant de siècles, montrent encore, sur le pavé de l'église
cxvi LES MOINES D'OCCIDENT.
abattue, plusieurs longues lignes de petites cavités creusées dans la pierre, selon leur dire, par des gouttes defeu, parles larmes brûlantes des pauvres moines que Ton chassait pour toujours de leur sanctuaire bien-aimé.