‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 47 sur 219 · Le comte Dii M4ISTRE, Du Pape, p · texte numérisé non relu

Le comte Dii M4ISTRE, Du Pape, p

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faut le proscrire et le sacrifier, il faut l'étendre sur le lit de Procuste d'une prétendue utilité publique, définie, modifiée, travestie à l'envi par des théoriciens aussi impitoyables qu'impuissants, mais assez insensés pour se croire investis du droit de contraindre la nature humaine, de régler souverainement les vocations, les inclinations et les préférences de leurs semblables. Bien entendu, d'ailleurs, que cette insupportable tyrannie ne s'appliquera qu'au bien, jamais au mal, et que l'on imposera à la vertu, à la prière, à la retraite, un joug et des entraves qu'aucun législateur éclairé n'a jamais songé à imposer au vice, à l'oisiveté, à la dissipation.

Mais on insiste et Ton ajoute : Ces moines étaient paresseux ! En vérité, quoi ! c'était là le vice de ces hommes qui, de Taveu unanime, ont défriché de leurs mains la moitié de l'Occident, et dont les laborieuses veilles nous ont conservé toutes les œuvres delà littérature antique et les monuments de dix siècles de notre histoire? La paresse des moines! Mais de tous les moines, les plus anciens et les plus nombreux étaient les Bénédictins, et ce nom est devenu, même dans le langage vulgaire, le type et le synonyme du travail sérieux, modeste et infatigable. La paresse des moines! Mais qui donc, si ce n'est eux, a supporté le poids du jour et

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de la chaleur dans toutes les missions d'Orient et d'Amérique, dans les chrétientés persécutées de l'Europe, dans l'œuvre du rachat des captifs, dans la lutte contre les hérésies et contre les mauvaises mœurs, et jusque dans l'administration spirituelle des peuples les plus catholiques? Et qu'il ferait beau voir ceux qui ont le plus largement prodigué ce reproche aux moines, astreints pour un seul jour à cette vie de fatigues incessantes, de dégoûts, de privations, de veilles, de courses lointaines, qui est le partage du dernier des missionnaires ou du plus obscur des confesseurs, que les Ordres monastiques fournissent à l'Église!

La paresse des moines! veut-on parler par hasard de ces moines, d'ailleurs peu nombreux, qui se livraient exclusivement à la vie contemplative? de ces anachorètes, de ces émules des Pères du désert, qui, ayant appris à se contenter d'un nécessaire au-dessous même des exigences de l'ouvrier le plus misérable, croyaient bien avoir le droit de donner à leur àme le temps, la force, les aliments que, par un courage surhumain, ils dérobaient à leur corps?

Nous avons déjàréponduque, pour tout chrétien, la prière est le travail le plus légitime et le plus utile, que contester cette vérité, c'est nier non seulement les principes de l'Ordre monastique, mais

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les bases fondamentales de la religion tout entière. Nous ajouterons que toujours et partout les cénobites qui ont été les plus fidèles à la mortification et à la vie spirituelle sont précisément ceux qui, comme les Trappistes de nos jours, ont obtenu les plus merveilleux résultats dans l'agriculture, ou, comme les Jésuites, se sont le plus dévoués à l'éducation, aux sciences et à tous les travaux de l'esprit.

Ce reproche de paresse ne saurait donc s'adresser avec une apparence de raison qu'à ceux d'entre les moines, Bénédictins ou autres qui, ayant hérité des biens dont l'industrie de leurs prédécesseurs ou la générosité des fidèles avaient doté leurs monastères, y vivaient dans l'aisance et le loisir. Il faut bien convenir que^ surtout dans les derniers temps, la sève primitive s'étant lamentablement amoindrie par l'abus de la commende (dont il sera question plus loin sans réserve), la paresse s'était glissée dans plus d'un monastère. Mais c'étaitdevant Dieu, et non devant les hommes, qu'on devait leur en faire un crime. D'ailleurs ici encore ce reproche ne peut être soulevé sans retomber de tout son poids sur ses auteurs et même sans menacer la société civile tout entière. Parmi ces critiques si sévères, tousse sont-ils bien examinés? Tous sontils assurés de nepastomber sous l'accusation qu'ils

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prodiguent à autrui? Ces politiques, ces philosophes, ces hommes de lettres qui déclament contre l'oisiveté des moines, sont-ils donc toujours des citoyens si laborieux et si productifs? N'ont-ils pas déjà vu s'agiter au-dessous d'eux une foule avide qui leur jette à leur tour l'épithète d'oisifs? De quel droit le monde pouvait-il faire un crime aux religieux de leur fortune et de leur loisir, plutôt qu'à tout autre propriétaire riche et libre de son temps? Quels que fussent les abus de l'Ordre monastique, et encore une fois nous n'en dissimulerons aucun, ils en étaient surtout comptables envers TÉglise. En face de la société laïque de tous les temps, ils pouvaient, sans trop de témérité, la défier de montrer beaucoup de riches plus actifs et plus utilement occupés qu'ils ne le furent. Jusqu'à nos plus récentes folies, le monde ne s'est pas cru le droit de demander à celui qui récolte les moissons d'un champ depuis longtemps défoncé et fertilisé la même énergie qu'à celui qui, le premier, l'a mis en culture. Au contraire, toutesles sociétés ettoutes les législations ont cherché à stimuler l'activité humaine, en promettant aux pères que leur industrie, leurs fatigues, leurs sueurs, auraient pour résultat le loisir, l'aisance, le bien-être de leurs fils. C'est par ce seul point queledésiretla recherche de la propriété échappent à l'empire de l'égoïsme. De quel droit

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appliquerait-on aux moines une règle différente ? L a paix et le bien-être dont ils jouissaient, même au sein de leur relâchement spirituel, étaient le produit des travaux et des sueurs de leurs ancêtres, l'héritage le plus légitime et le plus inattaquable qui fut jamais. L'Église seule pouvait et devait y signaler le péché capital que la religion proscrit partout. Disons sans crainte que ce qu'on appelle paresse chez les moines est tout simplement ce qu'on appelle loisir chez les riches : la société n'a pas plus le droit de punir l'une que l'autre de la mort civile et de la confiscation des biens.

Mais aussi, nous dira-t-on, les moines n'étaient pas seulement riches; il étaient trop riches! Oui certes, il y avait des communautés d'une opulence extrême, et c'était une cause de relâchement et de corruption : je le dirai très haut. Il y avait là pour 'Église, en restant fidèle aux intentions des fondateurs, une cause légitime d'intervention pour une répartition meilleure et un plus utile emploi de la richesse monastique. Mais y avait-il une cause d'expropriation au profit de l'État? Non, mille fois non ! Et comment ose-t-on soulever ce grief au sein d'une société où la richesse, étant désormais l'unique distinction et l'unique symptôme de la valeur sociale, est devenue naturellement l'objet d'une convoitise plus effrénée et d'une envie plus implacable qu'à au-

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cune autre époque? Trop riches! Mais où est donc l'autorité humaine qui ait le droit de fixer la limite où commence l'excès de la richesse, et de tracer des bornes à la propriété légitimement acquise? Jusqu'ici la religion seule a su distinguer le nécessaire du superflu, et imposer à ce superflu une destination obligatoire ; et, par une iniquité révoltante, c'est contre elle seule, c'estcontre la sainte faiblesse de rÉglise, que les hommes ont exclusivement érigé en système la violation du droit de propriété. Ne laissons donc pas dire à d'autres qu'à l'Église elle-même que les moines avaienttrop de richesse; disons seulement qu'il y en avait de riches^ , et jus-

1. Encore, pour être juste, faudrait-il rabattre beaucoup de ce qui a été dit de la richesse des Ordres religieux en général. La très grande majorité de ces Ordres, à l'époque de leur suppression, étaient au contraire pauvres : les Ordres mendiants, les plus nombreux de tous, vivaient, ainsi que leur nom même l'indique, d'aumônes et de fondations assez restreintes. Les clercs réguliers, tels que les Théatins, Barnabites, etc., fondés depuis le xvi« siècle, et les congrégations séculières, n'étaient guère dotées en terre. 11 n'y avait de vraiment riches que les anciens Ordres de moines proprement dits, tels que les Bénédictins et les Cisterciens, et encore parmi ceux-ci il y avait des monastères extrêmement pauvres dès l'origine, ou appauvris surtout par la commende. Au sein de ces Ordres mêmes, les congrégations réformées se signalaient par l'honorable modicité de leurs revenus. D'après l'enquête sur les biens de la congrégation de Saint-Maur, faite en 1682 par le fameux lieutenant général de police La Reynie, chaque Bénédictin revenait à 437 livres et quelques sous : c'était encore moins que les modestes 600 livres auxquels on a remarqué que revenait chaque Jésuite. 11 n'est point aujourd'hui de bachelier ou de surnuméraire non marié qui ne réclame de l'État et delà société un salaire deux ou trois fois plus élevé.

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tifions leur fortune en deux mots, par son origine et par son emploi.

Quant à son emploi, même au sein des abus les plus criants, du relâchement le plus complet, il put se résumer en seul mot : la charité! une charité qui n'a jamais été contestée et qui ne sera jamais égalée. Sur ce point, avant de réfuter les contradicteurs, attendons qu'il s'en présente.

Mais ce qui légitime surtout la fortune, c'est son origine. Or, on peut l'affirmer sans crainte, jamais propriété n'eut une origine aussi légitime, aussi sainte, aussiinviolablequelapropriété monastique. Elle provenait tout entière de la générosité des fidèles fructifiée par le travail des moines. C'est la seule, prise en masse, qui ait eu pour origine l'acte le plus noble de l'homme : le don, le pur et libre don de l'amour, de la reconnaissance ou de la foi*.

(c Est-ce que par hasard, » dit un célèbre homme d'État de nos jours, peu suspect de partialité ou de complaisance pour les Ordres religieux, « est-ce que par hasard vous entendriez régler à ce point

1. S'il y a eu quelquefois des donations injustes, abusives ou extorquées, rien n'est plus rare: on n'en citerait pas un exemple sur mille. Quelquefois seulement les héritiers, dont le consentement était toujours requis au moyen âge pour la validité des donations qui touchaient aux domaines territoriaux^ refusaient leur adhésion : et cette opposition entraînait la nullité de l'acte.

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l'emploi de mon bien, que je ne puisse en user de la manière qui m'est la plus douce? Est-ce qu'après m'avoir accordé les jouissances physiques de la propriété, vous m'en refuseriez les jouissances morales, les plus nobles, les plus vives, les plus utiles de toutes? Quoi donc! odieux législateur, vous me permettriez de manger, de dissiper, de détruire mon bien, et vous ne me permettriez pas de le donner! Moi, moi seul, voilà le triste but que vous assigneriez aux pénibles efforts de ma vie! Vous abaisseriez ainsi, vous désenchanteriez, vous arrêteriez mon travail!... Le don est la plus noble manière d'user de la propriété. C'est, je le répète, la jouissance morale ajoutée à la jouissance physique'. »

i. Il ajoute: « Au reste, jugez du fait par les conséquences. Je vous disais ailleurs que, si chaque homme pouvait se jeter sur son voisin pour lui enlever les aliments dont il va se nourrir, celui-ci en faisant de même à l'égard d'un autre, la société ne serait bientôt plus qu'un théâtre de pillage au lieu d'être un théâtre de travail. Supposez, au contraire, que chaque homme quia trop donnât à celui qui n'a pas assez, le monde deviendrait un théâtre de bienfaisance. Et ne craignez pas toutefois que l'homme pût jamais aller trop loin dans cette voie et rendît son voisin oisif en se chargeant de travailler pour lui. Ce qu'il y a de bienfaisance dans le cœur de l'homme est tout juste au niveau des misères humaines, et c'est tout au plus si les discours incessants de la morale et de la religion parviennent à égaler le remède au mal, le baume à la blessure. » Thiers, De la Propriété, liv. ï, c. 8. Que le don est l'une des manières nécessaires delapropriété. 1848. — L'illustre auteur est d'autant moins suspect qu'il ne voit dans la vie monastique que le suicide chrétien substitué au suicide jjaîen. (Liv. II, c. 6.)

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Mais pour les propriétaires d'autrefois, il ne s'agissait pa§ seulement de jouir. Ils secroyaientobligés de protéger leurs richesses devant Dieu et les hommes, en les purifiant par le sacrifice. Les chrétiens de tous les rangs et de tous les temps ont donc donné, beaucoup donné aux moines; et lorsqu'ils avaient enrichi les uns, ils ne se lassaient pas d'en nourrir et d'en susciter d'autres. Cette munificence n'était ni irréfléchie ni aveugle : c'était au contraire le fruitd'un calcul, mais du calcul le plus juste et le plus noble. Pendant douze siècles, les peuples catholiques redirent aux moines les belles et simples paroles par lesquelles, en plein Bas-Empire, saint Jean TAumônier dotait les deux monastères fondés par lui à Alexandrie : «Je pourvoirai après Dieu aux besoins de votre corps, et vous, pourvoyez aux besoins de mon à me ' . » Cinq cents ans plus tard, à l'autre extrémité du monde et des mœurs chrétiennes, voici un des grands chefs de la féodalité qui résume en deux lignes les raisons des largesses féodales : « Moi, Guillaume, comte de « Poitou et duc de toute l'Aquitaine, je transfère (( de ma main en la main de Saint-Pierre de Cluny (( cette église, que, Dieu aidant, j'ai arrachée et

1. Ego post Deum uUlitatem veslram corporalem procurabo, vos autem spiritalis habetote meœ curain salutis. Ap. Màbill., Prxf. IV sœc.Bcncd., n» 66.

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(( affranchie de Pusurpation laïque ; et je fais ce (( don parce que je me souviens de mes péchés et (( parce que je veux que Dieu les oublie ^ . »

En donnant aux moines, les chrétiens d'autrefois donnaient à Dieu d'abord, et aux pauvres ensuite ; car chacun savait que les moines étaient les aumôniers de la chrétienté. Ils se dépouillaient de leur superflu et quelquefois de leur nécessaire, afin de satisfaireaux deux mobiles les plus élevés de la vie: le salut de l'âme et le soulagement des pauvres, l'amour de Dieu et l'amour des hommes.

Si l'on voulait retracer l'histoire des instincts les plus généreux et des émotions les plus pures qui aient jamais remué le cœur humain, elle serait facile à faire : il n'y aurait qu'à transcrire les préambules des actes de fondation et de donation qui ont constitué la propriété monastique*. Là comparaissent tour à tour, pour être sanctifiées, purifiées et perpétuées, toutes les affections de l'homme et toutes ses douleurs; la dévotion envers Dieu, envers sa 3Ière, envers ses Saints; l'adoration et l'humilité, le repentir et la reconnaissance ; l'amour con-

1. Peccatorum meorum memor ut Deus fieri dignetur immemor. Gallia christiana, t. II, p. 1094. Charte de janvier 1081. .

2. On verra dans le cours de notre récit mille preuves de cette assertion. J'en cite dès à présent quelques-unes empruntées en partie aux excellentes recherches de Hurter sur ce même sujet, dans son Histoire d'Innocent III, t. III, p. 130, de l'édition allemande.

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jugal, filial, paternel, l'amour du prochain dans toute l'inépuisable variété de ses inspirations, et par-dessus tout le désir de contribuer au salut de ceux qu'on avait aimés sur la terre, et de les rejoindre dans le ciel. Dans des actes publics et solennels, destinés à éloigner tout soupçon de manœuvres frauduleuses ou occultes, ces généreux chrétiens ont énuméré les motifs de leurs sacrifices : ils déclarent se les imposer tantôt pour expier un crime ' , un malheur ou un accident dont ils avaient été la cause involontaire; tantôt pour homologuer leur renonciation à des biens mal acquis , à d'injustes prétentions ou à des inimitiés invétérées; tantôt encore pour remercier Dieu d'une grâce éclatante, d'un danger évité, d'un retour heureux de pèlerinage ou de croisade, ou pour attirer sa protection au moment de descendre dans le champ clos ' ; tantôt et surtout pour sanctifier leurs richesses et bien placer leurs économies en les faisant profiter aux pauvres et aux voyageurs ^ Ils aspiraient à consa-

1. Peccatorum nostiorum vulneribus cujiisdam medicaminis cau- -teriam adhibere piiim statuimus. Donation de Léopold d'Autriche ap. Mon. Boic, iv, 314.

2. Milon le Bègue, de Tll-Chàtel, chevalier en 1060, monomachla certaturus imgna,se recommande aux prières des religieux de Bèze, et leur donne son manoir proche l'église de Lux. Dumay, Appendice de COURTEPÉE, IV, 695.

3. In usum pauperum et peregriaorum... Ap. Digby, x, 636. — €entuplam mercedem a Deoexpectantes. Vogt. Ined. moniun. Verdens., II, 248.

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crer ainsi devant le Seigneur.soit leur résignation dans une maladie incurable \ soit l'extinction prévue d'une race illustre et ancienne", soit le désir du repos après une vie trop agitée, l'admiration d'un site pittoresque ou solitaire, le choix d'une sépulture de famille % mais surtout la mémoire d'une longue lignée d'aïeux, d'une épouse fidèlement chérie ', d'un enfant prématurément enlevé ou même d'un serviteur ou d'une suivante fidèle "\ Quelquefois aussi ils destinaient cette offrande pour le salut d'un être aimé sans mesure et sans droit, mais que l'Église ne défendait pas de chérir au delà de la tombe. C'est ainsi que Philippe Auguste do-

1. Ciim ex ini([uitate luea divenerim ad morbum incurabilem,gratias ago Deo meo. Gull. christ. Inst. ecd. Senecens. n. vu, ap. HiRT., III, 456.

2. Cum Deus omnipotens friictu ventris nescio quo suo occulto jiidicio me privasset, mei patrimonii heeredem constituens Criicifixiini. Chron. Zweltens., i, 2'ib.

3. Quomodo multi principium et nobilium tubam extremam hic pausando prœelegerunt expectari. A Weingarten : voir Hess. Monum. Guelf., p. 197.

4. Pro sainte Mathildee sponsee meœ. Monast. angllc, p. 1034. — In refiigerium animée suce et suorum. Langebeck. SS. iv, 355. — Dederunt pro anima matris siiee bonœ memorice. A Gottesgnade, ap. Lenkfeld.

5. En 1278, 30 livres furent léguées à l'abbé de Settimo et à ses moines Cisterciens, près Florence, par la comtesse Béatrice, fille du comte Rodolphe de Capraja, et veuve du comte Marcovald, i^er ranima di donna Giuliana, la qua fii mia ca meriera {L\m, Momnn. délia Chiesc Fiorentina, i, 75, ap. Cantl, Storia dcgl' lialiant.)

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tait un couvent de cent vingt religieuses auprès du tombeau d'Agnès de Méranie.

Ainsi se dresse à chaque page de ces annales de la générosité féodale quelque monument des mystères de la miséricorde divine, de la douleur humaine, de la vertu chrétienne. Et nous verrons ailleurs comment ces motifs de donation devenaient sans cesse des motifs de conversion, et combien souvent tel homme qui avait commencé par donner à Dieu sa terre et son bien finissait par se donner lui-même.

La munificence des rois avait voulu assurer l'existence de ces grandes et royales abbayes telles que Saint-Germain des Prés, Saint-Denis, le Mont- Cassin, Gluny, Gantorbéry, Westminster, Hautecombe, qui servaient à la fois d'archives, de sanctuaire et de sépulture aux dynasties. Il y en avait d'autres qui étaient comme le patrimoine spécial de certaines nobles races qui, de père en fils, se croyaient obligés de les maintenir et de les enrichir, et d'y commémorer chaque exploit, chaque alliance, chaque degré de leur généalogie, chaque mort par des bienfaits nouveaux. Une même conviction se retrouve et ravonne comme un sillon lumineux à travers tout cet océan de munificence qui a inondé les institutions monastiques pendant les âges catholiques. « Donnez-moi », disait saint Éloi

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à son maître, ce donnez-moi ce site, afin que je (( puisse y construire une échelle par laquelle vous (( et moi nous monterons au royaume céleste '. » Six siècles plus tard, sur les bords de la Baltique, la même pensée se reproduit dans les mêmes termes : un comte d'Orlamunde, en dotant un monastère de Hambourg, inscrit cet axiome dans sa charte de fondation : ce Celui qui érige ou répare un monas- (( tère se fabrique une échelle pour monter au (( ciel'. )) Et à la même époque, Tun des chefs de la noblesse normande, maîtresse de l'Angleterre, le comte de Ghester, voyait en songe son aïeul qui lui indiquait un de ses domaines en lui disant : « Il (( faut y dresser une échelle par où les anges mon- (( teront chaque jour pour porter à Dieu les prières « des hommes et en redescendront avec ses grà- <( ces\ » Éclairés par rinfaillible lumièredeTÉvangile, ils comprenaient tous que cet héritage, dont ils se dépouillaient ainsi pour Dieu, était celui qui les honorerait le mieux et qui durerait le plus. Ils croyaient tous ce que croyait Tempereur Frédéric II lorsqu'il écrivait en tête d'un de ses diplômes cette noble pensée : ce Au milieu de la caducité univer- (( selle des choses humaines, l'homme peut toute-

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