‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 48 sur 219 · Monasl. Anglican., t. 1, p · texte numérisé non relu

Monasl. Anglican., t. 1, p

INTRODUCTION. c\u

<( fois dérober au temps quelque chose de stable et <( de perpétuel, savoir, ce qu'il donne à Dieu; il <( rattache ainsi son patrimoine terrestre au patri- <( moine de Dieu ' . »

Mais les rois et les nobles n'avaient pas le monopole de cette inépuisable libéralité : le peuple chrétien, sancta plebs Dei, réclamait et exerçait à son tour le droit de donnera Dieu et aux saints et de confondre ses offrandes avec celles de ses supérieurs. Le don le plus insignifiant^ venu de la main la plus humble, pour immortaliser le bienfait et le bienfaiteur; TotTrande de l'indigent, du serf, de la veuve, de la pauvresse , était enregistrée dans la prière quotidienne des moines, immortalisée dans leurs annales, à côté des fondations magnifiques des princes et des seigneurs. « Mathilde nous a <( donné une vigne; Barbe, femme laïque, a donné « une nappe; Alaïde adonné son veau " » : voilà ce qu'on lit dans la nécrologie de Lorsch, au milieu des témoignages de la générosité et de la grandeur des Garlovingiens. Etlorsque Croyland, le principal monastère de l'Angleterre, eût été brûlé en 1091, et rebâti, grâce aux bienfaits de la noblesse nor-

1, PiRRO, Sicilia sacra. Priorat. Messan., p. 1096. Ap. Hurtek, ni, 455.

2. :Mathildis deJit nobis viaeani ; Barba laica dédit nobis mappam ; ,Alheidis dédit vitulmn. Nccrol. Lauresh. in Schannat. Vindict.,

tit. VII, n-i 1, ap. HuRTER, m, 477.

f xLii LES MOINES D'OCCIDEINT.

mande, Tabbé Ingulphe a soin d'écrire dans sa chronique, qui est Tun des monuments historiques les plus importants de cette période : « Entre tant c( de bienfaiteurs, n'oublions pas la sainte mémoire (( deJuliane, la pauvresse de Weston, qui dans sa (( misère nous a donné tout ce qu'elle pouvait, et (( tout ce qu'elle avait , savoir, du fil tordu pour (( coudre les vêtements de nos moines ^ . »

Grands et petits confirmaient ainsi l'exactitude de la définition qu'a donnée un concile des biens de l'Église et plus spécialement des biens monastiques : (( Ils sont l'offrande des fidèles , le patri- (( moine des pauvres et la rançon des âmes. »

Voilà donc comment se forma le trésor des moines ; voilà quels furent leurs titres de propriété. Aucune famille, aucun État, aucun individu n'en a jamais possédé de plus glorieux ni de plus légitimes.

Telle est cependant l'iniquité et l'aveugle perversité des hommes, infidèles à la loi du salut, que de toutes les propriétés humaines la seule qui ait été partoutattaquée, partoutcalomniée et, de nos jours,

1. Ncc oblivionem paliatur, inter tôt benet'actores, pauperculae Julianœ de Westona sancta inemoria, quœ dédit nobis de sua inopia tolum victum suum, scilicet, filum relortum in summa magna ad consuendum fratrum iioslri monasterli vestimenta. Inglli'H, Crovl. Ap. Gale, Script, rcr. anglic, t. 1, p. 99.

INTRODUCTION. cxliii

partout supprimée, c'est la propriété monastique! Royautés etrépubliques, autocrates et démagogues, vous avez conservé et cgnsacré les spoliations de la force, les triomphes de la spéculation; et vous avez confisqué les fruits du sacrifice, les dons du repentir, les legs de la douleur; vous avez anéanti les œuvres créées par les deux plus belles choses de ce monde, quand elles sont pures : la liberté et Tamour!

Fasse le ciel que ce crime ne soit pas cruellement châtié ! fasse le ciel que la logique de la spoliation n'atteigne pas ses dernières conséquences, et que d'implacables vengeurs, renchérissant sur vos exemples, ne viennent pas envelopper les coupables et les innocents dans une commune proscription, au nom des principes dont la spoliation des Ordres religieux a été la première victoire ! Les fils de ceux qui ont partout détruit les monastères ont déjà appris à leurs dépens que de tous les arguments qui ont renversé la propriété monastique, il n'en est pas un seul qui ne puisse battre en brèche la propriété en général. On ne saurait assez le rappeler : eux aussi, éperdus et tremblants, ont vu se dresser devant eux des hommes qui leur ont demandé leurs biens en leur jetant à la tête ce nom d^oisifSy avec lequel on avait dépouillé les moines. Sont-ils au bout de leurs expériences et de leurs

cxLiv LES MOINES D'OCCIDENT,

châtiments? L'orage ne se rapproche-t-il pas d'heure en heure, et n'entendra-t-on pas encore une fois monter jusqu'aux portes des palais modernes le flot de cette multitude qui confond l'ancienne et la nouvelle propriété dans une réprobation commune et dont les apôtres ont déclaré que le loisir était un attentat à la société et la propriété un vol?

Page 1