‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 50 sur 219 · CL LES MOINES D'OCCIDENT · texte numérisé non relu

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nos jours : « L'abus ne prouve rien contre quoi que ce soit, et s'il fallait détruire ce dont on abuse, c'est-à-dire ce qui est bon en soi et corrompu par la liberté de l'homme, Dieu lui-même devrait être arraché de son trône inaccessible, où trop souvent nous faisons asseoir près de lui nos passions et nos

erreurs ' . »

Qui oserait dire, d'ailleurs, que ces abus fussent la conséquence naturelle ou nécessaire de l'institut monastique? le bon sens et l'histoire démontrent le contraire. Mais la faiblesse humaine, on ne le sait que trop, est incompatible avec la perfection soutenue. Aucune institution humaine n'a pu produire des fruits toujours excellents; mais aucune n'en a produit de si nombreux et de si purs que l'Ordre monastique. Voilà ce qui provenait de l'institution. Les désordres et les abus ne provenaient que de cette dépravation naturelle à l'homme, qui le suit et le rejoint partout. 11 n'est pas un seul des reproches que l'on puisse adresser aux Ordres religieux, qui ne soit imputable avec autant et plus de raison à toutes les institutions humaines, même les plus augustes. Que dis-je? il n'en est pas un qui n'aille droit à l'adresse de l'Église elle-même et du Christianisme tout entier? Oui, l'Église, quoique d'ins-

1. Lacordaire, Discours sur les étwJes philosophiques, 10 août

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titiition divine, a va trop souvent sa pureté native ternie chez ses enfants comme chez ses pontifes par des abus criants, par des désordres monstrueux. Jésus-Christ a promis à l'Église que les portes de l'enfer ne prévaudraient pa^ contre elle, mais non qu'il exempterait ses ministres de la faiblesse humaine. Dieu n'enlève à personne le libre arbitre ; il a laissé le choix entre le bien et le mal, même aux anges, afin d'assurer la glorieuse liberté du bien et de doter ses créatures du droit de mériter le bonheur qu'il leur offre. Et quand on reproche aux moines d'avoir dégénéré de leur ferveur et de l'austérité primitive et de ne plus ressembler à leurs fondateurs, on oublie que la plupart des chrétiens modernes ressemblent encore moins aux chrétiens de la primitive Église. C'était là remarque d'Érasme, il y a trais siècles * , et elle n'a pas cessé d'être vraie. Ce qui est certain, c'est qu'à toutes les époques, même les plus désolantes pour la renommée et la dignité de l'ÉgUse et des Ordres monastiques, l'honneur primitif de ces grandes

1. Qusenam igitur est animi perversitas odisse monachum obhoc îpsum qiiod nionachus est? Profiteris te Clirislianum et adversaris ds qui Christo simillimi sunt? Hic protinus occinent, scio plerosqiie pluriinum abesse ab hac imagine priscorum monachorum. At quotiesquisqueest Christianorum, qui primitivae EcclesicC sanctimoniam hactenus retinuerit? Nullum igitur vitae genus probabimus, si propter malos oderimus et bonos... Erasmi, Epist. ad JoJian. Einstad. €arthusian.

cLii LES MOINES D'OCCIDENT,

institutions reste intact, puisque tous les scandales qu'on leur reprochait provenaient exclusivement de la violation de leurs règles et du déclin de leur esprit originel. Ce qui n'est pas moins incontestable, c'est que, jusqu'à leur dernier jour, elles continuèrent à produire un certain nombre d'âmes saintes et de grands esprits, dignes à jamais de l'admiration et de la reconnaissance des chrétiens.

Voltaire lui-même en fait l'aveu * en parlant du xvui' siècle. 11 le connaissait ; et quand il lui échappe de rendre justice à la religion, on peut l'en croire.

Cela dit, etbienloinde vouloirjustifieroumême excuser les moines dégénérés, contemporains d'Érasme et de Voltaire, nous aborderons sans détour ce côté ténébreux de notre sujet, que nous rencontrerons d'ailleurs, à des degrés divers, pendant tout le cours de nos recherches.

Signalés et flétris dès l'origine de l'institut monastique par les saints et les docteurs qui en fu-

1. « Il n'est guère encore de monastères qui ne renferment des âmes admirables qui font honneur à la nature humaine. Trop d'écri vains se sont plu à rechercher les désordres et les vices dont furen souillés quelquefois ces asiles de piété. // est certain que la vie sécu liërea toujours été plus vicieuse, que lesgiandscrimes n'ont pasété commis dans les monastères; mais ils ont été plus remarqués par leur contraste avec la règle; nul état n'a toujours été pur. » Essa sur les mœurs, c. 139. — Voir aussi le remarquable aveu de l'an glican M\iTLAND, the Dark Ages, préface, p. xi.

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rent les plus ardents apologistes, par Chrysostome comme par Augustin ; combattus, poursuivis, réprimés par les auteurs de toutes les règles et de toutes les réformes, depuis saint Benoît jusqu'à saint Bernard, ces abus et ces scandales renaissaient périodiquement, comme les têtes de Phydre, quelquefois sous des dehors nouveaux, mais toujours en se greffant sur ce vieux fonds de corruption et de perversité qui se retrouve dans toutes les consciences et toutes les sociétés humaines. Dix siècles s'écoulèrent avant de lasser la persévérance, le courage, Taustère et fécond génie des réformations dont nous raconterons les exploits. La vertu modeste et silencieuse de la grande majorité des rapines contre-balançait les abus exceptionnels et continuait à mériter l'admiration des hommes et la clémence de Dieu. Mais il vint un temps où l'abus l'emporta sur la loi, où l'exception écrasa la règle, où le triomphe du mal sembla irréparable. A partir du xiv'' siècle, la flamme qu'avait partout rallumée saint Bernard à l'aide de l'institut cistercien «'étant amortie, le souffle d'en haut, le véritable esprit religieux parut abandonner les vieux Ordres, pour aller vivifier les Ordres mendiants, et, après le dépérissement de ceux-ci, ces grandes congrégations des clercs réguliers qui ont fait jusqu'à nos jours l'honneur et la consolation de l'Église.

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