‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 53 sur 219 · Histoire des variations, liv. i, c · texte numérisé non relu

Histoire des variations, liv. i, c

2. Ibkl. — Il dit ailleurs, avec la noble candeur qui ajoute tant de charme et d'autorité à son génie : ce La prodigieuse révolle du luthéranisme a été une punition visible du relâchement du clergé... Dieu a puni sur nos pères, ce qu'il continue à punir sur nous, tous les relâchements des siècles passés, à commencer par les premiers temps où l'on a commencé à laisser prévaloir les mauvaises coutumes contre la règle... Prenons garde, tout ce que nous sommes de supérieurs... nous porterons la peine de tous les canons méprisés, de tous les abus autorisés par notre exemple. » Méditations sur l'Évangile , 64^ jour.

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cette prospérité matérielle, les plus graves altérations, l'épiscopat se plaignait de voir les liens de la discipline et de l'autorité ecclésiastique méconnus par l'abus des exemptions. Ces privilèges, légitimes et nécessaires surtout à l'origine des grandes fondations monastiques, étaient devenus une anomalie inutile, dangereuse, quelquefois même ridicule, par la suite des temps et par l'aveugle indulgence avec laquelle on les avait prodigués. Saint Bernard avait déjà employé quelques-uns des accents les plus rudes de son impétueuse éloquence^ pour flétrir cet abus qui s'atténua, sans disparaître, sous le coup de l'improbation solennelle du concile de Trente-.

Malheureusement cette grande et sainte assemblée, mal secondée et d'ailleurs frappée d'impuissance par le mauvais vouloir des princes, ne sut

1. Non est bona arbor faciens fructiis taies, insolenlias, dissolutiones, dilapidationes, simultates, scandala, odia... De Consider., 1. III, c. 4. — Cf. Tract, de morib. et of/icio episc. , c. 9.

2. Quoniam privilégia etexemptiones, quae variistitulis plerisque concedunlur, hodie perturbationein in episcopoium jurisdictioneexcitare, et exemptis occasionem laxioris vitee prsebere dignoscuntur... Sess. XXIV, De reformat., c. il. Cf. sess. vi, c. 3. — Les exemptions avaient fini par envahir jusqu'aux cures et autres bénéfices ayant charge d'âmes, confiés à des religieux détachés de leurs monastères. Cet abus menaçait les fondements mêmes de l'autorité épiscopale et de la hiérarchie ecclésiastique. On le voit signalé et réprimé avec énergie dans les conciles provinciaux de la Bohême en 1381 et 1384. Hist. polit. Blatter fur das kath. Deutschland, t. XLVI, p. 6.

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point porter un remède efficace ou durable à l'abus, bien autrement funeste et révoltant de la commende. Elle émit à ce sujet des vœux qui ne furent point exaucés, et décréta des prohibitions qui ne furent point exécutées ^ .

On verra l'origine et la nature spéciale de ce fléau, contemporain des premiers temps de l'institut, mais qui, plus ou moins comprimé" pendant tout le moyen âge, n'atteignit qu'à partir du seizième siècle les proportions honteuses et formidables qui en ont fait la lèpre de l'Ordre monastique. Disons seulement ici que cette commende avait pour résultat de livrer le titre d'abbé, avec la plus grande partie des revenus d'un monastère, à des ecclésiastiques étrangers à la vie régulière , trop souvent même àde simples laïques, pourvu qu'ils ne fussent pas mariés. Elle porta partout une atteinte profonde

1. Sessioxxi, Dereformat., c. 8. — Sessioxxv, De regul. et moiiial., c. 20 et 21. — Citons seulement ce dernier texte : « Sancta Synodus... confidit SS. Romanum pontificem pro sua pietate et prudenlia curaturum, quantum hsec tempora ferre posse viderit^ ut ils (monasteriis) quee nunc commendata reperiuntur, etquse suos conventus habent, regulares personse, ejusdem ordinis expresse professas, et quee gregi praîire et preeesse possunt, prâeficiantur. Quae vero in posterum vacabunt, non nisi regularibus spectatae virtutis et sanctitatis conféra n tu r. »

2, Clément V et Innocent VI se sont signalés, parmi tous les papes, par la révocation de toutes les commendes antérieures à leur pontilicat. Mais le mal renaissait sans cesse. Ni le concile de Bàle ni la Pragmatique sanction , ne s'en occupèrent. ïhom.\ssin, Vêtus et nova disciplina de Beaeficiis,T^diVS ii, lib. m, c. 19 et 20.

INTRODUCTION. eux

et capitale aux institutions régulières , et là où le protestantismen'avait pas réussi à les abattre violemment, elle leur inocula un poison honteux et mortel . L'Allemagne catholique sut s'y dérober, à partir de la Réforme. La Belgique, grâce à ses anciennes franchises politiques, put imposer à ses souverains, même aux plus puissants , tels que Charles-Quint et Philippe II, l'obligation de la préserver de cette ignominie \ L'Italie fut moins heureuse : on y voit le Mont-Cassin, le berceau et le foyer de l'Ordre bénédictin, subir la honte de compter parmi les seize abbayes dont était pourvu, dès le berceau, comme d'autant de hochets, ce fils des Médicis qui devait s'appeler Léon X. On y voit l'antique et illustre abbaye de Farfa livrée vers 1530 à un Napoléon Orsini, qui en fait le quartier général d^une bande de brigands et qui, à leur tête, ravage toute l'Italie centrale jusqu'au jour où il se fait tuer en voulant enlever sa propre sœur à celui qu'elle devait épouser^. Je souffre d'avoir à dire que des traits semblables se présentent dans plus d'une page de l'histoire de ces temps orageux.

1. L'article 57 delà Joyeuse Entrée du Brabant, que durent jurer Charles-Quintet Philippe II, comme l'avaient jurée les ducs de Bourgogne, et qui ne fut abolie que par Joseph II, portait : « Le souverain ne donnera en aucune manière ou ne laissera donner en commende aucune abbaye, prélature ni dignités de Brabant. »

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