Voir plus haut, p. lxxix, note
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Mérovingiens et sous les Carlovingiens, comme le témoigne la destinée trop connue de Clodoald et de Tassilon. Mais au moyen âge, pendant lesgrands siècles de ferveur monastique, c'est à peine si Ton en retrouve des traces. Elles reparaissent à ces funestes époques de décadence et de relâchement où l'amour-propre et la cupidité des familles trouvaient trop souvent dans les supérieurs ecclésiastiques des complices d'autant plus dociles qu'ils étaient eux-mêmes plus étrangers aux véritables conditions de la vie claustrale. Cette tyrannie moderne, qu'a enfantée l'esprit révolutionnaire et qui proscrit le vœu, se trouvait alors devancée et représentée par la tyrannie qui l'imposait, avec un égal mépris de la liberté et de la dignité de Fâme humaine, ce Le consentement, » a dit un de nos vieux et illustres jurisconsultes, « est le sceau, la source et l'âme du vœu. xMalheurense hypocrisie, )> dit encore cet éloquent Antoine Le Maistre, ce que vous cou\Tez de l'ombre d'une profession qui est très sainte en elle-même et très douce à ceux à qui Dieu en donne la volonté, Tesprit et l'amour, mais qui réprouve les rigueurs inhumaines que souffrent de pauvres enfants à qui il ne donne aucun mouvement et que les parents y font entrer à coups de pieds, qu'ils y lient avec les chaînes de la crainte et de la terreur, et qu'ils y retiennent par la même
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force, par la même appréhension qu'ils leur donnent des prisons et des supplices ^ »
Contre ce criminel abus protestaient sans cesse et en foule des vocations, non seulement tout à fait libres, mais encore nées, poursuivies, conquises et obtenues, malgré la résistance des familles, et après d'héroïques efforts, par des rejetons de la plus haute aristocratie. Bossuet, dans ses sermons pour la vêture de mademoiselle de Bouillon et autres filles de grande maison, a promené son regard d'aigle sur ces contradictions étonnantes, (c Que n'a pas gâté la concupiscence? » dit-il ailleurs : (( elle a vicié même l'amour paternel. Les parents jettent leurs enfants dans les religions sans vocation, et les empêchent d'y entrer contre leur vocation " . »
De ces deux excès, le dernier se voit encore parfois parmi nous. Le premier s'atténua de lui-même bien avant la grande catastrophe qui devait anéantir à la fois tous les abus et tous les droits de la vie claustrale. Il céda devant l'irrésistible empire des mœurs et de l'esprit public. Si la contrainte mo-
1. Voir le beau plaidoyer d'Antoine Le Maistre, cité par Oscar de Vallée, De V Éloquence judiciaire au dix-septième siècle, 1856, p. 105 et 116.
2. Pensées chrétiennes et morales, n^ 42 . — On sait que de son temps le mot religion s'entendait d'un Ordre religieux, et qu'on dit encore entrer en religion, pour se faire religieux.
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raie était encore quelquefois employée en Italie et ailleurs pour introduire dans les chapitres et les couvents de femmes les filles de la noblesse et de la haute bourgeoisie S on peut affirmer que dans les monastères français, aux derniers temps de leur existence, il ne se trouvait guère personne qui n'y fût entré de son plein gré. Ce qui le prouve surabondamment, c'est le démenti éclatantque reçurent en 1791 les déclamations de Diderot, de la Harpe et de tant d'autres sur les victimes cloîtrées. En un seul jour, toutes les clôtures furent mises à néant, tous les vœux monastiques furent déclarés nuls. Combien de moines, combien de religieuses se sont mariés? Pas un sur mille. La plupart des femmes surtout sont rentrées librement dans le cloître dès qu'elles Font pu.
Plutôt que d'y faire entrer ou d*y retenir de force les religieux, on semblait plus disposé à leur faciliter l'abandon et la transformation de leur état. Les requêtes individuelles à l'effet d'obtenir la permission de quitter le cloître et de vivre dans une complète indépendance , comme celles qu'adressèrent en 1770 plusieurs bénédictins de Saint-Maur au Parlement de Paris, étaient repoussées. Mais
1. De là ce mot si répandu en Italie au dix-huitième siècle et trop juste : Le badie sono la preda degV uomini e la tomba dellc donne.
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quandles communautés tout entières demandaient à être sécularisées, elles étaient exaucées; on vit jusqu'à trois des plus anciennes abbayes du diocèse de Lyon solliciter et obtenir cette triste faveur dans la seconde moitié du xvni° siècle * .
Sous rinfluence de toutes ces causes réunies, l'institut monastique s'acheminait de plus en plus vers une décadence complète. Il serait injuste de trop généraliser ce jugement et surtout de méconnaître les tentatives généreuses qui de temps à autre venaient protester contre les envahissements du mal et interrompre sa marche. Bien des points lumineux brillaient encore en Belgique et en Allemagne comme en Italie, en Espagne comme en France. Au xvi° siècle, la forme de l'Ordre de Cîteaux, entreprise par l'abbé de Feuillant -, fut le digne prélude de celle qui, cent ans plus tard, fit renaître les merveilles de la Thébaïde, en immortalisant le nom de la Trappe. Au xvii% plus d'un rejeton de la vieille tige bénédictine, tels que les Sfondrate % les d'Aguirre % se montrèrent
t. Celle de l'île Barbe, d'Ainay et de Savigny. A. Bernaud, Cartulaire de Savigny, p. 115.
2. Jean de la Barrière. Voir un tableau frappant de sa personne et de son apparition à Paris devant Henri III, en août 1583, dans le Registre-Journal de Pierre de l'Estoile.
3. Petit-neveu de Grégoire XIV, moine et abbé de Saint-Gall, avant d'être fait cardinal par Innocent XII.
4. Né en 1630, mort en 1699, général de la congrégation de Saint-
MoiNES d'occ, I. j
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les dignes émules des Bellarmin et des Baronius, par leur zèle pour la science sacrée et la défense des libertés de TÉglise, tandis que Timmortelle pléiade qui se groupe dans l'histoire autour de Mabillon et de Montfaucon couronna le nom de la congrégation de Saint-Maur d'une gloire qui est restée sans tache comme sans rivale. Mabillon surtout, le plus illustre des moines modernes, mérite une place à côté des plus saints et des plus grands, non seulement par sa colossale érudition, ses inappréciables travaux, mais surtout par la pureté de sa vie, la noblesse, la droiture et l'ardente intégrité de son caractère.
Mais ces glorieuses individualités, ces réformes partielles, locales et temporaires, ne suffisaient pas pour racheter les misères et les infirmités croissantes de l'ensemble d'une grande institution qui, pour être sauvée et régénérée, aurait exigé l'emploi de toutes les forces et de toutes les sollicitudes de
Benoît en Espagne, fait cardinal par Innocent XI, après sa Defensio cathedrx S. Pétri contre la Déclaration de 1682. Bossuet, tout en le combattant, l'appelle la lumière de l'Église, le modèle des mœurs, l'exemple de la piété. Étant cardinal, il garda toujours auprès de lui deux ou trois religieux avec lesquels il sui. vait les exercices de la vie monastique ; avant de mourir, il prescrivit de porter au Mont-Cassin son cœur, quod S. Patris Benedicti ah adolescentios vestigiis adhxserat. Il avait fait d'avance son épitaphe ainsi conçue :
Vita Peccator, appellatione Monachus, S. Benedicti studio Theologus.
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i'Église. En France surtout, c'est-à-dire dans le pays de la chrétienté dont les bonnes et les mauvaises influences sont prépondérantes dans le reste du monde, la grande majorité des monastères échappait à toute influence régénératrice, restait en proie à la commende et s'enfonçait de plus en plus dans le désordre et le discrédit. 11 en fut ainsi pendant tout le x\in^ siècle, et, vers sa fin, un savant bénédictin de Saint-Germain-des-Prés pouvait écrire à un de ses confrères de la congrégation de Saint- Vanne : « De tous les religieux de votre congrégation qui viennent ici loger, je n'en ai presque pas vu qui nous aient édifiés. Vous en direz sans doute autant des nôtres qui vont chez vous \ »
Un sentiment de mépris exagéré, mais universel , avait remplacé partout la profonde vénération que lesgrands Ordres monastiques avaient si longtemps inspirée au monde catholique -. En faisant aussi
1. Lettre de dom Clément vers 1780, citée par M. Dantier^ Rapport sur la Correspondance inédiie des Bénédictins, p. 19.
2. On en était venu au point que l'un des princes les plus pieux, les plus illustres et les plus victorieux du dix-septième siècle, le duc Charles V de Lorraine, l'émule de Sobieski, le conquérant de la Hongrie, beau-frère de l'empereur Léopold P^, et tige de la maison actuelle régnante en Autriche, a pu écrire dans son Testament politique, destiné à l'instruction des princes de la famille impériale, ces cruelles paroles : « Il n'est pas à propos d'introduire la moinerie dans les conseils, c'est un genre d'hommes qui n'a
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large que possible la part de l'impiété comme des iniquités de la haine du nom chrétien, dans ce sentiment général, il est impossible de méconnaître que les Ordres religieux, pris dans leur ensemble, avaient subi la plus douloureuse altération. Les rôles étaient intervertis. Depuis la paix de TÉglise et pendant tout le moyen âge le contraste entre les deux clergés régulier et séculier avait été saisissant et tout à l'avantage de celui-là. Le clergé régulier avait non seulement éclipsé, mais en quelque sorte épuisé, exténué le clergé séculier. La régularité, la ferveur, le dévouement, toutes les vertus sacerdotales avaient leur foyer presque exclusif dans les cloîtres. Dans les siècles plus récents, ce fut précisément l'inverse ; et quand la Révolution vint séparer le bon grain de l'ivraie et faire sortir triomphalement l'Église gallicane de la plus formidable épreuve qu'aucune Église ait jamais subie, les évoques et les curés se montrèrent presque partout supérieurs aux moines.
En faut-il davantagepourconstater la profondeur
jamais fait bien à souverain, et qui n'est destiné qu'à leur faire du mal... Moins il y a de prêtres et de moines dans une famille, plus l'idée de religion s'y conserve-t-elle; la paix y est plus assurée et le secret plus impénétrable. » Testament politique de Charles F, cité par le comte d'Haussonville, Histoire de la réunion de la Lorraine, t. III, p. 380. — 11 convient dajouter que l'authenticité de ce testament a été révoquée en doute et qu'on l'attribue à un abbé lorrain nommé Chèvremont.
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de leur chute et pour expliquer la véritable cause de leur ruine? Quand un Ordre religieux devient inférieur par la vertu ou par la foi au reste du clergé, il perd sa raison d'être et signe d'avance son arrêt de mort. Ce n'est plus, pour parler comme Bossuet, qu'un cadavre spirituel et le tombeau vivant de lui-même.
A ceu X qui m'accuseraient d'un excès de sévérité , j'opposerai l'imposante et incontestable autorité des deux grandes lumières de l'Église gallicane, à une époque où la décadence monastique était encore loin d'être complète. Il est vrai que leurs éloquentes doléances s'adressaient à des religieuses : mais il est hors de doute que les abus et les scandales, trop fréquents dans les communautés de femmes, l'étaient encore bien plus dans les monastèi'es d'hommes dont la commende était devenue la loi générale, tandis qu'on ne la rencontre que par exception dans les abbayes de filles. Que l'on écoute donc ces paroles significatives deFénelon, prêchant, avant qu'il fût évêque, le panégyrique de saint Bernard devant des religieuses bernardines : (( 0 réforme! ô réforme! qui as coûté à Bernard tant de veilles, déjeunes, de larmes, de sueurs, de prières ardentes, pourrions-nous croire que tu tomberais? Non, non, que jamais cette pensée n'entre dans mon cœur ! Périsse plutôt le
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malheureux jour qui éclairerait une telle chute! Quoi! Bernard verrait-il lui-même, du sanctuaire où il est couronné, sa maison ravagée, son ouvrage défiguré et ses enfants en proie aux désirs du siècle? Plutôt que mes deux yeux se changent en fontaine de larmes; plutôt que TÉglise entière gémisse nuit et jour, pour ne pas laisser tourner en opprobre ce qui fait sa gloire ! . . . 0 filles de Bernard ! montrezmoi votre père vivant en vous. 11 ranima la discipline monastique presque éteinte en son temps : voudrez- vous la laisser périr dans le vôtre? »
En voici d'autres, non moins cruelles, que l'on trouve dans ce ïanieu^ Discours sur les avantages et les devoirs de la vie religieuse^ attribué tantôt à Fénelon, tantôt à Bossuet, et digne de l'un comme de l'autre : « Cette maison n'est point à vous : ce n'est point pour vous qu'elle a été bâtie et fondée ; c'est pour l'éducation de ces jeunes demoiselles... Si donc il arrivait (ô Dieu ne le souffrez jamais : que plutôt les bâtiments se renversent! ), si donc il arrivait jamais que vous négligeassiez votre fonction essentielle; si, oubliant que vous êtes en Jésus-Christ les servantes de cette jeunesse, vous ne songiez plus qu'à jouir en paix des biens consacrés ici; si l'on ne trouvait plus dans cette humble école de Jésus-Christ que des dames vaines, fastueuses, éblouies de leur naissance et accoutumées
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à une hauteur dédaigneuse qui éteint l'esprit de Dieu et qui efface l'Évangile au fond des cœurs , hélas! quel scandale! le pur or serait changé en plomb, l'épouse de Jésus-Christ, sans rides et sans tache, serait plus noire que des charbons, et il ne la connaîtrait plus. »
C'est encore dans le même discours que se trouvent ces tristes révélations sur l'intérieur des grandes communautés au xvii^ siècle. « Non-seulement la pauvreté n'est point pratiquée, mais elle est inconnue. On ne sait ce que c'est que d'être pauvre par la nourriture grossière, pauvre par la nécessité du travail, pauvre par la simplicité et la petitesse des logements, pauvre dans tout le détail de la vie... C'est cependant parla que les communautés peuvent être généreuses, libérales, désintéressées. Autrefois les solitaires d'Orient etd'Égypte, non-seulement vivaient du travail de leurs mains, mais encore faisaient des aumônes immenses : on voyait sur la mer des vaisseaux chargés de leurs charités. Maintenant il faut des revenus prodigieux pour faire subsister une communauté. Les familles accoutumées à la misère épargnent tout; elles subsistent de peu; mais les communautés ne peuvent se passer de Tabondance. Combien de centaines de familles subsisteraient honnêtement de ce qui suffit à peine pour la dépense d*une seule corn-
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miinauté, qui fait profession de renoncer aux biens des familles du siècle pour embrasser la pauvreté! Quelle dérision ! quel renversement ! . . . ayez affaire à de pauvres gens chargés d'une grande famille : souvent vous les trouverez droits, modérés, capables de se relâcher pour la paix et d'une facile composition : ayez affaire à une communauté religieuse, elle se fait un point de conscience de vous traiter avec rigueur. J'ai honte de le dire; je ne le dis qu'en secret et en gémissant; je ne le dis que comme à Toreille, pour instruire les épouses de Jésus-Christ; mais enfin il faut le dire, puisque malheureusement il est vrai; on ne voit point de gens plus ombrageux, plus difficultueux, plus tenaces^ plus ardents dans les procès que ces personnes qui ne devraient pas même avoir des affaires. Cœurs bas! cœurs rétrécis! est-ce donc dans l'école chrétienne que vous avez été formés^? ))
' La stricte justice exige que l'on oppose à ce triste tableau celui qu'a tracé Fénelon lui-même de la ferveur et de la régularité qui régnaient chez les Carmélites : « Les voilà, les filles de Tliérèse; elles gémissent pour tous les pécheurs qui ne gémissent pas, et ce sont elles qui arrêtent la vengeance prête à éclater. Elles n'ont plus d'yeux pour le monde, et le monde n'en a plus pour elles. Leurs bouches ne s'ouvrent plus qu'aux sacrés cantiques, et, hors des heures des louanges, toute chair est ici en silence devant le Seigneur. Les corps tendres et délicats y portent jusque dans l'extrême vieillesse, avec le cilice, le poids du travail.
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En présence de ces révélations et de tant d'autres preuves incontestables d'un mal invétéré, on est invinciblement conduit à se poser une question douloureuse. Comment l'Église a-t-elle permis à cette lamentable décadence de se consommer? Comment n'a-t-elle point fait intervenirsa divine autorité pour sauver cette portion si précieuse de son héritage? C'est, j'oserai le dire, le côté le plus sombre et le plus inexprimable de son histoire. On ne regrettera jamais assez sa fatale indulgence. Les remèdes les plus énergiques, les sévérités les plus inexorables, eussent à peine suffi pour arrêter la gangrène. A quoi pouvaient donc aboutir les ménagements et l'inaction? Il fallait porter le fer et le feu dans la plaie. Il fallait ne reculer devant aucun moyen pour prévenir par des formes radicales et inexorables cette chute honteuse et complète qui devait infliger à la république chrétienne un irré-
Ici ma foi est consolée; ici on voit une noble simplicité, une pauvreté libérale, une pénitence gaie et adoucie par Fonction de l'amour de Dieu. Seigneur, qui avez assemblé vos épouses sur la montagne, pour faire couler au milieu d'elles un fleuve de paix, tenezles-y recueillies sous l'ombre de vos ailes; montrez au monde vaincu celles qui l'ont foulé aux pieds. Hélas! ne frappez pas la terre, tandisque vous y trouverez encore ce précieux reste de votre élection. » Sermon pour la fête de sainte Thérèse, Œuvres, t. XVII, p, 26'î, éd. Lebel. — Il dit ailleurs : Les imperfections du cloître, qu'on méprise tant, sont plus innocentes'devant Dieu que les vertus les plus éclatantes dont le monde se fait honneur. » Sermon pour la profession d'une religieuse.
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parable dommage. Qu'on ne me parle pas des immenses obstacles que TÉglise eûtrencontrés dans la malveillance intéressée du pouvoir temporel, dans la cupidité de Taristocratie, dans la mollesse du clergé et sa complicité trop fréquente, trop intense avec le mal! Elle a toujours rencontré ce genre d'obstacles depuis qu'elle existe; et quand elle l'a voulu, fortementvoulu, elle les atoujours bravéset toujours surmontés. Toutes les réformes, même les plus laborieuses, comme celles de sainte Thérèseet de Rancé, ont fini par réussir; toutes ont conquis les suffrages de l'opinion, même mondaine. Il ne leur a manqué que d'être perpétuées, propagées, imposées par l'autorité suprême. Sans doute les Papes n'exerçaient plus partout en Europe l'ascendant qu'ils avaient eu au moyen âge. Et cependant il est difficile de croire que, au seizième, et même au dix-septième siècle, un effort énergique et prolongé duSaint-Siége, appuyé par l'Episcopat, n'eût pas réussi , sinon à extirper toutes les racines du mal, du moins à en arrêter la croissance, à en réprimer les excès, et surtout à exciter le zèle des bons religieux comme la sympathie des peuples fidèles et des princes orthodoxes. Louis XIV lui-même, qui montra tant de sympathie pour Tentreprise individuelle et partielle de Rancé, n'eût pas refusé son appui à une réforme plus vaste et dont le signal fût
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venu déplus haut. Peut-être même au dix-huitième siècle la tentative eût-elle réussi. Dans tous les cas, elle méritait bien d'être entreprise.
Je connais et je respecte les décrets de réforme promulgués par les grands Papes qui se sont succédé sur le trône pontifical depuis Sixte-Quint jusqu'à Innocent X. Je connais et j'admire les essais généreux, mais partiels, de saint Charles Borromée, de saint François de Sales, du premier cardinal de la Rochefoucauld. Je n'en suis pas moins condamné à dire que l'on cherche en vain dans les annales de l'Église, depuis le concile de Trente, une grande et vigoureuse lutte contre le mal, ou même une plainte généreuse et retentissante destinée à réveiller les cœurs, à montrer le péril, à signaler l'abîme, à provoquer la résistance. Que les évêques, et même les plus grands d'entre eux, aient fini par rester témoins impassibles de tant de scandales, cela peut, non se justifier, mais s'expliquer par l'abus des exemptions, qui les avait comme désarmés et désintéressés de toute intervention dans la vie des communautés. Mais comment s'expliquer que, parmi tant de bons et de saints Papes, il ne s'en soit pas trouvé un seul pour refuser des bulles qui livraient l'honneur et les biens des plus célèbres monastères à des sujets notoirement indignes, tels
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que Bussy d'Amboise et le cardinal Dubois? Comment s'expliquer que tous aient laissé cette plaie purulente s'invétérer et se gangrener jusqu'au jour de l'irrémédiable ruine?
A cette formidable question il y a toutefois une réponse : c'est que la réforme des Ordres religieux n'est guère plus au pouvoir de l'Église que leur fondation. Jamais l'Église n'a fondé directement un Ordre religieux. Le fait est incontestable. Pour fonder un Ordre religieux il faut des hommes spécialement suscités et destinés de Dieu à cet effet; des Benoît, des François, des Dominique, des Ignace. Ces hommes, l'Église les approuve, les encourage, mais elle ne les crée pas par un acte d'autorité. En serait-il autrement pour la réforme, qui estplus défficile encore peut-être que la fondation ?
Il eût donc fallu des hommes. Ces hommes ont manqué. Dieu ne les a pas donnés et FÉglise ne les pouvait créer. Il y en a quelques-uns de temps en temps, mais pas assez pour une grande, générale et définitive réforme. Voilà pourquoi les Ordres rehgieux ne furent pas réformés.
Restait, il est vrai, un remède : la suppression delà plupartdes établissements. Mais l'Église recule devant des remèdes si extrêmes. Édifier convient à son esprit; détruire lui répugne infiniment. Est-ce
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un tort? Elle est toujours patiente ; quelques-uns penseront peut-être qu'elle Test trop.
Quoi qu'il en soit, le mal demeura et alla croissant , jusqu'à ce qu'enfin il lassa la patience de Dieu même, ce La justice divine » , dit Bossuet, (c venge les excès par d'autres excès*. » Ce que l'Église n'avait pas fait , le siècle un jour le fît par des crimes .
Et cependant il ne faut jamais se laisser aller jusqu'à absoudre le crime^ sous prétexte que ceux qui en ont été victimes ont mérité leur sort.
(( L'injustice des hommes ser lia justice de Dieu- », mais elle n'en reste pas moins l'injustice.
(( L'univers » , dit M. de Maistre , et il n'a jamais rien dit de plus vrai, ce est rempli de supplices trèsjustes dont les exécuteurs sont très coupables^ »
Que les moines fussent , non pas tous , mais en trop grand nombre , infidèles à leurs devoirs , à leur mission^ à leurs serments, on ne saurait le nier. 3Iais est-ce bien à la puissance séculière, était-ce surtout aux ré volutionstriom.phantes qu'il appartenait de les en punir? Les désordres, les abus, les scandales dontonpeutévoquer l'existence, trop sou-
1. Histoire des Variations, liv. vu, p. 469. — Il dit ailleurs •. « Dieu punit les crimes par d'autres crimes, qu'il châtie aussi en son temps : toujours terrible et toujours juste. » Politique sacrée, liv. VII. art, 6, prop. 3.