A Winchester
cxcvfii LES MOLNES D'OCCIDENT.
Ni Richard Cœur de Lion, ni Blanche de Castille n'ont pu protéger FontevraultouMaubuisson contre le sort commun.
Les preux qui dor maient sous la garde des moines ont eu le même destin que les rois. Les cendres du Cid ont été enlevées au monastère confisqué de Saint-Pierre de Gardenas, où il avait choisi d'avance son tombeau, où il avait laissé sa Ghimène en partant pour l'exil, lorsqu'ils se séparèrent comme Voiigle se sépare de la chair \ Le magnifique couvent que Gonsalve de Gordoue avait fondé à Grenade pour les Hiéronymites a été changé en caserne, l'église en magasin, et l'épée du grand capitaine, naguère suspendiie devant le maître autel, en a été décrochée et vendue à l'encan ' !
Les malheureux n'ont pas même su épargner les souvenirs de l'amour humain, épurés par la paix
1. Poema del Cid. Voir le délicieux chef-d'œuvre d'Ozanam, intitulé : Un Pèlerinage au pays du Cid.
1. En 1835, et pour la somme de trois francs, selon le journal espagnol Y Heraldo de janvier 1844. Ce monastère, l'un des plus magnifiques édifices de Grenade, avait d'abord été construit par Gonsalve pour lui servir de palais : le roi Ferdinand le Catholique, étant allé l'y visiter, lui dit avec aigreur : Ce j^alais est plus beau que le mien. — Cela est vrai, sire, lui répondit Gonsalve, mais il est destiné à un plus grand seigneur que vous, car je le donne à Dieu. Je cite la tradition telle qu'elle me fut racontée à Grenade en 1843 par un colonel de cavalerie qui assistait au pansement des chevaux de son régiment sous les cloîtres admirables dus à la générosité du grand capitaine.
INTRODUCTION. cxcix
du cloître, par les prières des moines, mais que la barbarieéclairéedenosjours a confondus, dans son brutal aveuglement, avec les reliques de la foi et de la pénitence. La tombe d'Héloïse a été brisée au Paraclet, comme celle de Laure chez les cordeliers d'Avignon ; et le corps d'Inès de Castro, confié, par l'implacable douleur de Pierre le Cruel, aux fils de saint Bernard *, a été arraché de son mausolée royal pour être profané par des soudards '.
Encore si en confisquant ces abbayes séculaires, si en condamnant leurs paisibles habitants à l'exil ou à la mort, on en eût au moins conservé les ruines; si, comme en Angleterre et en Allemagne, on eût pu montrer, dans leur beauté funèbre, quelques débris de ces monuments d'un art inimitable et d'une architecture sublime ! iMais les vandales modernes ont su renchérir sur l'exemple que leur avaient donné les prétendus réformateurs d'il y a trois siècles. En Espagne, en Portugal, en France surtout, l'art de la destruction a reçu des perfectionnements inconnus aux plus barbares de nos aïeux.