‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 78 sur 219 · Salvien, de Gubernatione Dei · texte numérisé non relu

Salvien, de Gubernatione Dei

toutes les prostitutions de la Rome persécutrice, ^-ienneIlt assaillir les nouveaux convertis et subjuguer les fils des martvTS. Encore un peu, et un nouveau Juvénal pourra chanter la défaite de ceux qui avaient reconquis le monde pour Dieu, et la vengeance exercée par le génie du mal sur ses vainqueurs :

Victuniqiie ulciscitur orl)em.

En faisant aussi grande que Ion voudra la part de l'exagération dans ces lamentations unanimes, elles n'en constatent pas moins irrécusablement que la victoire politique du christianisme, loin d'avoir assm^é le triomple définitif des principes chrétiens dans le mond^ avait provoqué dans la miûtitudc la recrudescence de tous les \dces que la foi chrétienne devait anéantir.

Mais bien plus encore que dans la vie domestique et privée, le paganisme conservait et reprenait son empire par la nature et l'action du pouvoir temporel mis en présence de l'Église. Là n'apparaissait aucun symptôme de la transformation que la notion et l'exercice du pouvoir devaient unjom^ subir au sein des nations chrétiennes. Constantin et ses successeurs furent baptisés : l'empire, la puissance impériale ne le fut point. * La main qui ouvrait au\ chrétiens la porte du pouvoir et de la faveur fut

celle-là même qui leur cbessa des embûches où toute autre Église que l'immortelle épouse du Christ eût péri sans retom^ et sans honneur. Les empereurs aspirèrent à devenir les maîtres et les oracles de la religion dont ils ne pouvaient être que les enfants et tout au plus les ministres. A peine lui eurent-ils reconnu le droit de vi\Te, qu'ils se crurent investis du droit de la gouverner. Ces baptisés de la veille entendirent être les pontifes et les docteurs du lendemain. N'y pouvant réussir, ils recommencèrent à la persécuter pour le compte d'Arius, comme leurs prédécesseurs l'avaient fait pour le compte de Jupiter et de Vénus.

Constantin lui-même, le libérateur de l'Église, le président laïque du concile de Nicée, se lassa bientôt de la liberté et de l'autorité croissantes de ces nouveaux affranchis. Gagné par les com^tisans ecclésiastiques qui entouraient déjà son trône, il exila saint Athanase, le plus noble et le plus pm' des chrétiens. Ce fut bien pis sous ses successeurs. Écoutons Bossuet : « L'empereur Constance se mit à la tête des ariens, et persécuta si cruellement les catholiques... que cette persécution était regardée comme plus cruelle que celle des Dèce et des Maximien, et en un mot, comme un prélude de celle de l'Antéchrist... Valens, empereur d'Orient, arien comme Constance, fut encore un plus violent per-

sécuteur, et c'est de lui qu'on écrit qu'il parut s'adoucir lorsqu'il changea eu bannissement la peine de mort'... ».

Mais ce qui fut bien plus dangereux que la persécution même, ce fut l'invasion de la politique dans l'Église. Quand, après quarante ans de disputes, Constance eut imposé à l'Orient et à l'Occident le formulaire équivoque du concile de Rimini, le monde, selon l'expression fameuse de saint Jérôme, s'étonna en gémissant de se trouver arien-, grâce à la complaisance d'un épiscopat qui se laissait conduire et effrayer par les eunuques du palais impérial.

Il fallait que l'épreuve fût cruelle, car ce que Fon n'avait jamais vu jusque-là, ce que l'on n'a presque jamais vu depuis, on le \it alors : un pape faiblit. Libère, selon l'opinion commune, cède après une noble résistance aux tourments de l'exil ; il sacrifie non certes la vraie doctrine, mais le défensem^ intrépide de la vérité, Athanase. Il se relève, il n'engage en rien l'infaillible autorité de son siège ; il ne compromet que la renommée de ses persécuteurs 3.

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