LIVRE II
Les précurseurs monastiques en Orient.
Lo maggior don, che Dioper sua larghezza Fesse creando, ed alla sua bontate Più conformato, e quel ch' ei più apprezzn,
Fu délia volontà lalibertate, Di che le créature intelligenti E tutte e sole luro e son dotate.
Or ti parrà, se tu quinci argomenti, L'alto valor del veto, s'è si fatto, Che Dio consenta, quando tu consenti, Che nel fermar tra Dio e l'uomo il patto • Vittima fassi di questo tesoro...
Dante, Parad., c. v.
Voilà donc les moines aux prises avec les Barbares. Ils commencent au quatrième siècle la lutte et l'apostolat qui doivent durer jusqu'au douzième, et ne finir qu'après la constitution définitive de l'Europe catholique.
Mais d'où viennent-ils, ces moines? et qu'est-ce qu'un moine? c'est à quoi il importe de répondre brièvement. Un moine est un chrétien qui se met à part du monde, afin de travailler plus sûrement à son salut éternel. C'est un homme qui se retire des
MOINES DOCC. I. 3
autres hommes, non par haine ou par mépris pour eux, mais par amour de Dieu et du prochain et pour les servir d'autant mieux qu'il aura plus réglé et plus épuré son âme.
Cette idée de retraite, de solitude, est la racine même du nom de moine, qui vient du mot grec •xovo;, solitaire. Mais comme beaucoup de chrétiens ont de tout temps obéi à la même impulsion, ces solitaires se sont multipliés et rencontrés : ils ont reconstitué ainsi la vie commune qu'ils semblaient fuir, et cette vie, fondée sur une communauté absolue dans la pensée et dans l'action, a fait la base et la force de l'état monastique.
Mais il ne suffit pas au moine de se séparer du monde : il lui faut encore s'abstenir de ce qiii est licite dans le monde. Le moine est donc essentiellement un homme qui se prive de ce dont il pourrait jouir sans reproche. Il prend dans l'Évangile non seulement le précepte, mais le conseil. Pour éviter ce qui est défendu, il renonce à ce qui est permis. Pour arriver au bien, il aspire à la perfection. Pour être plus sûr de son salut, il veut faire plus qu'il n'en faut pour se sauver. Il s'astreint à un genre de chasteté, de soumission et de pauvreté qui n'est pas exigé de tous les chrétiens. Il renonce, par un effort généreux de son libre arbitre, aux liens du mariage et de la famille, à la propriété
individuelle et à la volonté personnelle ; et il met ce triple sacrifice sous la sauvegarde d'une promesse irrévocable, d'un vœu. Ayant ainsi triomphé de son corps par la continence, de son âme par l'obéissance, et du monde par la pauvreté volontaire, il vient, trois fois vainqueur, se donner à Dieu et prendre rang dans le corps d'élite de cette armée qui s'appelle l'Église.
Ce genre de vie est aussi ancien que le monde. Il a deux origines, une origine naturelle et une origine surnaturelle.
Oui, cette vie de solitude et de privations, si contraire, en apparence, à tous les penchants de l'homme, elle a ses racines dans la nature himiaine. Tous les honmies, à un instant donné de leur vie, ont ressenti cet attrait mystérieux et puissant vers ia solitude, vers la pénitence religieuse, vers les dévouements singuliers et douloureux. Tous les peuplesl'ontreconnu et honoré. Toutes les religions l'ont adopté et sanctionné. Les philosophes, les moralistes du paganisme, ont glorifié à l'envi cet enthousiasme du sacrifice. Les traditions Scandinaves et germaniques en conservent de nombreuses empreintes. Le monde oriental s'y est livré avec passion. L'Inde a depuis trois mille ans ses ascètes, qui poussent jusqu'au délire la science de la mortification et la pratique des châtiments volontaires.
On les retrouve encore, errant de par le monde, ou vivant en vastes communautés dans toutes les nations qui reconnaissent la loi de Bouddha. Ils n'ont rien produit, rien sauvé ; l'orgueil de l'erreur et la corruption de l'oisiveté les ont rendus inutiles à l'esprit humain comme à la société ; mais ils rendent, au sein même de leur abjection, un témoignage inmiortel à cet instinct profond de l'âme, que la seule religion véritable a transformé en mie source intarissable de vertus et de bienfaits.
Au sein de la civilisation antique, Pythagore et ses disciples, qu'on appelait déjà du nom de Cénobites ^ , Platon dans sa République, Épictète dans son Tableau de Cébès, et tant d'autres, ont conseillé ce genre d'existence comme le dernier terme de la sagesse. Mais le christianisme seul a su, par l'institution de l'Ordre monastique, discipliner ces impressions fugitives, leur donner une portée efficace et une permanente énergie. A lui seul le droit d'offrir une sanction divine, un but infaillible, une récompense éternelle à ce penchant de la nature que tous reconnaissent.
A côté de cette origine piu-ement humaine et naturelle de la vie religieuse, il faut donc encore lui reconnaître une origine surnaturelle et céleste. Dans l'ancienne loi, où tout est figure ou symbole