Eddius, c
ET ETHELDREDA. 24^
et solennel des psaumes selon le mode grégorien * . Grâce à lui, la Northumbrie devint un grand foyer de musique qui rivalisa avec l'école de Gantorbéry, et où l'éducation musicale des prêtres et des fidèles, en se retrempant périodiquement aux sources, dut associer la noble mémoire de Wilfrid aux modulations solennelles et consolantes d'une liturgie traditionnelle et populaire.
Mais l'architecture ecclésiastique lui offrait encore un plus vaste champ : et les résultats qu'il y obtint ont excité chez ses contemporains un enthousiasme dont Fécho est venu jusqu'à nous. Né avec le goût de l'art et des grandes constructions, et déplus avec un penchant prononcé pour la pompe et la ma gnificence , il consacra exclusivement ces dispositions naturelles au service de Dieu. Il fut donc le véritable initiateur de Fart chrétien et de l'architecture ecclésiastique dans le nord de l'Angleterre. A la tête des religieux csementarii qu'il avait amenés de Gantorbéry, il commença par réparer de fond en
1. F4BER, p. 62, 66. — Bede IV, 3. — Voici encore un passage curieux sur d'autres compagnons de Wilfrid : Cantatorem quoque egregium, vocabuloMaban, quiasuccessoribusdiscipulorum B. papœ Gregorii in Cantia fuerat cantandi sonos edoctus, ad se suosque instituendos accersiit, acper annos duodecim tenuit : quatenus et qua& illi non noverant, carmina ecclesiastica doceret : et ea quse quondatn cognita longo usu vel negligentia inveterare cœperunt, hujus doctrina priscum renovarentur in statum. Nam et ipse episcopus Acca cantalor erat peritissimus. Bede, V, 19.
comble la cathédrale primitive d'York, celle qu'avait fondée le premier missionnaire romain, Paulin, et où avait été baptisé le premier roi chrétien, Edwin, avec sa fille Eanfléda. Depuis la translation de l'évêché à Lindisfarne, cette église était comme abandonnée : la pluie y entrait de tous les côtés et les oiseaux y faisaient leurs nids : Wilfrid, en architecte prudent, commença pas revêtir de plomb le toit, puis mit des vitres transparentes aux fenêtres, et fit laver ou gratter les pierres endommagées par l'humidité. Il semble même qu'on pourrait le regarder comme l'inventeur de ce badigeon à la chaux dont on a fait depuis un si triste abus ^ . Après quoi, il pourvut la cathédrale ainsi restaurée de riches ornements et d'une dotation territoriale.
Mais il fut bien plus prodigue envers son cher monastère de Ripon, qu'il tenait des largesses de son premier ami Alchfrid, et qui avait été le premier foyer de son action indépendante et propagatrice. Il y construisit une vaste basilique dédiée à saint Pierre et qui excita la stupéfaction universelle : on n'avait jamais rien vu de pareil à la hauteur de ces porches et de ces colonnes en pierre polie, ni surtout au magnifique évangéliaire recouvert de plaques d'or garnies de pierres précieuses, que Wilfrid avait fait écrire
1. Eddius, c. 15. — Jpse illas alba calce dealbavit. Guill. Mai- MESB., de G est. Pontif, Angl., ]. iij, f. 148.
ET ETHELDREDA. 245
pour le bien de son âme, en lettres d'or sur du vélin pourpre, et qu'il déposa sur l'autel le jour de la dédicace de son église. Le jour de cette cérémonie, en la présence du roi Egfrid, de son frère, de tous les abbés voisins, des ealdormen\ des comtes, des seigneurs et autres principaux Saxons, Wilfrid, debout devant l'autel, se retourna vers le peuple qui remplissait la nef, et prit acte solennellement, en les énumérant par leurs noms, de tous les territoires et de toutes les églises que les rois lui avaient concédés, avec le consentement des évêques et de l'assemblée des grands du pays, principalement dans la région que le clergé breton avait abandonnée en fuyant devant le glaive des Saxons. Son hostilité contre les chrétiens celtiques reparaissait donc même au milieu des joies de cette solennité, laquelle se termina, à la mode vraiment saxonne, par un grand banquet où révoque abbé de Ripon convia toute l'assistance, et qui dura trois joiu*s et trois nuits- !
1. C'est le titre que l'on donnait alors aux plus grands seigneurs (l'entre les Saxons, comtes ou gouverneurs plus ou moins héréditaires des provinces ; de là le mot moderne alderman, qui ne s'applique plus qu'aux échevins électifs de la cité de Londres. L'ealdorman saxon se traduisait dans les textes latins du temps par lemotdux : ses fonctions tenaient de celles qui sont encore exercées par le lord lieutenant de chaque comté anglais, et par les comtes suprêmes du royaume de Hongrie, dont l'ancienne constitution reproduits! exactement la plupart des institutions anglaises.