‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 109 sur 201 · Eddius, c · texte numérisé non relu

Eddius, c

La magnificence déployée par Wilfrid à Ripon fut encore surpassée dans une toute nouvelle fondation à Hexham, située beaucoup plus au nord, et au cœur de la Bernicie, non loin du lieu où le saint roi Oswald avait planté pour la première fois la croix sur le sol de la Northumbrie, et livré la bataille qui avait créé la grandeur et l'indépendance de son pays. C'était là, près du berceau sanglant du christianisme nortlimnbrien, au pied du mur élevé contre les Pietés par l'empereur Sévère, un peu au-dessous de la jonction des deux branches de la Tyne, sur un plateau entouré d'un amphithéâtre de hauteurs ondulées, que Wilfrid choisit l'emplacement d'un grand monastère destiné, sans qu'il s'en doutât, à être son dernier asile \ Gomme il avait dédié sa première abbaye à saint Pierre, il dédia celle-ci à saint André, patron de cette église où il avait prié en arrivant à Rome et d'où étaient partis les premiers apôtres de F Angleterre. La surprise et l'admiration qu'éveillaient ses œuvres antérieures n'eurent pas de bornes à la vue de la profondeur des fondations qu'il faisait creuser, de la masse de pierres de taille qu'on y enfouissait pour

1 . Ce site est parfaitement décrit dansune publication récente de la mciété Surtees, qui renferme une monographie complète de Hexham. The Priory of Hexham, its Chroniclers, Endowments and Annals. >y James Raine), Durham, 1864.

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servir de base à une église, laquelle, une fois terminée avec ses porches et ses colonnes, ses nombreuses nefs et ses étages, ses vastes souterrains, superposés, ses escaliers en spirale, ses galeries et ses clochers cFun hauteur menaçante, passa pendant deux siècles pour la plus belle qu'on pût voir en deçà des Alpes, et pour une sorte de reproduction de l'ambition romaine'.

Ce fut du pinacle d'une de ces tours d'ime hauteur inouïe que se laissa tomber un jeune religieux qui se cassa bras et jambes sur le pavé ; on le crut mort et déjà on se disposait à l'emporter dans un cercueil, lorsque Wilfrid tout en pleurs arrêta les porteurs, fit réunir toute la communauté et leur dit : (( Priez tous Dieu, avec une foi vive, pour qu'il nous

1 .Eddius,c, 2 1 . Nunc qui Roraa veniunt allegant ut qui Hagulstadensem fabricam vident, ambitionemromanam se imaginari jurent. Guil- LELM.MALMESB.,rfeGe5^. Pon^i/'.,l.IIl,f.l55. — Le successeur de Wilfrid y réunit une foule de reliques, placées dans les châsses : chaque travée desentre-colonnements de l'édifice était occupée par une de ces châsses. Cette merveilleuse église fut incendiée avec toutes ses richesses par les Danois en 875. 11 n'en subsiste plus que la crypte dont on trouvera le plan, fort curieux et compliqué, dans l'excellente Introduction to the Study of Gothic Architecture, de M. J. H. Parker, page 11. Cette crypte est aujourd'hui surmontée par la belle église abbatiale reconstruite au douzième siècle, et dont le cœur et le transsept ont conservé leur ancienne beauté, la nef ayant été détruite par les Écossais en 1296. Ceux d'entre mes lecteurs qui s'occupent d'architecture pardonneront à un vieil archéologue de leur mettre sous les yeux le texte de Richard, prieur de Hexham, qui écrivait vers 1150, et qui avait encore vu les débris de l'église de Wilfrid; ils le trouveront à l'Appendice, n^ 111.

« fasse la grâce qu'il a faite à saint Paul, qu'il rende « la vie à cet enfant, et que l'ennemi n'ait point cette « joie à l'occa-sion de notre construction. » La prière commune fut exaucée ; les médecins, car il y en avait aussi parmi les moines, enveloppèrent de bandages les membres brisés du jeune moine, qui guérit lentement et vécut longtemps. Ce fait prouve que Wilfrid lui-même dirigeait les travaux et que les religieux du monastère se mêlaient, dans les travaux de construction, aux C3Bmentarii de profession que Wilfrid avait amenés avec lui de Cantorbéry, ou même fait venir de Rome par l'appât de salaires très élevés^ . Cent ans plus tard, un illustre moine northumbrien, adopté par la France qui le compte parmi ses gloires, le grand Alcuin, demandait aux fils de Wilfrid de le ranger parmi leurs familiers en leur rappelant l'admiration excitée même au delà des mers par la magnifique demeure que leur avait léguée leur fondateur. « 0 noble postérité des saints, » leur écrivait-il, a héritiers de leur honneur, de leur vie irréprochable, habitants de ce séjour d'une beauté si merveilleuse, marchez dans la voie de vos pères! afin que, en sortant de l'extrême beauté de votre séjour terrestre, vous soyez dignes, par la grâce de Dieu, de rejoindre ceux dont vous

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descendez dans le royaume de la beauté éternelle^ . » Le territoire où s'élevait le nouveau monastère de Hexliani avait été donné à l'évêque Wilfrid, non par le roi, mais par la reine Etheldreda, dont c'était le domaine personnel, à titre de douaire". C'était le séjour qu'il préférait à tout autre, tant à cause de la retraite dont il y jouissait que de sa tendre affection pour celle dont il le tenait^ C'est ici le lieu de parler de cette sainte, dont la vie est si singulière, dont l'influence sur la destinée de Wilfrid fut si marquée, et en qui il faut reconnaître la première et la plus longtemps populaire de toutes les saintes anglaises "* .

Etheldreda devait se croire de la race d'Odin, comme tous les princes et toutes les princesses des dynasties anglo-saxonnes : elle était de la famille des Uffings, qui, dès les premiers temps de l'heptarchie, avait été investie de la ro vanté chez les Est-

1. AFchuinus vestrse clientellus charitalis in Christo salulem... G nobilissiraa sanctorum progeniespatrum ! Alcuini Opéra, éd. Frobeu. 1777, t. I, p. 196.

2. R4INE, p. \iv. — Ce territoire, connu sous le nom de Hexhamshire, avait douze milles de long sur trois de large.

3. JElred, de sanctis Ecoles. Hagustaldensis, cl. — Tum ob amorem dilectissimee domina? suœ, tum propter secretiorem et quieliorem vitam. RiC4nD.HAGUSTALD. ,de mit. et moderno statu ejusdem ecclesix, c. 2.

4. Sous le nom de sainte Audrey : ce nom tout à fait tombé en dé suétude est celui que Shakspeare a donné à l'un de ses personnages dans Winiefs night Taie.

Angliens. Son père Anna, roi d'Est Anglie, avait épousé une princesse northumbrienne, sœur de la grande abbesseHilda, et petite-nièce d'Edwin,le premier roi chrétien de Northumbrie . C'était pour venger la mort de ce père, tombé sous le glaive du sanguinaire Penda, que le roi Oswy son beau-père avait fait la guerre aux Merciens et non seulement délivré l'Est- Anglie , mais même conquis et occupé la Mercie .

Elle était sœur de cette Ermenilda, reine des Merciens, qui avait si bien secondé Wilfrid dans l'œuvre de la conversion de son peuple \ Elle avait encore une autre sœur, mariée au roi de Kent, si zélé pour la destruction des idoles-. Enfin elle était nièce, par sa mère, de Hilda, la sainte et puissante abbesse de Whitby, dont l'autorité, affaiblie sans doute parla victoire qu'avait remportée Wilfrid sur ses amis à Whitby même, continuait néanmoins à être toujours grande sur toute la Northumbrie.

Gomme toutes les princesses dont la légende s'est emparée, les historiens sont unanimes à vanter sa précoce piété, la ferveur et la pudeur irréprochables de ses jeunes années. Elle aimait cependant la parure , et sur son lit de mort elle se souvenait encore du

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