‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 120 sur 201 · Enoius, c · texte numérisé non relu

Enoius, c

Wilfrid refusa, et, poursuivant sa route, arriva enLombardie, où il fut très courtoisement reçu par Berchtaire, roi de ce pays \ Là aussi il avait été devancé par l'implacable inimitié de ses compatriotes, mais là aussi l'honneur et la bonne foi d'un prince barbare, et déjà chrétien, sauvèrent la vie du grand évêque. Il dit à Wilfrid : (( Vos emiemis m'ont envoyé « d'Angleterre promettre de grands présents, si je (( vous faisais violence en vous empêchant d'aller « jusqu'à Rome, car ils vous traitent d'évêque fugitif. (( Je leur ai répondu ceci : Etant exilé de mon pays « dans ma jeunesse, j'ai demeuré chez un roi des a Avares, qui était païen et qui m'a juré devant son (( idole qu'il ne me livrerait jamais à mes ennemis. (( Quelque temps après ils envoyèrent offrir à ce « roi païen un boisseau de sous d'or s'il m'aban- (( donnait à eux. Il refusa en disant que ses dieux « trancheraient le fil de sa vie s'il manquait à son (( serment. A plus forte raison, moi qui connais le « vrai Dieu, je ne veux pas perdre mon àme,

1 . On peut voir, dans les préliminaires du texte d'Eddi publié par Mabillon, comment celui-ci et Adrien de Valois s'y prennent pour démontrer que le pays qualifié de Campania par Eddi n'était autre que la Lombardie. — Il y avait dès lors des relations entre les Lombards et les Anglo-Saxons. On voit en 671 ce roi Bercbtaire, menacé par Grimoald, aller chercher un refuge en Angleterre ; son fils Cunibert épouse une princesse anglo-saxonne, Ermelinde. Paul Warnefrid, Hist. Longob. ad an. 688.

MOINES d'OCC, IV. 16

278 WILFRII) DÉPOSÉ,

(( fût-ce pour gagner le monde entier'. » Gela dit, il donna à Wilfrid et aux siens une escorte honorable qui les conduisit jusqu'à Rome.

Ainsi, au nord et au midi de ce grand bloc des peuples germaniques, que le christianisme avait à peine entamé, jaillissaient, au contact de Wilfrid, les étincelles de cette loyauté généreuse qui devait plus tard enfanter Phonneur chrétien avec l'idéal toujours inaccessible, mais toujours convoité et toujours poursuivi, de la chevalerie. Il faut féliciter Wilfrid d'avoir, l'un des premiers, suscité dans l'histoire de nos pères les symptômes précurseurs de ce magnifique progrès.

Au moment où Wilfrid arrivait à Rome (679) pour la seconde fois de sa vie, et rentrait persécuté, mais déjà célèbre, dans cette ville d'où il était sorti vingt ans auparavant obscur et inconnu, la chaire de saint Pierre était occupée par un moine sicilien nommé Agathon : comme depuis saint Grégoire le Grand, tous les monastères de l'Italie et de la Sicile suivaient la règle de saint Benoît, on ne saurait guère douter qu'il ne fût bénédictin. 11 devait donc être favorablement disposé à l'égard de l'évêque d'York, en qui il pouvait trouver à la fois le propagateur de la règle bénédictine et le champion de l'autorité romaine. Mais il témoignait aussi une

Page 1