Bede, IV
3. C'est ce qui résulte d'une autre signature de lui, différente de
Quand enfin Wilfrid se décida à retourner en Angleterre, ce fnt pour rencontrer de nouveaux dangers avant même de revoir sa patrie. En traversant FAustrasie il comptait y retrouver son ami et son hôte, le roi Dagobert : mais ce prince venait de périr, victime d*un complot fomenté par Ébroïn. Un malheureux évêque ^ , créature d'Ebroïn, attendait au passage le grand évêque anglo-saxon, avec une bande d'hommes armés pour le dépouiller, égorger ou vendre en esclavage ses compagnons et le livrer lui-même à l'implacable Ebroïn. Cet évêque reprochait à Wilfrid de leur avoir envoyé du fond de son exil le tyran Dagobert dont ils venaient de se débarrasser, ce Je n'ai fait, » répondit Wilfrid, «que (( ce que vous auriez fait vous-mêmes si un exilé de (( notre race et de sang royal était venu vous deman- (( der asile. — Vous êtes plus juste que moi, » réphqua r évêque, « passez donc votre chemin et
celle qu'on vient de citer, quoique donnée dans le même concile, invoquée par lui et reconnue exacte par le page Jean VI, vingtcinq ans plus tard. Elle est ainsi conçue: Ego Wilfridus... cum aliis cxxv episcopis in synodo in judicii sede constitutus, et pro omni aquilonali parte, Britanniœ et Hibernise insulis quœ ab Anglorum et Britonum, nec non Scotorum et Pictorum gentibus incolantur veram et catholicam fidem confessus est, et cum subscriptione siïa confirmavit. Bede, V, 19. Eddius, c. 50.
l.Mabillon croit qu'il s'agit de Wa'imer, duc de Champagne,, transformé en évêque de Troyes par Ébroïn, pour le récompenser de ses services contre saint Léger.
MoiiNES d'occ, IV. 17
(( que le Seigneur et saint Pierre vous soient en <( aide ^ ! »
' Arrivé en Angleterre, il s'arrêta, avant de regagner son diocèse, en Mercie, afin de remettre au roi Ethelred le privilège qu'il avait obtenu du pape et fait sanctionner par les cent vingt-cinq évoques du concile de Rome, en faveur de la grande abbaye de ce royaume et du centre de l'Angleterre, de Peterborough, dont il avait approuvé la fondation quinze ans auparavant et dont il venait maintenant couronner l'œuvre. Le diplôme du pape Agathon, adressé au roi de Mercie, à l'archevêque Théodore et à Févêque Sexwulf , qui avait été le premier abbé du Bu7'g de Saint-Pierre, conférait au monastère l'exemption de toute charge et de toute juridiction ordinaire. Il y était recommandé au roi d'en être le défenseur et jamais le tyran, à l'évêque diocésain de regarder l'abbé comme son collaborateur envoyé de Rome dans le ministère évangélique, et au métropolitain d'ordonner lui-même l'abbé élu par la communauté. Ce privilège fut sanctionné et signé par le roi, par la reine, par l'archevêque Théodore et son ami l'abbé Adrien, puis aussi par Wilfrid avec cette formule : (c Moi , Wilfrid en chemin pour récupérer par la faveur apos-
1. G rectissime episcope, quid aliud habuisti facere, si exsul de génère nostro.. Video te jusUorem me esse... Eddius, c. 31.
tolique mon siège d'York, témoin et porteur de ce décret, j'y adhère ^ . »
Mais la confiance qu'exprimait encore Wilfrid dans cette formule était singulièrement mal placée. Nous arrivons ici à l'incident le plus étrange de son orageuse vie . Rentré en Northumbrie , conformément aux instructions du pape et des évoques, il présenta humblement au roi Egfrid qui l'avait expulsé ce qu'il regardait comme l'étendard de la victoire, c'est-à-dire le décret du Saint-Siège et du concile de Rome, revêtu des bulles de plomb et des signatures de tous les évêques. Le roi convoqua l'assemblée des nobles et du clergé et fit lire les lettres pontificales en leur présence. Cette lecture excita une opposition bruyante. On ne contesta pas l'autorité du pape ou du concile, mais on s'écria de divers côtés que ce jugement avait été payé à prix d'argent. De l'avis de tout le conseil et avec le consentement exprès des évêques intrus, le roi condamna Wilfrid à neuf mois de prison infamante. Aussitôt on mit la main sur lui. On ne lui laissa que le seul habit qu'il portait. On dispersa tous ses
1. Ego Wilfridiis, apostolico favore repetens sedem Eboracensem testis et relator hujus sanctionis votivee assentior. — Je suis le texte donné par Dugdale (I, 67) que le P. Pagi regarde comme à l'abri des interpolations et des anachronismes de celui qui se trouve dans la chronique anglo-saxonne (anno 680); cependant les Bollandistes le tiennent pour entaché de faux.
serviteurs et adhérents, avec défense expresse à tous ses amis de le visiter. La reine Ermenburga , son ancienne et implacable ennemie, lui fit arracher le Chrismarium ou reliquaire qu'il portait autour du col, et le garda pour elle, en le tenant toujours suspendu dans sa chambre ou dans sa voiture quand elle voyageait, soit comme un gage de sa victoire, soit par cette dévotion sincère mais sauvage qui parfois affectait des formes si bizarres et inspirait des actes si malhonnêtes. Cela fait, le noble évoque fut confié à un des principaux officiers du roi, au comte Osfrid, qui l'emmena au loin, sans qu'aucun de ses amis pût savoir le lieu de sa captivité, puis l'enferma dans un cachot où pénétraient à peine quelques rayons de hmiière pendant le jour et où la nuit il était privé de lampe ^ .
Qu'un roi saxon, de race barbare, orgueilleux et cupide , qu'une femme haineuse et emportée , se soient livrés à de tels excès envers un évêque dont la puissance, la richesse, le crédit moral et l'intrépide fierté pouvaient exciter leur jalousie, on ne le conçoit que trop. Mais que faisait cependant saint Théodore? Lui, si empressé, trois ans auparavant, de se faire l'instrument des violences du roi de Northumbrie, où était-il maintenant qu'il s'agissait de réparer
1. Vexillum victoriee ferens, hoc est, apostolicee sedis judicium... cum bulliset sigillissignatis...
sa faute? Lui, le métropolitain et le chef des évêques anglo-saxons, comment laissait-il ainsi outrager la dignité épiscopale en la personne du plus illustre de ses frères ? Lui, le vieux moine si zélé pom^ toutes les traditions et les observances de l'Ordre , comment livrait-il à la violence laïque ou aux jalousies celtiques le plus ardent propagateur de la règle bénédictine ? Enfin, lui, l'envoyé et le représentant direct du Saint- Siège en Angleterre, comment osait-il méconnaître le jugement pontifical que Wilfrid avait été cliai^gé de lui signifier ? Gonmient surtout osait-il braver les anathèmes lancés dans le décret du concile contre les prévaricateurs, quel que fût leur rang^ ? Sur ces questions, l'histoire, si abondante en détails, garde le silence. Elle ne nous laisse d'autre ressource que de prévoir le repentir et l'expiation d'une si lâche connivence'. ^
Au bout d'un certain temps, le roi Egfrid voulut traiter avec son captif. Il o&rit de lui restituer une partie de son évêché et d'y ajouter force présents, si Wilfrid voulait acquiescer à ses volontés et reconnaître la fausseté du décret apostolique. Wilfrid répondit qu'on aurait plus tôt fait de lui couper la tête
1. Si quidem episcopus est, quihancpiamdispositîonem temerare tentaverit, sit abepiscopali ordine destitutus, et œterni anathematis reus.