‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 130 sur 201 · Bede, IV · texte numérisé non relu

Bede, IV

2. Veneiabilis et cum omni lionorificenlia honorandus famulus Christi et sacerdos Egbert quem in Hibernia insula peregrinans diicere vitam pro adipiscenda in cœlo patria letiilimus, Bede, V, 9.

pays natal d'épargner une nation qui n'avait en rien provoqué sa colère. En vain l'année suivante, le saint évêque Guthbert, d'accord avec les meilleurs amis du roi, voulut-il l'empêcher de recommencer une guerre non moins cruelle, et peut-être non moins injuste contre les Pietés. Egfrid n'écouta pas plus l'un que l'autre, et courut à sa perte. C'était lui-même qui conduisait ses troupes et qui faisait ravager sous ses yeux le pays envahi avec une cruauté atroce ^ . Les Celtes du Nord , en reculant devant lui , surent l'attirer dans un défilé des Highlands, oii il périt avec toute son armée (20 mai 685), à peine âgé de quarante ans, et après en avoir régné quinze. C'était la contre-partie et la revanche de la victoire qu'il avait remportée au début de son règne et au temps de son heureuse union avec Wilfrid. Ce désastre fut le signal de la délivrance des populations celtiques qu'Oswald, Oswy et Egfrid avaient courbés sous le joug de la royauté northumbrienne, et qui le brisèrent alors pour toujours. Les Pietés, les Scots et les Bretons du Strath-Clyde se ruèrent tous ensemble sur les Angles et les chassèrent de tout le territoire conquis entre le golfe du Forth et le cours de la Tweed. Depuis lors, la limite septentrionale de la Northumbrie et de toute l'Angleterre demeura

' 1. Dum Egfridus... eorum régna atroci seevitia devastabat. Bede, Vita S. Cut/iberti, c. 27.

fixée pour toujours sur la ligne qui va de T embouchure de la Tweed au golfe de Solway. Depuis lors aussi, les Angles restés au nord de la Tweed sont demeurés soumis aux Scots et aux Pietés et ont formé avec eux le royaume qui fut depuis appelé rÉcosse. A partir de ce jour, la splendeur de la Northumbrie s'éclipsa\

La reine Ermenburga était venue attendre le résultat de l'expédition de son mari dans le monastère que gouvernait une de ses sœurs, à Garlisle, au centre des populations bretonnes du Cumberland". Le saint évêque Guthbert, à qui le roi Egbert avait donné cette ville avec ses alentours, y vint aussi pour la consoler dans Féventualité d'un malheur qu'il ne prévoyait que trop. Dès le lendemain de son arrivée, comme le gouverneur de la ville le menait vers les anciens remparts de cette cité romaine, il s'arrêta tout à coup, et, courbé sur son bâton, il dit en soupirant : (( Hélas! je crois que tout est fini et que le « jugement de Dieu est rendu contre notre armée. » Comme on le pressait pour savoir ce qu'il voulait

1. Ex quo teinpore spes cœpit et virtus regni Anglorum fluere ac rétro sublapsa referri. Bede, Hist. eccles., IV, 26.

2. Carlisle, nous l'avons dit, était un centre éminemment breton : le Cumberland tout entier a subsisté avec sa population bretonne jusqu'à nos jours, avec le titre de royaume dans le moyen-âge, après qu'il eut secoué le joug des Northumbriens. (Varin, mémoire cité, p. 236; voir aussi l'atlas historique de Spruner.)

dire, il répondit simplement : ce Voyez comme le ciel (( est pur et rappelez-vous que les jugements de (( Dieu sont impénétrables^ . » Il rentra aussitôt auprès de la reine, et lui dit qu'il craignait que le roi n'eût péri et qu'elle devait partir, non pas le lendemain qui était un dimanche, jour oii il n'était pas permis de voyager en voiture', mais le surlendemain, pour aller se réfugier dans la forteresse royale de Bamborough, en lui promettant de F y rejoindre.

Deux jours après, un homme échappé du désastre vint annoncer qu'à l'heure même indiquée par le saint évêque, le roi Egfrid, après que ses gardes eurent tous péri autour de lui, avait été transpercé par l'épée vengeresse d'un Picte.

Ermenburga s'inclina sous la main du Dieu qui la frappait. Elle prit le voile des mains de Guthbert, dans le monastère de sa sœur à Garlisle. Cette Jézabel, comme l'appelait l'ami de Wilfrid, fut changée

1. Stans juxta baculum sustenta tionis... suspirans, ait: O, ô, ô! existimo enim perpetratum esse bellum, judicatumque est judicium de populis nostris bellantibus adversum... O filioli mel, considerate quam admirabilis sit aer, et recogitate quam inscrutabilia sint judicia Dei... Teriia vita auctore Monacho coasvo, ap. Bolland., t. III Martii, p. 123. — La version de Bede, dans la Vie de S. Cuthbert, ch. 21, dit au contraire : Nonne videtis quam mire mutatus et turbatus sit aerî

2. Quia die dominico curru ire non licet. — Encore aujourd'hui, chez les descendants des Anglo-Saxons qui habitent l'Ecosse, la piété populaire rend très difficile de voyager le dimanche.

3i2 WILFRID DÉPOSÉ,

de louve en brebis, et devint le modèle des abbesses^ . Le corps de son mari ne fut pas enseveli à Whitby, comme l'avaient été ceux de son père et de son aïeul-, mais transporté, peut-être comme un trophée de la victoire, à File monastique d'Iona, qui avait été l'asile de sa race dans l'exil et qui demeurait le sanctuaire national de ses vainqueurs.

Wilfrid, exilé et dépouillé de son diocèse, n'était que trop vengé : la royauté northumbrienne, qui avait frappé en sa personne l'indépendance et la naissante autorité de l'Église, payait la rançon de sa faute en perdant la moitié de son domaine et en voyant s'écouler l'œuvre politique et religieuse qu'elle avait cru fonder sur la déchéance de l'évêque d' York ,

L'un des nouveaux évêques substitués à Wilfrid, un moine saxon nommé Trumwine , dont le siège avait é té placé à Abercorn, sur les bords du Fort h , à l'extrême limite de la domination northumbrienne, échappa non sans peine à la mort ou à la servitude, seule alternative que laissaient les Celtes vainqueurs à leurs ennemis consternés. Avec lui venaient tous ses moines, qu'il répartit comme il put dans les communautés de la Northumbrie ; puis les rehgieuses saxonnes éta-

1. De lupa, post occisioiiem regis^ agna Doraini et perfecta abbatissa materqiie familias optima commutata est. Eddils, c, 23. Cf. Bede. Vita S. Cuthberti, c. 27, 28.

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