‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 131 sur 201 · Voir plus haut, page · texte numérisé non relu

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blies clans son diocèse qui fuyaient devant les Celtes irrités, qu'elles regardaient comme des barbares. Il alla chercher lui-même un refuse à Whitbv, où il passa le reste de ses jours en rendant les services que comportait son caractère épiscopal à Fabbesse investie de la pénible mission de régir cette double communauté de religieux et de religieuses' . Ce n'était plus Hilda, la sainte fondatrice, qui gouvernait le grand établissement : c'était une fille d'Oswy, une sœur des trois derniers rois northumbriens, cette Elfleda, que son père avait vouée à Dieu pom^ prix de sa victoire sur les Merciens, et qui, confiée dès le berceau à Hilda, avait grandi à l'ombre du vaste monastère maritime. Sa mère, la reine Eanfleda, veuve d'Oswy et première protectrice de Wilfrid , était venue l'y rejoindre pour finir ses jours en paix, auprès du tombeau de son mari et sous la crosse de sa fille. Les adversaires de Wilfrid disparaissaient un à un. Des trois principaux autem^s de sa ruine, voilà donc le roi Ëgfrid mort, et la reine Ermenbm^ga sous le voile. Restait l'archevêque Théodore. Soit que la catastrophe d'Egfrid lui eût servi d'avertissement, soit que le souvenir de la mission apostolique qu'il

1. Bede, IV, 26. — Il y mourut en 700. — On volt que saint Cuthbert avait assigné une résidence dans un bourg de son diocèse aux religieuses du Nord, « timoré barbarici exercitus a monasterio suo profugis. » Vita S. Cuthberti, c. 30.

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avait si mal remplie envers Wilfricllui revint à l'âme' , avec des remords que Fâge et la maladie rendaient d'autant plus poignants, il sentit que le moment était venu d'avouer et d'expier sa faute, et il le fit avec la complète et généreuse franchise qui sied aux grandes âmes. Déjà vieux quand on le tira de son monastère d'Orient pour le mettre à la tète de l'Église d'Angleterre , il y avait près de vingt ans qu'il labourait ce champ fécond mais rude et épineux. Il était plus qu'octogénaire : le jour de sa mort ne pouvait être éloigné. Il comprit que si elle survenait avant de s'être réconcihé avec Wilfrid, les grandes œuvres qu'il avait accomplies pour régler, purifier, consolider les mœurs et les institutions chrétiennes en Angleterre seraient en quelque sorte démenties devant Dieu et les hommes, par le spectacle de ce grand évêque, proscrit et dépouillé pour avoir défendu son droit et obéi au Saint-Siège. Il manda donc Wilfrid auprès de lui ; le Sussex où séjournait l'exilé était tout près de Gantorbéry, ou plutôt de Londres, où eut lieu l'entrevue, en présence d'un très saint moine qui était évêque de Londres et des Saxons de l'Est". Devant ces deux évêques, le compatriote et le

1. Auctoritatem apostolicee sedis, aqua missus fuerat, metii agitante honorificans. Eddius, c. 41. — De peccato in Wilfridum corn» misso sauciatus conscientiam. Guill. Malmesb., f. 151.

2. Earconvvald, dont il sera parlé plus loin. Bede, IV, 6, 11.

successeur de saint Paul ^ fit sa confession générale : en la finissant il dit à Wilfrid : « Mon plus grand « remords est celui du crime que j'ai commis envers (( vous, très saint évêque, en consentant à la volonté (( des rois, quand ils vous ont dépouillé de vos biens « personnels et vous ont envoyé en exil, sans aucune (( faute de votre part. Je m'en confesse à Dieu et à (( l'apôtre saint Pierre et je vous prends tous deux à « témoin que je ferai mon possible en réparation de (c ce péché, pour vous réconcilier avec tous les rois (( et seigneurs mes amis, qu'ils le veuillent ou non. (( Dieu m'a révélé que je dois mourir dans un an, (( c'est pourquoi je A^ous conjure pour l'amour de Dieu « et de saint Pierre de consentir à ce que je vous éta- (( blisse de mon vivant héritier de mon siège archi- « épiscopal, car je reconnais que vous êtes le mieux (( instruit de toute votre nation dans toutes les (( sciences et dans la discipline romaine". » Wilfrid lui répondit : ce Que Dieu et saint Pierre vous parce donnent toute notre controverse : je prierai (( toujours pour vous comme votre ami : envoyez

1. Les Anglais avaient une vieille tradition d'après laquelle saint Paul, né à Tarse en Cilicie^ comme Théodore, avait le premier prêché la foi en Bretagne.

2. Cunctos amicos meos regales et principes eorum ad amicitiarn tuam... volentes nolentesque constringens adtraho... quia veraciter in omni sapientia et judiciis Romanorum eruditissimum te vestr£e gentis agnovi. Eddius, c. 41.

(c maintenant à vos amis des lettres pour qu'ils re- (( connaissent notre réconciliation et l'injustice de (( la spoliation dont j'ai été victime, et pour qu'ils (( me rendent en partie au moins mes biens, selon (( le précepte du Saint-Siège. Après quoi, nous « examinerons avec vous dans le grand conseil du ■(( pays quel est celui qui pourra être le plus digne (( d'être votre successeur^))

Le vieil archevêque se mit aussitôt en mesure de réparer de son mieux ses torts envers Wilfrid. Il écrivit de tous les côtés des lettres destinées à plaider la cause de Wilfrid et à lui faire autant d'amis qu'il lui avait jadis cherché d'adversaires^. On n'a malheureusement conservé qu'une seule de ces lettres ; mais elle suffit pour faire honneur à son cœur, et pour montrer comment ce vieux moine grec, transplanté au sein d'une population germanique, savait régir et élever les âmes , en digne successeur et compatriote de celui qui s'était reconnu, de par l'Évangile, débiteur des Grecs et des Barbares^ Elle est adressée au roi de Mercie Ethelred, dont il avait fait l'ami et le beau-frère du persécuteur de Wilfrid '. « Très cher fils, que Votre Sainteté sache que

1. Broproluaconfessioneoransprole amicusinperpetuurn... Ibid.

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