Cum omnes paganissimos inveniret... Bf.de, IH
2. Oswald,soit comme conquérant, soit seulement comme bretwalda ou chef de la confédération, avait envahi celte province de Lindsey, où Paulin avait fondé la cathédrale de Lincoln , et où les moines eux-mêmes reprochaient au saint roi de Northumbrie, quarante ans après sa mort, de les avoir voulu dominer.
Edwin, déserter le culte de leur ancêtre commun Odin, et revendiquer une suprématie insupportable sur tous les Saxons païens ou chrétiens. Renouant avec les Bretons l'alliance qui avait déjà été si funeste aux Northumbriens, et se plaçant à la tête des deux armées combinées, il fît, pendant deux ans, à Oswald une guerre acharnée qui se termina par une bataille décisive à Maserfeld ^ , sur la limite occidentaie de la Mercie et de la Northumbrie (5 août 642) . La lutte fut acharnée : le frère de Penda périt dans la mêlée; mais Oswald, le cher et grand Oswald, y périt aussi. Il y périt à la fleur de l'âge, à trente-huit ans. Il y périt, dit expressément l'historien de l'Eglise anglaise, en combattant pour la patrie. Mais son dernier vœu, sa dernière parole fut pour le ciel et pour le salut éternel des siens. Moiï Dieu, dit-il en se voyant entouré d'ennemis, accablé par le nombre et déjà percé d'une forêt de flèches et de lances, mon Dieu, sauvez les âmes'l Le dernier cri de cette âme sainte, de ce jeune héros, demeura longtemps
1. Selon les uns, près Winwick, dans le comté actuel de Lancaster, selon les autres à Oswestre, près de Slirewsbury, dont Oswald venait de conquérir les environs sur Penda et les Merciens.
5. Ubi pro patria dimicans a paganis interfectus est... Cum armis ethostibuscircumseptus, jamjarn videret se esse perimenduni, oravit proanimabusexercitussui. Undedicuntinproverbio: Z>e?/5, miserere animahus, dixit Oswald cadens interra. Bede, III, 9, 12. — Cum stipatoribus fusis ipse quoque ferratam silvam in pectore gereret. WiliiELM. MA.LMESB, de Gest., lib. I, c. 3.
gravé dans la mémoire du peuple saxon, et passa à l'état de proverbe pour désigner ceux qui priaient à la vie et à la mort.
La férocité de Penda ne fut pas même assouvie par la mort de son jeune rival ; le cadaATe du roi de Northumbrie, ramassé sur le champ de bataille, lui ayant été présenté , ce vieux sauvage fit couper la tête et les mains du héros, et les fit planter sur des pieux connue pour épouvanter les vainqueurs et les vaincus.
Ces nobles dépouilles restèrent ainsi toute une année, jusqu'à ce que son frère et son vengeur, Oswy, vînt les enlever. La tête d'Oswald fut alors portée à Lindisfarne , au grand monastère qu'il avait si richement doté, et où l'attendait son saint ami Aïdan : mais ses mains furent déposées dans une chapelle de la forteresse royale de Bamborough, du berceau de cette domination northumbrienne que le bras de ses ancêtres avait fondée et que le sien avait si vaillamment restaurée.
Ainsi finit, à trente-huit ans, Oswald, rangé par l'Eglise parmi ses martyrs et par le peuple anglosaxon parmi ses saints et ses héros les plus longtemps populaires. A travers l'obscurité de cette époque ingrate et confuse, le regard s'arrête volontiers sur ce jeune prince élevé dans l'exil chez les ennemis héréditaires de sa race, consolé d'un trône
perdu par sa conversion à la foi chrétienne , regagnant le royaume de ses pères à la pointe de l'épée, plantant la première croix sur le sol natal qu'il vient d'affranchir ; puis couronné par l'amour et le dévouement du peuple auquel il a donné la paix et la vérité suprême, en lui prodiguant sa vie par la charité; uni pendant quelques courtes années à une femme qu'il avait rendue chrétienne en Fépousant; doux et fort, sérieux et sincère, pieux et intelligent , humble et intrépide , actif et gracieux , soldat et missionnaire, souverain et martyr, mort à la fleur de l'âge sur le champ de bataille en combattant pour sa patrie et en priant pour ses sujets. Où trouver dans l'histoire un héros plus idéal, plus accompli , plus digne d'une éternelle mémoire , et , il faut bien le dire , plus complètement oublié ?
Cependant cet oubli tarda longtemps à l'ensevelir. Pendant toute la période anglo-saxonne et même après la conquête normande , jusque sous les Plan- -tagenets, ce vaillant chrétien, ce grand roi, ce généreux chrétien continua à être l'objet de la vénération populaire. Les chroniqueurs et les poètes du temps vantaient à l'envi sa gloire.
(( Qu'est-ce, » disait l'un de ceux-ci avec le mélange de souvenirs classiques et d'idées chrétiennes si habituel aux moines et à tous les écrivains du
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moyen âge, « qu'est-ce donc qu'Hercule? qu'est-ce (( qu'Alexandre le Grand ? qu'est-ce que Jules César? (( On nous enseigne qu'Hercule s'est vaincu lui- (( même ; Alexandre a vaincu le monde , et César les « eimemis de Rome. Mais Oswald a su vaincre à la (( fois le monde , ses ennemis et lui-même ' . »
Les moines de la grande et magnifique église de Hexham allaient, tous les ans en procession, célébrer ^on anniversaire sur l'emplacement de la croix qu'il avait plantée la veille de sa première victoire. Mais l'amour et la reconnaissance du peuple chrétien consacrèrent avec bien plus d'éclat le lieu de sa défaite et de sa mort. Les pèlerins venaient en foule y chercher le soulagement de leurs maux, et racontaient au retour les guérisons miraculeuses qu'ils avaient obtenues. La poussière qu'avait arrosée son sang généreux était recueillie avec soin , et transportée au loin comme un remède contre les maladies , ou un préservatif contre les malheurs de la vie. A force d'enlever de cette poussière , on en vint à creuser une fosse de la grandeur d'un homme, et qui semblait la tombe toujours ouverte de ce martyr de la patrie. En voyant le gazon du pourtour de cette fosse
1. Quis fuit Alcides? Quis Ceesar Julius? Aut quis Magnus Alexander? Alcides se superasse Fertur; Alexander mundum, sed Julius hostem. Se simul Oswaldus et mundum vicit et hostem.
Ap. Camoen, Britannia, III, 493.
revêtu d'une verdure inaccoutumée, plus tendre et plus attrayante qu'ailleurs, les voyageurs se disaient qu'il fallait bien que Fliomme qui avait péri là fût plus saint et plus agréable à Dieu que tous les autrès combattants qui reposaient sous ces herbages ^ ► Quant à ses ossements, la vénération dont ils furent l'objet se propagea non seulement chez tous les Saxons et les Bretons de la Grande-Bretagne , mais même au delà des mers , en Irlande et en Suisse ,. chez les Frisons elles Germains ". Il n'y eut pas jus-