‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 148 sur 201 · Voir, pour la Frise et l'Irlande, Bede, III · texte numérisé non relu

Voir, pour la Frise et l'Irlande, Bede, III

quefois à deux cœurs généreux qui ont lutté et souffert ensemble pour sa cause ^ . Ensuite Févêque montra au roi la lettre que le pape lui adressait et qui contenait le jugement apostolique, avec les bulles et les sceaux parfaitement en règle. Ethelred, après l'avoir lue, s'écria : ce Je n'en veux ni enfreindre, ni laisser « enfreindre à personne un iota, tant que je serai en (( vie; j'y aiderai de toutes mes forces. » Il manda aussitôt son neveu, qui l'avait remplacé sur le trône de Mercie, lui fit connaître la décision du pape, et le conjura de l'exécuter en tout ce qui touchait les monastères wilfridiens, dans leur rovaume; le nouveau roi promit volontiers de s'y conformer avec l'empressement d'un homme déjà enclin à la vie monastique , qu'il devait lui-même embrasser plus tard.

Mais le pau\Te Wilfrid n'était pas au bout de ses peines. La Mercie lui avait toujours été une terre amie et hospitalière. Il était bien autrement difficile de triompher en Northumbrie. Ethelred lui conseilla d'envoyer au roi Aldfrid deux religieux agréables à ce prince, un abbé et l'écolâtre de Ripon, pour lui demander s'il voudrait bien recevoir l'évêque

1 Ad Ethelredum... semper lidelissimum amicum, nimiium pro nimio gaudio lachrymantem. .. Mitissime eum salutavit, osculantes et amplexantes se invicem; honorifice ab amico more suo siisceptus <:rat. Eddius, c. 54. Cf. Bede, \, 19.

Wilfrid, avecle jugement rendu à Rome. Le roi fit d'abord une réponse évasive ; mais, à la seconde entrevue, de l'avis de ses conseillers, il refusa. « Cliers (( et vénérables frères, » leur dit-il, « demandez- « moi tous les deux ce que vous voudrez pour vous- « mêmes, et je vous le donnerai volontiers ; mais ne (( me demandez jamais rien pour la cause de votre (( maître Wilfrid : il y a des jugements rendus d'ace bord par mes prédécesseurs, de concert avec Farce chevêque Tiiéodore et leurs conseillers, puis par (( moi-même, d'accord avec un autre archevêque (( envoyé par le Saint-Siège et presque tous les <c évêques du pays; tant que je vivrai, je n'y chance gérai rien, par égard pour ce que vous appelez (( un écrit du Saint-Siège^ . » On croit entendre déjà le fameux : Nolumus leges Anglise mutare des barons anglais du temps des Plantagenets.

Tant que je vivrait avait dit Aldfrid, mais il n'avait pas longtemps à vivre. Peu après (705) il tomba gravement malade et se crut aussitôt frappé par Dieu et puni d'avoir méprisé l'autorité apostolique. Il confessa tout haut son péché contre Wilfrid, exprima le désir de recevoir sa visite avant de mourir, et fit vœu , s'il se rétablissait , de se conformer en tout aux désirs de l'évêque et au jugement du

1. Hoc, inquam, quamdiu vixero, propler apostolicœ sedis ^ut dicitis) scripta, nunquam volo mutare. Eddius, c. 55.

Pape. (( Si la volonté de Dieu, » ajoiita-t-il, » est (( que je meure, j'ordonne au nom du Seigneur, (( que mon successeur, quel qu'il soit, pour le repos (( de mon âme et de la sienne, fasse la paix avec c( Wilfrid \ )) De nombreux témoins recueillirent ces paroles, et, avant tous, sa sœur, la princesse Elfleda, abbesse de Whitby, qui, depuis la mort fatale de son autre frère, Egfrid, vingt ans auparavant, était toute acquise à Wilfrid^. Bientôt Aldfrid perdit la pai'ole, puis la vie. Il ne laissait que des enfants en bas-âge, et la royauté northumbrienne échut à un prince nommé Eadwulf. Wilfrid, qui était déjà revenu à Ripon, et qui, on ne sait pourquoi, comptait sur lui, s'apprêtait aie rejoindre, lorsque le nouveau roi, toujours surFinstigationdes conseillers et peut-être du Witena-Gemot qui avait entraîné Aldfrid, fit signifier à Wilfrid que, s'il ne vidait pas la Northumbrie en six jours de temps, tous ceux de ses compagnons qu'on pourrait saisir seraient mis à mort^

Les beaux jours de la Northumbrie étaient passés, et les guerres civiles allaient, désormais, troubler Tordre et la prospérité qui y régnaient depuis

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