Eddius, c
2. Voir le curieux récit de l'abbé /Elred de Rievaux, intitulé : De
A Hexliam , en rhomieiir du sanctuaire qu'il avait créé et si longtemps habité, une A^aste enceinte jouissait du droit d'asile, non seulement pour les criminels ordinaires , mais surtout en temps de guerre pour les populations environnantes, (|ui s'y réfugiaient avec leurs bestiaux, et que le fer des plus cruels envahisseurs n'osait point y poursuivre. Les limites de cette enceinte n'étaient indiquées que par des croix érigées de distance en distance : la ville qui s'était bientôt formée auprès du grand monastère n'avait point de murailles : la vénération universelle pour la mémoire de Wilfrid devait lui tenir lieu de rempart. Près de quatre siècles après sa mort, cette vénération, et la confiance qu'elle inspirait au peuple d'alentour, se traduisirent en une légende touchante et vraiment poétique. Le roi Malcom d'Ecosse, dans une de ses nombreuses éternelles incursions en Angleterre (1060-1093), irrité par le meurtre de ses messagers près de Hexham, avait ordonné le sac et le massacre gé-
Sanctis ecclesix Hagulstadensis eieorummiraculis, sip. Mabillon, ^c/«,SS. 0. S.B.,t,ni, p. 204, 220, elR\iNE's Priory of Hexham. Ou remarque surtout le trait du jeune homme injustement condamné et qui, au moment d'être exécuté, s'écrie en regardant l'église du saint : Adjuvanunc, Wilfride, quiasimodo nolueris,paulo post nonpoteris. Sur quoi arrivent à toute bride deux fidejussores qui donnent caution more patrio pour lui et le sauvent, — €e trait est cité par Palgrave, comme preuve de l'utilité de l'invocation des saints et des miracles contre les iniquités de la loi.
néral des habitants de la ville. Les Pietés du Gai-
loway, les plus féroces d'entre les Ecossais, étaient chargés de cette atroce exécution, trop conforme à Fusage de ces temps. Les larmes et les supplications des victimes désignées avaient été aussi vaines que les instances du clergé pour flécbir le roi. Pendant la nuit qui précédait le jour fixé pour le massacre, toute la population désarmée et désespérée s'était réfugiée dans l'église de Wilfrid, qui retentissait de leurs cris et de leurs gémissements. Un prêtre, des principaux de la ville, s'étant endormi de fatigue, eut un songe où il vit deux évêques qui arrivaient à cheval du côté du midi ; ces Di(^cures' chrétiens accouraient à toute bride pour annoncer aux malheureux habitants de Hexham qu'ils étaient sauvés. ((Je suis Wilfrid, » dit Fun d'eux; (( et voici Guth- (( bert que j'ai pris avec moi en passant à Durham ; (( nous venons tous deux vous délivrer. J'ai entendu (( les pleurs et les gémissements de tous ceux qui (( prient dans mon église. Ne craignez plus rien. (( Voici qu'à Faube du jour j'étendrai mon filet sur (( tout le cours de la Tyne, et nul ne pourra passer la (( rivière pour vous nuire. » En effet, dès le matin, un brouillard impénétrable couvrit toute la vallée. Les émissaires du roi se trompèrent de route, et
1. On se rappelle l'apparition de Castor et de Pollux à la bataille du lac Régille.
quand le brouillard se dissipa, la ïyne était devenue si grosse que, en l'absence de pont, les Ecossais ne purent la passer. Le mari de sainte Marguerite y vit le doigt de Dieu, et renonça à son dessein sanguinaire ; les habitants de Hexham demeurèrent de plus en plus convaincus que le bras de Wilfrid s'étendrait toujours pour les défendre ^
Mais c'était surtout à Ripon où reposaient ses reliques, que se manifestait cette confiance universelle : on y accourait de toutes parts comme si on avait dû y trouver encore en vie le saint vieillard qui n'avait jamais eu peur de rien ni de personne, et dont on invoquait oclont on exigeait la protection avec une aveugle confiance et une tendre familiarité contre les iniquités de la conquête, les abus de la force et les injustes sévérités de la loi.
Cinquante ans après la délivrance de Hexham, les Écossais, sous leur saint roi David, revinrent en Northumbrie (1138) et y commirent des horreurs rare-
1. Rex vocat Gallowenses homines cœteris crudeliores... « Mox ut « dies illuxerit,1ranseuntes flumen,iiTuite in eos. Non parcat oculus « vesternon ordini, non sexui, non œtati... » Clamor ingens, ploratus et ululatus... Et ecce apparuerunt duo viri... sedentes in equis... Wilfridus vocor, et ecce hic mecum est sanctus Cuthbertus, quem transiens per Dunelmum adduxi... Ecce, albescente aurora, extendam rete meum... ^Elred Rievalensis, de SS. ecclesiœ Hagulstad., c. 2, éd. Surtees. Cf. Pr£ef., p. lx. — Wilfrid était censé arriver de Ripon, où était sa tombe, et passer, en allant vers le nord, par Durham, qui est an midi de Hexham.
DE WILFRTD. 385
ment égalées dans les guerres toujours si horribles de cette époque^ . La population épouvantée s'arma sous la conduite de F archevêque d'York et des barons anglo-normands les plus célèbres par la munificence qu'ils avaient déployée lors de la renaissance monastique du douzième siècle , les Bruce , les Mowbray , les Percy, les Estouteville. On marcha contre les cruels envahisseurs : on les rencontra à quelque distance, au nord de Ripon. Les Anglais s'étaient groupés autour d'un char semblable à ce fameux carroccio, que les Lombards du même temps menaient au combat contre l'empereur Frédéric Barberousse. Sur ce char, au-dessus d'un ciboire renfermant la sainte hostie, on avait planté la bannière de Wilfrid, Wilfridi Ripensis vexilluîn, entre celles de saint Pierre et de saint Jean. Ce char, que l'on appelait le Standard ou l'Etendard", donna son nom à la bataille où le roi d'Ecosse et sa féroce armée furent complètement vaincus. Après la victoire, on reporta triomphalement à Ripon la bannière du saint qui avait ainsi protégé et sauvé son ancien diocèse, sauf à l'y
1. Voir tous les historiens contemporains cités par Lingard, et surtout les discours d'un évêque avant la bataille, omis dans l'édition donnée par Twysden de lécrit spécial d' Jilred, abbé de Rievaux, de Bello Standardi, mais rétabli, d'après les manuscrits, par Raine, dans the Priory of Hexham, t. I, p. 89.
2. Dicitur a stando Standardum, quod slelit illic militiœ probilas vincere sive mori.
MOINES d'oCC., IV. 22
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reprendre souvent pour la faire reparaître à la tête des bataillons armés pour la défense du pays^ .
De cette longue et touchante popularité il ne reste plus qu'une ombre, un nom, un vain mot. Dans la ville moderne de Ripon, qui est sortie tout entière du grand monastère fondé par Wilfrid, les gensdupeuple ont conservé l'usage d'appeler un certain dimanche de l'année le dimanche de Wilfrid' ; mais, quand on leur demande pourquoi, on reconnaît trop vite qu'ils ne savent plus rien ni de la vie du saint à qui ils doivent leur existence municipale, ni de l'Eglise dont il fut l'apôtre et le champion.
Heureusement pour nous, son œuvre et sa gloire sont inscrites en traits ineffaçables dans l'histoire de
cette Eglise comme dans celle de son pays. Cette œuvre fut aussi diverse qu'efficace et durable. Signalons d'abord en quoi elle importe à l'ordre monastique. Nul ne fit plus que lui pour la propagation et la consolidation de cet ordre en Angleterre, d'abord par l'introduction de la règle bénédictine, qui
1. llicARDi Hàgulstadensis, Dc GesUs régis Stephani et de Bello Slanclardi, éd. SiirLees, p. 91, 93,
2. Faber, p. 204. — Il ne reste plus rien des constrnclions de "Wilfrid, si ce n'est la crypte de la cathédrale actuelle, que l'on fait remonter à son époque. Dès le temps de Leland, un peu avant la Réforme, on ne voyait plus que trois croix antiquissimi operis sur le site de l'ancien monastère. L'une des trois flèches de l'église reconstruite au quatorzième siècle portait 1q nom de Saint-Wilfrid : elle fut abattue par le vent en 16G0.
n^était encore adoptée qu'à Gantorbéry ; puis par les privilèges et exemptions qu'il obtint de Rome, des rois et des parlements saxons au profit des grandes fondations de son temps, telles que Hexham et Peterborough; enfin par les liens fortement tissus d'une association intime et active entre les nombreux monastères qui l'avaient accepté pour chef, afin de se garantir ainsi mutuellement contre les violences et les usurpations des princes et des puissants'.
L'année qui suivit sa mort, le premier anniversaire de ses funérailles réunit à Ripon les abbés de tous les monastères qu'il avait fondés, adoptés ou agrégés à ses propres communautés. Il en vint des quatre coins de l'Angleterre, et tous avaient grand souci de la situation cpie leur faisait la mort de leur vénérable chef. « Tant qu'il a vécu, » se disaient-ils, ({ nous avons souvent eu à soufirir de la violence des (( rois et des grands, mais par sa sainteté, sa sagesse « et le grand nombre de ses amis, il nous a toujours (( tirés d'afTaire : il nous faut maintenant croire que « dans le ciel nous l'aurons pour protecteur au même (( degré que saint Pierre et saint André, qu'il a tant (( aimés et à qui il a dédié tout son bien et tous ses (( sujets. » Le soir de cet anniversaire, après le souper, dans le crépuscule de ce long jour d'été, tous