‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 16 sur 201 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La Northumbrie sous les successeurs d'Oswald; les évêques celtiques; les grandes abbesses, Hilda et Ebba.

Los successeurs d'Oswalcl en Norlhunibrie. — Oswvdans la Bernicie. OswiN dans la Deïra. — Intimité d'Oswin avec l'évêque Aïdan : le fils de la jument et le fils de Dieu, — Nouvelles dévastations de Penda : Aïdan arrête l'incendie de Bamborough, — Lutte entre Osvvy et Oswin. — Meurtre d'Oswin. — Mort d' Aïdan, douze jours après son ami. — Le double monastère de Tynemoulh, élevé sur le tombeau d'Oswin. — La femme du meurtrier consacre un monastère à l'expiation du meurtre. — Règne d'Oswy vénéré comme saint malgré son crime, à cause de son zèle pour la conversion. — Successeurs d' Aïdan à Lindisfarne , envoyés par les moines d'Iona. — Épiscopat du Scot Finan. — 11 construit en bois la cathédrale de Lindislarne. — Colman , second successeur. — JNoviciat à Melrose. — Les jeunes Anglo-Saxons vont étudier en Irlande. — Les monastères de femmes en Northumbrie. — Heïa, la première religieuse. — Hartlepool. — Aïdan donne le voile à Hilda, princesse deïrienne : son règne de trente ans à Whitby. — Description du site. — Les six évêques sortis de son double monastère. — Le bouvier Ceadmon, vassal de Hilda : en lui se révèle le premier poète anglo-saxon ; précurseur de Milton, il chante le Paradis perdu ; sa sainte vie et sa douce mort. — La princesse Ebba, issue de la dynastie rivale, sœur d'Oswald et d'Oswy, fondatrice et abbesse de Coldingham : elle aussi y règne trente ans. — Désordres signalés dans son mo-

nastère. — Ferveur et austérité des moines nortbumbriens ; jeûnes extraordinaires; traits divers à Lindisfarne , Coldingham et .Melrose. — Un précurseur de Dante. — Fondation de Lastingham : Cedd, moine de Lindisfarne. — Témoignage rendu par le roinano-bénédictin Bede à la vertu , au désintéressement et à la popularité des missionnaires celtiques. — Néanmoins, la résistance et l'opposition ne leur font pas défaut. — Contraste et mobilité des caractères chez les rois comme chez le peuple. — Joie des habitants du littoral en voyant les moines faire naufrage.

A la mort d'Oswald, la Northumbrie retomba en proie, d'abord à tous les ravages de rinvasion mercienne, puis aux complications et aux infirmités d'une succession partagée. Gomme les Francs mérovingiens et même carlovingiens, bien qu'avec une obstination moins fatale, les Anglo-Saxons, et surtout les Angles de Northumbrie, me savaient pas résister au penchant qui les portait à accepter ou à provoquer la division d'un royaume entre plusieurs princes , dès qu'il se présentait plusieurs héritiers d'un roi défunt. Il faut croire que ces partages répondaient, en Angleterre comme en France, à certaines distinctions de race ou à certains besoins d'indépendance locale et provinciale, qui répugnaient également à l'unité de l'autorité suprême. Oswald laissait un fils en bas âge, dont il ne fut pas question pour lors. Son frère Oswy, encore dans la plénitude de sa jeunesse, beaucoup moins saint qu'Os wald, mais non moins bon soldat et vaillant capitaine, le remplaça tout

d'abord enBernicie, c'est-à-dire dans la région septentrionale de la Northumbrie. Quant à la Deïra , elle échut à un prince de la dynastie deïrienne, arrièreneveu d'Ella, le fondateur de cette race*, et fils de ce malheureux Osric qui avait régné sur la Northumbrie méridionale, après le désastre de son cousin Edwin en 633, mais régné pendant un an seulement, à peine le temps nécessaire pour abandonner le baptême qu'il avait reçu des mains de saint Paulin , et pour périr sous le glaive des Bretons de Cad wallon. Son fils, appelé Oswin, sauvé tout enfant par des amis , qui l'avaient envoyé hors de la Northumbrie, passa sa jeunesse dans l'exil, précisément comme Edwin et comme les deux frères Oswald et Oswy. Cet exil semble avoir été l'apprentissage nécessaire et salutaire des rois northumbriens.

En apprenant la mort d'Oswald, il revendiqua son di^oit de succession. Les anciens sujets de son père et de son grand-oncle le reçurent avec bonheur ^. Les chefs de la noblesse, réunis en assemblée, reconnurent son droit héréditaire et le proclamèrent roi desDeïriens. Pendant sept ans il les gouverna à la satisfaction de tous (642-651). Il était encore tout

1. Voirie tableau généalogique, à l'appendice n» 1. 2 JoAN.TYNËMOUTH,ap.A- BoLLANn.,t.IV Aug.,p.63. — Vita Oswini, p. 3, dans les Publications ofthe Surtees SQciety, 1838.

jeune, d'une haute taille, d'une beauté et d'une bonne grâce remarquables , ce qui ne laissait pas que d'être une grande qualité dans un temps et chez un peuple infiniment sensible aux avantages extérieurs. Mais il avait de plus toutes les vertus qui constituaient alors des titres à la sainteté. On vantait son extrême douceur, sa charité et surtout son humilité; il était en outre si affable, si courtois, si généreux, que les plus nobles seigneurs de tous les pays northumbriens sollicitaient à Fenvi l'honneur de le servir parmi ces officiers de sa maison, que les historiens latins qualifient, en Angleterre comme ailleurs, du nom de ministeriales \

Bien qu'Oswin eût été exilé, non pas en Ecosse, comme ses cousins et ses rivaux Oswald et Os\v\ , mais chez les Saxons du Wessex, et qu'il n'eût ainsi eu aucun contact avec les moines celtiques , il était déjà chrétien quand il revint en Northumbrie, et n'hésita pas à reconnaître l'autorité épiscopale d'Aïdan. Pendant tout ce règne le moine d'Iona, devenu évêque deLindisfarne, continua de parcourir les deux royaumes qui formaient son immense diocèse, ne se bornant pas à prêcher dans les nouvelles églises, mais allant de maison en maison pour arroser auprès du foyer dôme stique les semences de la

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