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SAINT CUTHBEHT. 409
Le lendemain il apprit que le saint évêque de Lindisfarne, Aïdan, l'apôtre de toute cette contrée, était mort dans la nuit. Cette vision détermina sa vocation monastique .
Au bout de quelque temps nous le retrouvons à la porte du monastère de Melrose, du grand noviciat celtique de Northumbrie : il n'avait encore que quinze ans (6ol), et cependant comme Wilfrid à la cour de la reine Eanfleda, il y arrive à cheval, la lance à la main, et accompagné d'un écuyer, car il avait déjà fait la guerre et avait appris devant l'ennemi les premières leçons de l'abstinence qu'il voulait pratiquer dans le cloître ' . Il fut reçu par deux grands docteurs de l'Eglise celtique : l'abbé Eata, qui avait été l'un des douze Northumbriens d'abord choisis par Aïdan, et le prienr Boisil, qui prit le nouveau venu en affection spéciale et se chargea de son éducation monastique. Cinq siècles plus tard on baisait encore avec vénération, dans la cathédrale de Durham, l'évangéliaire qui avait servi aux lectures quotidiennes du maître et de l'élève.
L'énergique et robuste jeune homme déploya aussitôt la plus rare aptitude pour la vie religieuse, et non seulement pour les exercices cénobitiques.
1. In castris contra hostem cnm excrcitu sedens, ibique habens stipendia parva. Bollànd., p. 118. — Cum eqiio desilisset ethastam qiiam tenuerat manu ministro dedisset... Bede, c, 6.
mais surtout pour les missions qui constituaient la principale occupation des moines de ce temps et de ce pays. Il ne se contentait pas de surpasser tous les religieux par son assiduité aux quatre principales occupations de la vie monastique, l'étude, la prière, les vigiles et le travail des mains; il s'appliquait surtout à extirper du cœur de la population d'alentour les derniers vestiges de la superstition païenne. Il n'y avait pas de village assez reculé, pas de montagne assez escarpée, pas de chaumière assez sordide pour échapper à son zèle. Il passait quelquefois des semaines et des mois entiers hors de son monastère, à prêcher et à confesser la plèbe rustique de ces montagnes ^ .
Les chemins étaient difficiles, ou plutôt il n'y avait pas de chemins, il ne pouvait voyager que rarement à cheval et quelquefois en bateau, lorsqu'il s'agissait d'aller jusque sur la côte des régions habitées par les Pietés -. Mais c'était le plus souvent à pied
t. Bede, Viia s. Cuthberti, c. 9.
2. Ciim diiobus fratribus pergens et navigans adterram Picloruin ubi Mudpieralegis(?) prospère perveneriinl, Boll., p. 119. —Adterram Pictorum qui Nidvvari vocantur. Bede, c. 11. — M. Joseph Robertson, l'un des plus consciencieux érudits de l'Ecosse contemporaine, qui a bien voulu s'occuper d'éclalrcir pour moi les principales diffîculté de l'histoire de Cuthbert, croit que ce lieu désigne Nevvburn, près de Largo, dans le comté de Fife. Je ne puis me taire sur le vif et profond regret que m'inspire la mort si prématurée de cet homme aussiinto'ligentqu'érudit; nous avons euladouleur de le perdre pen-
qiiïl lui fallait pénétrer clans les glens ou vallons les plus reculés, traverser les bruyères et les vastes plateaux incultes et inhabités, où l'on ne rencontrait que de loin en loin quelques cabanes de pâtres comme celle où il avait passé son enfance et qu'eux-mêmes abandonnaient en hiver. Mais ni les intempéries des saisons, ni la faim, ni la soif, n'arrêtaient le jeune et vaillant missionnaire dans ses courses apostoliques, à la recherche de ces populations clairsemées, mêlées d'Anglo-Saxons et de Celtes, déjà chrétiennes de nom et par le baptême, mais qui conservaient un attachement invétéré pour beaucoup de leurs anciennes superstitions, et que la première calamité imprévue, telle qu'une de ces grandes mortalités, alors si fréquentes, ramenait promptemcnt aux sortilèges, aux amulettes, et autres pratiques de l'idolâtrie ' .
Lesrécitstrès détaillés des prodiges qui accompagnaient souvent ses pérégrinations nous font voir que son active sollicitude embrassait toute la région montueuse qui s'étend entre les deux mers depuis le Solway jusqu'au Forth".Ils nous expliquent com-
daiit que ce volume était sous presse et au moment où il Venait de mettre le sceau à sa renommée par la publication de sa grande et belle collection des Concilia Scoiix.