‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 164 sur 201 · Vita, c · texte numérisé non relu

Vita, c

et que Wilfrid lui-même, comme on Fa vu, avait trouvé bon de leur emprunter^ . Quand il se trouvait au bord de la mer, il allait, la nuit et à l'insu de tous, se plonger jusqu'au cou dans les flots, pour chanter ses vigiles. Apeine sorti de l'eau, il se remettait à prier sur le sable de la plage ; une fois, caché dans les rochers voisins, un de ses disciples, qui l'avait suivi à la dérobée pour découvrir le but de cette course nocturne, vit deux loutres sortir de l'eau et, pendant que le saint priait à genoux, lécher ses pieds glacés et les essuyer avec leur poil jusqu'à ce que la vie et la chaleur fussent revenues à ses membres endoloris" . Par un de ces tristes jeux de la frivolité humaine qui déconcertent F historien, ce trait insignifiant est le seul qui soit resté encore aujourd'hui dans la mémoire du peuple. Saint Cutlibert n'est plus connu des paysans du Northumberland et des marches d'Ecosse que par la légende de ces loutres compatissantes, tout comme le nom de saint Golumba ne rappelle aux mariniers des Hébrides que la cigogne fatiguée qu'il renvoya dans FIrlande, sa patrie.

Il était depuis quelques années à Melrose, lorsque

1. Libellus, c. 25. — Voir plus haut, page 86, l'histoire de Drich- Ihelm, le pénitent de Melrose et, pour Wilfrid, page 238.

2. Hœ... anhelitu suo pedes ejus fovere cœperunt... lambentes pedes A'olutantes tergebant pellibus suis, et calefacicntes odoribiis Suis. lîoLL., p. 119. — Bede, c. 10.

l'abbé Eata l'emmena avec lui pom^ faire partie de la communauté de moines celtiques que le roi Alchfrid avait voulu établir à Ripon. Cuthbert y fut investi des fonctions d'hôtelier : il y déploya le même zèle que dans ses missions. Quand les voyageurs arrivaient à travers la neige, affamés ou transis par le froid, il leur lavait lui-même les pieds et les réchauffait contre sa poitrine^ , puis courait au four pour faire cuire le pain s'il en manquait. On se rappellera peut-être que les moines venus de Melrose durent céder la place à Wilfrid lorsque celui-ci, au début de sa campagne en faveur du rit romain et de l'unité pascale, prétendit imposer à la colonie celtique de Ripon l'abandon de ses usages nationaux^. Ce fut un grand et soudain orage, dit Bede, avec la prudeiite réserve qu'il observe en ce qui touche les luttes entre Wilfrid et d'autres saints. Cuthbert s'en revint, avec ses compatriotes , à Melrose , y reprendre sa vie de prédicateur missionnaire et y retrouver son ami et son maître, le prieur Boisil. A la mort de celui-ci, enlevé par la grande peste de 664% Cuthbert fut élu prieur à sa place. Il avait été lui-même atteint de la contagion régnante : tous les religieux priaient avec instance pour que sa vie leur fût conservée. Quand il sut que

1. Voir la légende de l'Ange, dans Bede, Vita S. Cuthberti, c. 7.

Page 1