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possible, chez l'évêque puissant et vénéré, c'est toujours le même cœur inondé de tendresse et de compassion. On admire la puissance surnatm^elle qui lui est donnée pour guérir les plus cruelles maladies. Mais dans ses relations, si fréquentes et si amicales, avec les grands comtes anglo-saxons, les ealdormen, comme avec les populations mélangées de Bretons, de Pietés, deScots, d'Anglais, qu'il réunissait sous sa houlette, ce qui domine tous les récits nombreux et détaillés qui nous en sont restés, et ce qui les domine d'une beauté toujours jeune et toujours attrayante, c'est son intense et active sympathie pour toutes ces douleurs humaines qui se retrouvent à travers les siècles, toujours les mêmes, toujours si poignantes et toujours si inconsolées. Plus les détails de ces rencontres d'un cœur de saint et de vrai pontife avec les cœurs naïfs et impétueux des premiers chrétiens anglais sont intimes et familiers, plus ils semblent attrayants, et l'on ne l'ésiste pas au désir d'en détacher quelques traits qui démontrent la vivacité ^des affections domestiques chez ces barbares, à peine baptisés, non moins que leur confiance filiale et familière en leur pasteur. Voici, par exemple, un des ealdormen du roi Egfrid, qui arrive au galop à Lindisfarne, tout écrasé de douleur, parce que sa femme, pieuse et généreuse comme lui, est tombée dans un accès de folie fu-
rieuse. Mais il a honte de dire quel est le mal dont sa femme est victime ; il y voyait une sorte de châtiment du ciel qui la déshonorait, elle si chaste et si honorée jusque-là ; il dit seulement qu'elle est à la mort ; il supplie qu'on lui donne un prêtre pour lui porter le viatique et, quand elle sera morte, qu'on lui permette de venir l'enterrer dans l'île sainte. Guthbert l'écoute et tout ému lui dit : a Ceci me re- (( garde ; nul autre que moi ne t'accompagnera. » Comme ils chevauchaient ensemble, le mari se mit à pleurer; Guthbert le regarda : en voyant les joues du rude guerrier inondées de larmes , il devina tout, et pendant tout le reste du trajet, il ne cessa de le consoler et de l'encourager, en lui expliquant que la folie n'était pas un châtiment destiné à punir le crime, mais une épreuve que Dieu infligeait quelquefois aux innocents. «D'ailleurs, ajoutait-il, quand (( nous arriverons, nous la trouverons guérie; elle (( viendra au-devant de nous, et c'est elle qui me (( fera descendre de cheval, selon sa coutume, en (( prenant ces rênes que je tiens à la main. » Et il en fut ainsi. Car, dit l'historien, le démon n'osa pas attendre l'Esprit-Saint, dont l'homme de Dieu était rempli. La noble dame, délivrée de son joug, se leva comme d'un profond sommeil, et se trouva sur le pas de la porte pour saluer le saint ami de la maison, en sautant à la bride de son cheval et en
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lui annonçant, toute joyeuse, sa guérison subite V Ailleui^s c'est un autre comte, Heunna, à qui il va demander l'hospitalité pendant une de ses courses pastorales, et qui le reçoit à genoux en le bénissant de sa visite, mais en lui racontant que sa femme est à la mort et qu'il en est désespéré, ce Cependant, » dit le comte, « je crois fermement que si vous voulez (( la bénir, elle sera rendue à la santé, ou tout au (( moins délivrée, par une prompte mort, de ses lon- (( gués et cruelles douleurs. » Sur quoi le saint bénit de Peau et, sans vouloir entrer lui-même dans la chambre de la malade, la fait asperger par un de ses prêtres. Elle se trouva aussitôt soulagée, et vint ellemême servir d'échanson au prélat, en lui offrant, au nom de toute sa famille, cette coupe de vin, qui est restée, sous le nom de loving-cup, depuis le temps des Anglo-Saxons, en usage dans les banquets publics et solennels' .
1. Hoc est meum ministerium : non alium &ed ipse tecum pergere debes. Ciimque agerent iter, videns socium suum llentem... profluentibus in maxillas laci ymis... consolari eum mitissimis verbis cœpit... Ipsa mihi occurrens in acceplione babenarum istius eqiii quas nunc teneo... ministrabit nobis... Vita. c. 15. — Bolland., p. 120.
2. Illa enim primum totius familiee Episcopo poculum Ixtitix dédit, qui sibi expiranli calicem moiiis auferebat. Bolland.,p. 122. — On raconte une anecdote analogue de saint Jean de Beverley et d'une comtesse qui, après avoir été guérie par le saint, fit le tour de la table où était assis son mari avec ses hôtes, en versant à boire aux convives. Bede, Hlst. EccL, V, 4
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Une maladie contagieuse ayant dépeuplé un canton de son diocèse, Cuthbert s'y transporta. Dans un des \'illages, après avoir visité et consolé tout ce qu'il restait encore d'habitants, il se tourna vers le prêtre qui raccompagnait et lui dit : a Y a-t-il ence core quelque malade à voir dans ce pamTe lieu, (( pour que je puisse aller le bénir avant de partii^? » Et alors, dit le prêtre qui nous a conservé ce récit, je lui montrai de loin une pauvre fenmie toute baignée de larmes, dont un des fils était déjà mort, et qui tenait l'autre dans ses bras, tout prêt à rendre le dernier soupir. L'évêque courut aussitôt à elle, et prenant l'enfant moribond des bras de sa mère dans les siens, il le baisa d'abord, puis le bénit et le rendit à sa mère, en lui disant, comme le Fils de Dieu à la veuve de Naïm : ce Femme, ne pleurez pas, (( n'ayez plus ni crainte ni tristesse, votre fils est (( sauvé, et personne ne mourra plus ici de celte (( pestilence \ »
Nul saint de son temps ou de son pays n'eut des relations plus fréquentes ou plus affectueuses avec les religieuses, dont le nombre et Finfluence allaient sans cesse croissant, parmi les Anglo-Saxons et sur-
1. PresbyterTidi... inquodam vico qui dicilurMedelpong... Con- Tersus ad me mitissinie dixit : Est-ne aliquisia villa hac adhuc pestilentia languens?... 0 mulier, noli fiere... ne metuas, nec mœsla sis. BoLLAND,, p. 124. — Vita, c. 33.
MOINES d'oCC, IT. 25
tout en Northiimbrie. La plupart vivaient réunies dans l'enceinte des grands monastères, tels que Whitby et Goldingham; mais quelques-unes, sm^tout celles qui étaient veuves ou d'un âge avancé, séjournaient chez elles ou dans la maison de leurs parents. Telle était une femme vouée au service de Dieu, qui avait veillé sur l'enfance deCuthbert (car il semble avoir été orphelin de bonne heure), pendant qu'il menait paître les troupeaux dans les montagnes des environs de Melrose, depuis sa huitième année jusqu'à son entrée au monastère, à Page de quinze ans. Il gardait à cette femme la plus tendre reconnaissance de ses soins maternels, et quand il fut devenu missionnaire, il profitait de toutes les occasions que lui fournissaient ses courses apostoliques pour aller visiter celle qu'il appelait sa mère, dans le village qu'elle habitait. Un jour qu'il se trouvait auprès d'elle, un incendie s'alluma dans ce village, et déjà les flammèches, emportées par un vent violent, menaçaient toutes les toitures voisines, ce Ne craignez rien, (( chère mère, » lui dit le jeune missionnaire, « ce (( feu ne vous fera point de mal. » Sur quoi il se mit en prières. Soudain le vent changea, tout le village fut préservé, et avec lui le toit de chaume sous lequel s'abritait la vieillesse de celle qui avait protégé sou enfance V