Page
SAINT CUÏHBERT. 430
roi martyr. La nièce d'Oswald, Tabbesse Elfleda, avant d'être la protectrice généreuse et efficace de Wilfrid, fut donc Famie et la cliente de saint Cutlibert, et, comme la sainte reine Etheldreda, elle aurait pu servir de lien entre ces deux illustres personnages. Elle professait pour le prieur de Lindisfarne la plus vive affection, en même temps qu'une confiance absolue dans sa sainteté. Atteinte un jour d'une maladie alarmante qui dégénérait en paralysie, et ne trouvant aucun remède auprès des médecins, elle s'écria : « A\\ ! si j'avais quelque objet (( appartenant à mon cher Cuthbert, je suis sûre <(' que je guérirais. » Peu après son ami lui envoya une ceinture de lin, dont elle s'empressa d'entourer ses roins ; et au bout de trois jours elle se trouva guérie * .
Très peu de temps avant sa mort et dans le cours de sa dernière visite pastorale, il alla rejoindre Eltleda dans un domaine voisin du grand monastère de Whitby,pour consacrer l'église qu'elle y faisait bâtir et pour l'entretenir tme dernière fois. Ils y dînèrent ensemble, et pendant le repas, en le voyant, tout absorbé par une contemplation surnaturelle, laisser échapper son couteau de sa main tremblante, eile eut une dernière occasion d'admirer ses intuitions pro-
1. Multo viriim Dei semper excolebat amore... L'tinam haberein aliquid de rébus Culhberti niei! Bolland., 121. Vita, c. 23.
phétiques et sa constante préoccupation du salut des âmes. Puis la fatigue du saint évêque qui dit en riant : (( Je ne puis pas manger pendant toute la journée, il ç( faut bien me donner un peu de repos ; » l'empressement et la pieuse curiosité de la jeune abbesse, qui veut tout savoir et tout faire, qui accourt toute haletante pendant la cérémonie de la dédicace, afin de demander au pontife un mémento pour un religieux dont elle vient d'apprendre la mort : tous ces détails forment un petit tableau achevé qui, dans sa simplicité, charme et repose au milieu des farouches mœurs et des sanglantes vicissitudes de la lutte, alors plus flagrante que jamais, entre lesNorthumbriens et les Pietés, entre les Saxons et les Celtes * . Mais la dernière de toutes ses visites fut pour une autre abbesse, moins illustre et moins puissante que les deux princesses du sang d'Ethelfrid le Ravageur mais aussi de grande naissance et non moins chère à son cœur, s'il faut en juger par la marque d'affection qu'il lui donna sur son lit de mort. C'était Verca, qui gouvernait, elle aussi, un des monastères échelonnés le long de la mer du Nord, sur les hauts
1. Manus ejus Iremefacta, ciiltellus quem tenebat deciditin men- Sarn. Jocose respondit : Num tola die manducare valebam? jamaliquando quiescere debui... llla sLatim ad episcopum concurrit... aiihelansinbasilicampervenil... Monach. Lindisf., ap. Bot-land., 123. Bede, Vita, c. 34.
promontoires ou à l'embouchure des rivières de la plage northumbrienne. Celui de Yerca était situé à l'embouchure de la Tyne, de la rivière qui séparait les deux royaumes northumbriens, la Deïra et la Bernicie, et c'était là qu'avait été transféré le corps du saint roi Oswin, après son assassinat ' . Elle fit à son évêque une réception magnifique : mais il était déjà souffrant, et, après la méridienne, qui était d'usage dans tous les monastères bénédictins, il eut soif. On lui offrit du vin ou de la bière, il ne voulut que de l'eau ; mais cette eau, après qu'il y eut trempé ses lèvres, parut aux moines de Tynemouth, qui en burent le reste, le meilleur vin qu'ils eussent goûté jamais. Cuthbert, qui n'avait plus rien de la robuste santé de sa jeunesse, sentait déjà les premières atteintes du mal qui allait l'enlever. Sa pieuse amie en fut sans doute frappée, et c'est pourquoi elle lui offrit, comme dernier gage de leur union spirituelle, une pièce de toile très fine, qui devait lui servir de linceul " .