‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 18 sur 201 · Vita Oswini · texte numérisé non relu

Vita Oswini

4i LES MISSIOiNNAIRES CELTIQUES

(( plus cher que cet homme, qui est le fils de Dieu? » Sur quoi ils entrèrent dans la salle du festin : Oswin, qui revenait delà chasse, s'approcha du feu avec ses officiers avant de se mettre à table, et, tout en se chauffant, il méditait la parole de l'évêque ; puis tout à coup ôtant son épée, il alla se prosterner aux pieds du saint, en le priant de lui pardonner, (a Jamais (( plus, » dit-il, ((je n'en parlerai, et jamais plus il (( ne m'arrivera de regretter ce que vous donnerez ((de mon bien aux enfants de Dieu. » Après quoi, rassuré par les douces paroles de l'évêque, il commença tout joyeux à manger. Mais l'évêque, au contraire, devint tout triste et se mit à pleurer : et comme un de ses prêtres lui demandait la cause de sa tristesse , il répondit en langue celtique , que ni Oswin ni les siens n'entendaient : (( Je reconnais (( maintenant que le roi vivra peu; car, jusqu'ici, (( je n'avais jamais vu de roi si humble, et cette na- (( tion n'est pas digne d'un tel prince * . »

Ce petit récit, dit avec raison Ozanam, forme un tableau achevé ; il montre en des temps si barbares cette douceur de sentiment, cette délicatesse de con-

1. Quidloqueris,Rex?Numtibicariorestillefiliusec[iiae, quam ille filius Dei... Porro Rex (venerat enim de venatu) cœpit consistens ad focum calefieri cum ministris, et repente in ter calefaciendum recordans verbum quod dixerat illi Antistes, discinxit se gladio suo... festinusque accedensante pedes Episcopi corruit...Linguasua patria quam rex et domestici ejus non noverant... Bede, IU, 14.

ET LES GRANDES ABBESSES EN NORTHUMBRIE. 4o

science, cette politesse de mœurs qui, mieux encore que la science, sont les signes de la civilisation chrétienne.

La triste prévision du saint ne se réalisa que trop tôt. Mais ce ne fut pas, comme ses prédécesseurs, sous les coups du féroce Penda et de la coalition des Merciens et des Bretons , que devait périr l'aimable et consciencieux Oswin. Penda toutefois avait repris le cours de ses dévastations, et pendant treize ans encore il ne cessa de ravager la Northumbrie. Mais il paraît en avpir beaucoup moins voulu à ses voisins les Deïriens et leur roi , qu'aux Berniciens et à Oswy, le frère de sa dernière victime. C'est dans le nord des deux royaumes que nous le retrouvons portant partout le fer et le feu ' , et s 'efforçant de livrer aux flammes la forteresse rovale de Bamborough. Là aussi nous retrouvons Aidan, le bienfaiteur et le protecteur de la contrée. Penda, n'ayant pu prendre la forteresse ni d'assaut ni par famine, fit construire un énorme bûcher tout autour du rempart; il y entassa tout le bois des forêts d'alentour, les joncs du rivage, les poutres et jusqu'aux toitures en chaume, provenant de tous les villages voisins qu'il avait fait détruire ; puis, quand le vent souffla de l'ouest il v fit mettre le feu, avec Fespoir de voir la flamme gagner la ville. Aïdan

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