‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 183 sur 201 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Saint Benoît Biscop et les monastères de Wearmouth et de Yarrow

Benoît Biscop représente la science et l'art comme Wilfrid la vie publique et Cuthbert la vie spirituelle. — Sa naissance et sa conversion. — Ses quatre premiers voyages à Rome. — 11 gagne le cœur du roi Egfrid. — Fondation de Wearmouth. — Il fait venir de France des maçons et des verriers. — Cinquième et sixième voyage à Rome, d'où il rapporte force reliques, livres et tableaux. — Importants travaux de peinture dans ses nouveaux monastères. — Un abbé romain vient enseigner le chant liturgique à tous les monastères noithumbriens et s'assurer de la foi du clergé anglais par rapport à l'héiésie des nionothélites. — Fondation de Yarrow. — Union fraternelle des deux monastères a l'instar de leurs patrons saint Pierre et saint Paul. — Benoît prend pour coadjuteur son neveu Easterwine. — Occupations d'un seigneur saxon devenu moine. — Mort d'Easterwine. — Cruelle maladie de Benoît. — Ses dernières recommandations. — Sa mort touchante à côté de son coadjuteur, mourant comme lui. — Après lui le fils d'un ealdorman, Ceolfi'id, disciple de Wilfrid et de Botulphe, gouverne les deux monastères. — Épisode de Botulphe, fondateur de Boston, apôtre de la règle bénédictine. — Ceolfrid, devenu abbé, s'occupe surtout d'augmenter les bibliothèques. — Il échange un livre contre un domaine avec le roi de Northumbrie. — II veut aller mourir à Rome. — Douleur des six cents moines qui l'accom peignent jusqu'au lieu de son embarquement. — Leur lettre au pape. Il ne peut aller que jusqu'à Langres, où il meurt. — Comment le christianisme avait appris aux barbares à s'aimer.

Entre Wilfrid et Cuthbert seplaceimtroisièmesaint dont le nom s'est déjà rencontré dans ce récit, Benoît

468 WEARMOUTH.

Biscop, compagnon de Wilfrid, lors de son premier voyage à Rome , et pendant ladernière moitié de savie, voisin de Guthbert qu'il suivit de près dans la tombe, Benoît fut, dans l'intérieur du cloître et pour ainsi dire dans la vie privée, ce que fut Wilfrid dans la vie publique, le champion de l'unité romaine et le propagateur de la règle bénédictine. De plus il représente, dans la pléiade monastique du septième siècle, l'intelligence, l'art et la science, comme Guthbert y représente la prédication et la vie ascétique. Sa renommée a été moins populaire que celle de Wilfrid, et à plus forte raison, que celle de Guthbert, mais elle n'en a pas moins conquis une noble place dans les annales de l'Eglise anglo-saxonne. Savie nous otfre plusieurs traits qui font honneur à son âme et qui ne sont pas sans intérêt pour l'histoire de l'esprit humain. Enfin il a contribué plus que personne, avec son compatriote Bede, à justifier le témoignage rendu par les historiens modernes qui ont reconnu dans la Northumbrie, au septième et au huitième siècle, le point le plus lumineux et le plus civilisé du monde teutonique, on pourrait même dire du monde chrétien, à cette époque.

Gomme Wilfrid, mais quelques années avant lui (628) , Benoît était né dans les rangs de la haute noblesse anglo-saxonne * . Bien jeune encore, il occupa

1. L'historien de Wilfrid nous apprend que son vrai nom était Ba^

une charge dans la maison du roi Oswy qui, selon les usages de la féodalité naissante, l'avait investi d'un fief pris dans le domaine public et proportionné à l'importance de cette charge^ . A vingt-cinq ans (6o3), il renonce àlavie séculière, au mariage, à lafamille, restitue au roi son domaine, et se consacre au service de Dieu. Avant de se fixer dans une communauté, il part pour Rome, où l'attirait depuis longtemps ce désir de vénérer les tombeaux des Apôtres qui allait devenir si général et si contagieux chez les Angio- Saxons. On a vu, dans ce qui a été dit de Wilfrid ", comment après avoir fait d'al)ord route ensemble, les deux jeunes seigneurs northumbriens s'étaient séparés à Lyon, et comment Benoît, après un premier séjour à Rome, y était retourné une seconde et mie troisième fois, ayant pris d'abord l'habit monastique dans l'ile de Lérins, qui venait d'entrer dans la famille de saint Benoît. On se rappellera que le pape Vitalien, frappé de la piété et de la science de ce pèlerin si constant et si zélé, en mêmetemps que de sa haute position dans son île natale, l'avait donné pour guide et pour interprète au Grec Théodore, qui venait, à soixante-sept ans (669), occuper la place de

duging : nul ne nous dit pourquoi il prit le nom de Benoît, sous lequel il est généralement connu, ni d'où lui venait le surnom de Biscop, puisqu'il ne fut jamais évèque.

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