Ibid
servir d'abri, en l'adossant à une modeste église qu'il venait de construire : il expira la tête appuyée sur un contre-fort de F église. C'était mourir en soldat de la foi, sur le champ de bataille qui lui convenait le mieux.
Son corps fut transporté en sa cathédrale monastique de Lindisfarne. Mais celui de son royal ami Oswin fut déposé dans une chapelle dédiée à la bienheureuse Marie et située sur un promontoire de granit, presque entièrement entouré par la mer, à l'embouchm^e de la Tyne, rivière qui servait alors de frontière aux deux États northumbriens de Deïra et de Bernicie, et qui est aujourd'hui une des principales artères du commerce maritime de l'Angleterre. Bientôt sur les restes sacrés de ce martyr, chéri et honoré par les Northumbriens des deux royaumes comme leur père et leur seigneur sur terre et comme leur patron dans le ciel , il s'éleva un de ces doubles monastères, renfermant à la fois des moines et des religieuses dans deux enceintes séparées, mais sous un gouvernement commun * . Ce fut de Whitby que vinrent les religieuses chargées de prier sur sa tombe ; de Whitby, que gouvernait déjà avec autant d'éclat que d'autorité l'abbesse Hilda , issue comme le martyr Oswin de la dynastie deïrienne et de la race d'Ella. Les vicissitudes de ce grand mo-
1. Matïh. Wkstm., ad. ann. 10G5. Cf. Boli and., t. IV Aug., p. 58, 59.
nastère à travers les invasions des Danois et des Normands, la vénération constante ou toujours renaissante dont les restes de saint Os win furent entourés, même après que le souvenir de son ami Aïdan se fut totalement effacé* , la protection que trouvèrent longtemps les pauvres, les malheureux, les opprimés à l'ombre de son sanctuaire et à l'abri de ce qu'on nommait la paix de saint Osivin : tout cela se retrouvera peut-être dans la suite de notre récit ou sous des plumes plus autorisées. Ici il faut se contenter de signaler les beaux débris de l'église conventuelle reconstruite au treizième siècle et renfermée dans la forteresse qui défend l'entrée delaTyne. Ces sept grandes arcades ogivales, dont les pierres noircies par rage se dessinent majestueusement sur le ciel, du haut du rocher qu'elles dominent, produisent un grand eiïet sur le voyageur qui arrive par mer, et amioncent noblement le culte de l'Angleterre pour les ruines qu'elle a faites-.
Quelques années plus tard, à l'endroit même où il avait péri, à Gilling, près Richmond, un monastère
1. « Desanctorege Oswinononnulladudum audieram, sed sancti Aydani episcopi nec nomenad me pervenerat, » dit un voyageur miraculeusement guéri au douzième siècle. Vita Oswini, p. 32.
2. l\ existe un grand et bel ouvrage récent sur le monastère de Tynemoulh, dont voici le titre complet: Uistory of the monastery founded at Tynemouth in the diocèse ofDurham, io the honorof God, under the invocation ofthe B. V. M. and saint Oswia, King and Martyr/ Oy y^iiuxu^i Sidnky Gibson, 1846. 2 vol. in-4«..
futélevé en expiation d'un crime silâcbeparla femme de son meurtrier. Cette femme n'était autre qu'Eaufleda, la fille du roi Edwin, celle dont la naissance avait contribué à la conversion de son père^ , celle qui avait été la première-née du Christ dans le royaume des Nortlmmbriens et qui, après la catastrophe d'Edwin et de la mission romaine en Nortbumbrie, avait été transportée au berceau par l'évêque Paulin dans le pays de sa mère, Ethelburge, fille du premier roi chrétien de Kent. Oswy, aussi habile qu'ambitieux, avait bien reconnu qu'il ne suffisait pas d'égorger un compétiteur pour s'assurer la domination exclusive de la Northumbrie. Il avait préalablement voulu se concilier par un mariage la dynastie rivale delà sienne, comme l'avait fait son père Ethelfrid'. Il avait donc expédiée Cantorbéry, avec l'approbation et la bénédiction d'Aïdan, un prêtre admiré pour la gravité et la sincérité de son caractère% et abbé d'un des nouveaux monastères^ pour obtenir de la reine Ethelburge, si elle vivait encore alors, la main de sa fille. Sa demande fut agréée et