‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 29 sur 201 · Voir t. H, livre IX, p · texte numérisé non relu

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tères de la navigation anglaise. Elle y vécut en religieuse, avec un tout petit nombre de compagnes, jusqu'au jour (649) où Aïdan l'appela à remplacer la fondatrice du monastère de Hartlepool^ et où elle se trouva investie du gouvernement d'une grande communauté \

Neuf années plus tard, lorsque la paix et la liberté de la Northumbrie eurent été garanties par la victoire définitive du roi Oswysur les Merciens, Hilda profita du don d'un domaine de dix familles^ que lui avait fait ce prince, pour établir un nouveau monastère à Streaneshalcli, aujourd'hui Whitby , un peu au midi de son ancienne abbaye et sur le même littoral (658) .

1. Le monastère primitif de Harllej30ol, détruit au neuvième siècle* comme tous ceux de la côte nortliumbrienne, par les Danois, ne fut pas restauré, mais remplacé bien plus tard par un couvent de Franciscains, il y subsiste une ancienne église dédiée à sainte Hilda, auprès de laquelle des fouilles entreprises de 1833 à 1843 ont mis à jour plusieurs tombes anglo-saxonnes avec des emblèmes et des noms deîemme&,HilclitJu^yth,Bildigyth,Canngyth,Berchtgyd,Bregusvid, qui semblent être celles des religieuses de la communauté anglosaxonne. Le dernier de ces noms est celui de la mère de Hilda, et plusieurs des autres se trouvent dans la correspondance de saint Boniface avec des religieuses saxonnes. Cette découverte a donné lieu à un écrit intéressant, sans date ou nom d'auteur, mais dont voici le titre : Notes on the history of St Begu and StHild. Harllepool.

2. Comparatapossessione decem familiarum. Bede, 1. c. — Les Anglo-Saxons avaient pour mesure de superficie le Hyde ou Hufe, c'est-à-dire la quantité de terrain qui suffisait à l'entretien d'nne famille. Maison est peu d'accord sur l'étendue de cette quantité de terrain qui variait d'ailleurs selon la nature du sol.

De tous les sites choisis par les constructeurs monastiques, après celui du Mont-Cassin, je n'en connais pas de plus grandiose et de plus pittoresque que celui de Whitby; il est même, à certains égards, encore plus imposant que celui du chef-lieu bénédictin, à cause du voisinage de la mer. L'Esk, rivière dont le cours traverse une contrée montueuse comme on en rencontre trop rarement en Angleterre , forme à son embouchure une anse circulaire , dominée de tous côtés par de hautes falaises. C'est au sommet d'une de ces falaises, à trois cents pieds audessus de la mer, que Hilda plaça son monastère, sur un plateau couvert d'une herbe verte et courte, dont les flancs tombent à pic sur la mer du Nord. La vue erre tour à tour sur les hauteurs, les ravins boisés, les vastes et mornes bruyères de cette partie du Yorkshire, sur les précipices abrupts qui bordent la plage, et sur le vaste horizon de cette mer, dont les vagues écumantes viennent se briser contre les paroi s verticales de l'immense muraille de rochers que domine le monastère. Le sourd mugissement des flots s'y marie bien avec les teintes sombres des rocs dont ils rongent et creusent le pied ; car ce n'est pas dans ces parages, comme sur les côtes de la Manche, que la blancheur des falaises a pu faire décerner le nom d'Albion à la grande île Britannique. Les rochers de la plage y sont au contraire

aussi noirâtres qu'escarpés et rugueux \ Il ne reste rien du monastère saxon ; mais Téglise de l'abbaye , restaurée par les Percy au temps des Normands, est plus qu'à moitié debout et permet au spectateur émerveillé de reconstruire dans sa pensée la solennelle grandeur du monument quand il était debout. Le chœur et le transsept septentrional sont encore entiers, et offrent un des plus beaux modèles de l'architecture anglaise. Les deux façades de Test et du nord, à trois étages chacune de trois fenêtres ogivales, sont d'une élégance et d'une pureté sans rivales. La belle couleur de la pierre à moitié rongée par les vents maritimes ajoute à la beauté de ces ruines. On ne saurait imaginer un effet plus pittoresque que celui des lointains horizons de la mer azurée, vue à travers les grands yeux vides de ces ogives dévastées. Ces majestueux débris sont conservés aujourd'hui avec le respect habituel aux Anglais pour les monuments du passé , mais ils ne résisteront pas toujours à l'action dévorante du temps et des éléments. La grande tour centrale s'est écroulée en 1830. Que le voyageur

1. Il en est autrement des falaises qui bordent l'anse intérieure formée par l'embouchure de l'Esk : elles sont d'une blancheur éclatante : et ces roches crayeuses au milieu des grandes roches noirâtres de la plage peuvent expliquer pourquoi les Danois, après avoir détruit le monastère de Hilda, ont donné le nom de Whitby ( White hy^ blanc séjour) à l'établissement qu'ils y firent.

intelligent se hâte donc d'aller contempler un des monuments les plus anciens et les mieux situés de l'Europe! Qu'il y accorde une prière ou au moins un souvenir à la noble fille des rois northmnbriens, qui alluma naguère sm^ ce rocher désert un phare de lumière et de paix pour les âmes , à côté du fanal destiné à guider les navigateurs sur cette mer orageuse ^ ! Le nom primitif de Streaneshalch signifiait rile du Fanal; et c'est probablement par ce service conféré aux habitants de la côte que Hilda inaugm^a son règne sur ce promontoire ; car ce fut un règne véritable, au temporel comme au spirituel. A Whitby conune à Hartlepool, et pendant les trente ans qu'elle passa à la tête de ses deux maisons, elle déploya une capacité singulière pour le gouvernement des âmes et la consolidation de l'institut monastique. Cette aptitude spéciale, jointe à son amour de la règle

1. Les principaux détails de cette église monastique, qui est du beau style ogival primaire que les Anglais appellent Early Engtish, èbnt parfaitement rendus dans le magnifique in-folio de l'architecte EAmundShaxpe, intitulé : A rchitectural parallets selected froîii Abbey churches. London, 1848, 121 planches.Elle avait trois cents pieds de long et soixante-dix de large. Elle offre une particularité curieuse : elle décrit une courbe dans le sens de sa longueur, en s'infléchissanl légèrement vers le sud , de sorte que le portail de la façade occidentale n'est pas en ligne droite avec la fenêtre centrale du chevet carré du chœur. Ces ruines dépendent aujourd'hui d'une ferme appartenant à sir Richard Cholmondeley. — La ville de \Yhitby, située au pied de ces ruines sur l'Esk, est un port de mer assez florissant, et très fréquenté par les baigneurs.

à son zèle pour la science et la discipline ecclésiastique, lui assigna un rôle et une influence considérables. L'évêque Aïdan et tous les religieux qui la connaissaient allaient apprendre auprès d'elle les secrets de F amour divin et de la sagesse innée dont elle était pénétrée. Les rois mêmes et les princes de son sang ou des provinces voisines venaient souvent la consulter, et lui demander des lumières qu'ils se félicitaient de lui devoir. D'ailleurs, elle ne réservait pas pour les grands personnages de la Northumbrie les trésors de sa prudence et de sa charité. Elle répandait partout autour d'elle les bienfaits de la justice, de la piété, de la paix et de la tempérance. Elle fut bientôt regardée et honorée comme la mère du pays, et tous ceux qui l'abordaient lui donnaient ce doux nom de Mère, qu'elle méritait si bien. Ce n'était pas seulement en Northumbrie, c'était encore dans les régions lointaines où la renommée de ses vertus et de ses lumières avait pénétré, qu'elle devenait pour plusieurs une occasion de salut et de conversion. Mais ce fut surtout au sein de ses deux communautés qu'elle sut faire prévaloir, pendant plus de trente ans que dura son administration abbatiale, l'ordre, l'union, la charité et l'égalité, au point de faire dire aux Northumbriens ravis que l'image de la primitive Église, où il n'y avait plus ni riches ni pauvres, où tout était en

commun entre les chrétiens , se trouvait réalisée à Whitby.

Elle gouvernait surtout par la parole : elle adressait chaque jour des exhortations et des leçons générales ou particulières à ses ouailles, et la longue maladie qui, après sept ans de cruelles souffrances , mit fin à sa glorieuse carrière (680), ne l'empêcha pas d'accomplir jusqu'à son dernier jour ce qu'elle regardait comme le premier devoir de sa souveraineté maternelle. .

Ce qui touche plus que tout le reste dans le récit enthousiaste du vénérable Bede sur Hilda, c'est le témoignage de la tendresse passionnée qu'elle inspirait à ses filles et surtout aux jeunes vierges qu'elle préparait à la vie religieuse, dans un édifice séparé des autres, et par les épreuves d'un noviciat régulièrement constitué et attentivement surveillé ' .

La royale abbesse n'y gouvernait pas seulement une nombreuse communauté de religieuses ; à son monastère de filles était adjoint un monastère de religieux, selon un usage alors assez général, mais principalement répandu dans les pays celtiques ; à ces

1. Nunquam,.. commissura sibi gregem et publiée et privatim docerepraelermittebat... Cuidam virginum... quse illam imrnenso amore diligebat... In extremis monasterii locis seorsum posita ubi nuper venientes ad conversionem feminse solebant probari, donec regulariter institutas in societatem congregationis susciperentur.

i^eligioux soumis à son autorité elle inspirait tant do régularité et un tel amour des saintes lettres, une étude si attentive de l'Ecriture, que ce monastère, régi par une femme, devint un vrai séminaire de missionnaires et même d'évêques^ . Il en sortit plusieurs pontifes aussi remarqués par leur vertu que par leur science" ; l'un deux surtout, saint Jean de Beverley, atteignit un degré de popularité rare, même en Angleterre, où les saints étaient autrefois si universellement et si facilement populaires.

Mais ni les rois ni les princes qui allaient consulter la grande abbesse sur son promontoire maritime, ni les évêques, ni les saints même formés à son école, n'occupent dans les annales de l'esprit humain ou dans les savantes recherches de nos contemporains une place comparable à celle d'un vieux bouvier, qui vivait dans un des domaines de la communauté de Hilda et dont la mémoire est inséparable de la sienne. C'est sur les lèvres de ce bouvier que la langue anglo-saxonne éclate en poésie , et rien dans toute l'histoire des littératures européennes n'est plus original ni plus religieux que ce début de la muse anglaise ► Il s'appelait Geadmon; il était déjà parvenu à un âge avancé , toujours en gardant ses bestiaux , sans

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