Bede, lU
PAR LES NORTHUMBRIENS. 117
survécut au royal néophyte qu'il avait si sévèrement jugé, et baptisa son successeur comme il l'avait luimême baptisé ; puis dans une de ses courses trop fréquentes en Northumbrie, il fut atteint d'une maladie contagieuse et mourut (664) au monastère de Lastingham qu'il venait de fonder et dont il avait fait abbé l'un de ses trois frères, tous prêtres et religieux de Lindisfarne comme lui. Lorsque la nouvelle de sa mort arri va dans son diocèse , trente de ces Est-Saxons qu'il avait faits moines partirent en toute hâte pour le Nord . Ils arrivèrent au monastère où reposait le corps de leur père et de leur fondateur, afin d'y vivi*e près de ses dépouilles ou d'y mourir et d'y reposer avec lui, si telle était la volonté de Dieu. Leur vœu fut promptement exaucé : au bout de quelques jours, ils moururent tous du même mal qui avait enlevé l'évêque' . Gonmient ne pas estimer un évoque capable, malgré sa sévérité, d'inspirer une si rare affection? IVIais aussi comment ne pas aimer ces rudes Saxons, à peine convertis, et poursuivis jusque dans le cloître par cette passion du dévouement, par ce besoin de donner sa vie pour ce qu'on aime, qui au milieu de leur férocité naturelle demeurait le trait distinctif de la race anglo-saxonne?
1. Cupienles ad corpus sui patris, aut vivere, si sic Deo placerai, autmorientes ibisepelirj. Bede, m, 23.
Id8 L'HEPTARCHIE CONVERTIE
Et cependant, ces mêmes Saxons, si faciles à gagner et à s'attacher par la lumière et la vertu de l'Evangile, retombaient souvent avec une lamentable et surprenante facilité dans le paganisme. L'évêque Cedd et ses trente amis étaient à peine morts, que le peuple dont il avait été l'apôtre et le maître apostasia presque en entier. Cette même peste, qui avait enlevé l'évêque, effraya les Est-Saxons par ses ravages à un tel point que roi, nobles et peuple se mirent à l'envi à rétablir les temples et les autels de Woden offensé , espérant ainsi se dérober à la contagion . Heureusement, un autre roi nommé Sebbi, oncle et associé de l'apostat, tint bon et réussit à ramener toute la nation au Christianisme (665), avec l'aide de l'évêque desMerciens, Saxon de naissance, mais formé comme tant d'autres pontifes et missionnaires^ par les religieux celtiques d'Iona et de Lindisfarne. Les récits de Bede, qui nous servent de guide à travers le dédale des races et des dynasties de l'Heptarchie, lui venaient de la bouche d'un prêtre qui avait accompagné cet évêque très actif et très zélé dans ses courses incessantes, à travers tous les cantons du royaume d'Essex, pour y prêcher la foi et y relever les autels du Christ. A l'en croire, les habitants étaient retournés à l'idolâtrie, moins par hostilité
1. larumanus, Anglicus natione, sed a scotis episcopis ordinatiis, Anglia sacra, t, 1, p. 425.
PAR LES iNORTHUMBRIENS. 119
contre le Christianisme que par insouciance de la vie future, dont plusieurs niaient même l'existence. Une fois les églises rouvertes, il s'y trouva de nouveau ime foule de chrétiens qui déclarèrent hautement vouloir plutôt mourir en croyant à la résurrection de Notre-Seigneur que vi\Te à l'ombre de la souillure des idoles \
Conversion des Merciens, ou Anglais du Milieu.
L'action personnelle du roi Oswy, comme prédicateur de la foi, la villa royale au pied du vieux mur des Romains, comme théâtre du baptême des premiers néophytes, et l'intervention de Tévêquc celtique Finan, comme initiateur des sacrements, tous ces traits qui impriment un caractère spécial à la conversion des Saxons de l'Est, se retrouvent identiquement dans l'histoire de la conversion des Merciens. Mais on se représentera combien cette tâche devait être plus difficile et plus importante, si on se rappelle l'acharnement des luttes sanglantes livrées pendant les trente ans du règne de Penda à la Northumbrie chrétienne, et surtout si on se figure bien la vaste étendue de ce royaume de Mercie, presque aussi grand que la Northumbrie elle-même, et qui