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3. Loquatur, obsecro, vice mea discipulus meus Wilfridus presbyter; ille meliusipsa linguaAnglorum quam ego per iiiterpretein. Bede, m, 25.
(( Rome, où les bienheureux apôtres Pierre et Paul « ont vécu, ont enseigné, ont souffert et ont reçu la (( sépulture. Nous l'avons vu observer de même en (( Italie, en Gaule, où nous avons passé pour nous (( instruire ; nous savons qu'il en est de même en <( Afrique, en Asie, en Egypte, en Grèce, et dans « tout l'univers chrétien, malgré la diversité des (( langues et des pays. Il n'y a que les Pietés et les (( Bretons qui, dans les deux îles les plus reculées (( de rOcéan et même dans une partie seulement de (( ces deux îles, s'obstinent follement à contredire (( tout le reste du monde \ »
Colman répliqua : ce II est étrange que vous qua- (( lifiiez de folie notre tradition, où nous ne faisons (( que suivre l'exemple de ce grand apôtre qui fut (( jugé digne de reposer sa tête sur la poitrine de (( Notre-Seigneur, et que le monde entier a jugé (( très sage. » Le dialogue continua sur un ton moins vif : les deux interlocuteurs y déployèrent, l'évêque la fierté naturelle à sa race, et l'abbé cette éloquence persuasive, déjà chère aux Anglo-Saxons charmés d'entendre un homme savant et formé en Italie et en Gaule, parler si bien leur langue
1. Preeterhos tantumet obstinationiseoriim complices, Pictosdico et Britones, cum quibus de duabus ultimis Oceani insulis, et his non totis, contra totum orbem stulto laborepugnant...Mirumquarestultum appellare velitis laborum nostrum... Bede, l. c.
176 JEUiNESSE ET PREMIÈRE VICTOIRE
barbare'. Tous deux, d'ailleurs, recouraient à des arguments fort contestables. Wilfrid invoquait l'Ecriture sainte, où il n'y a pas un seul mot sur le cycle pascal, et les décrets de l'Eglise universelle, dont il n'existait qu'un seul sur cette matière, celui du concile de Nicée, qui se Contentait de fixer la Pâque au dimanche et que les Irlandais observaient aussi bien que les Romains. Au lieu de se borner à constater que les règles établies à Rome étaient adoptées partout et devaient l'être, il affirmait de plus que saint Pierre avait établi l'usage alors suivi à Rome, comme si cet usage avait été toujours le même et n'avait pas précisément changé depuis près d'un siècle pour être mis d'accord avec de meilleurs calculs astronomiques. Mais l'évêque Colman ne connaissait pas ou ne comprenait pas ce changement, et ne sut pas l'objecter à son adversaire. Il en revenait toujours aux exemples de saint Jean et des premiers Pères de l'Église celtique, et il s'acharnait à citer Columba, dont la vie, si minutieusement racontée par des contemporains de la conférence de Whitby', ne contient aucune trace d'attachement passionné
1. lUeintrepidamente respondens... Presbytero Wilfrido et abbati suaviloqua eloquentiain sualingua... Eddius, 1. c.
2. Le premier de ces biographes, Cumin le Blanc, était précisément alors abbé d'iona d'où venait l'évêque Colman ; et le second,
OU raisonné à la Pâque celtique, et montre qu'il avait simplement suivi le vieil usage transmis par saint Patrice aux religieux irlandais. Rien ne donnait lieu de supposer que le grand abbé d'Iona, une fois informé de la prévalence universelle de l'usage romain, V eut résisté.
(( Se peut-il admettre, » disait l'évêque, » que (( notre très révérend père Columba et ses succes- (( seurs, hommes tous aimés de Dieu, aient agicon- (( trairement à la parole divine? Beaucoup d'entre « eux ont rendu témoignage à leur sainteté par (( des miracles ; et quant à moi qui crois à leior (( sainteté, je veux suivre à jamais leur exemple et (( leurs enseignements. » Ici Wilfrid reprenait tout son avantage : ce Pour ce qui est de votre père (( Columba, de ses disciples et de leurs miracles, (( je pourrais répondre qu'au jour du jugement, (( plusieurs diront à Notre-Seigneur qu'ils ont fait (( des miracles en son nom, et il leur répondra (( qu'il ne les connaît point. Mais Dieu me garde (( de parler ainsi de votre père ! il vaut beaucoup (( mieux, en ce que l'on ignore, croire le bien que « le mal. Je ne nie donc pas qu'ils aient été servi-
Adamnan, alors moine en Irlande, avait déjà quarante ans en 664. Celui-ci ne parle de la dissidence pascale que pour constater la prophétie faite par Columba, pendant sa visite à Clonmacnoise, de illa quée post dies multos ob diversitatem paschalis festi orta est inter Scotix ecclesias discordia. Lib. I, c. 3.
c( teurs de Dieu et aimés de Dieu; je crois qu'ils (( l'ont aimé dans leur simplicité rustique, avec des (( intentions pieuses. Je ne crois pas que leur obser- (( vance de la Pâque leur ait beaucoup nui, tant c( que personne n'est venu leur montrer des règles (( plus parfaites. S'il s'était présenté à eux un calce culateur catholique, je crois qu'ils auraient suivi (( son avis, comme ils ont suivi les commandements (( de Dieu qu'ils connaissaient. Mais vous, vous (( péchez sans aucun doute, si après avoir entendu ce les décrets du siège apostoKque et même de « l'Eglise universelle, confirmés par l'Ecriture (( sainte , vous les méprisez . En admettant la sainteté (( de vos pères, comment saurait-on préférer à (( l'Eglise répandue par toute la terre cette poignée (( de saints dans un coin de leur île reculée.^ Enfin, (( quant à votre Golumba (et je dirai volontiers (( notre Golumba, en tant que serviteur du Christ), (( quelque saint et puissant qu'il ait pu être par ses (( prodiges de vertus, peut-on le préférer au bience heureux prince des apôtres, à qui Notre-Seigneur ce a dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai ce mon Église, et les portes de Venfer ne prévauce dront pas contre elle, et je te donnerai les clefs c( du royaume des deux ^ ? »
1. Etsi sanctus erat et potens virtulibus ille Columba vesler, immoetnostersiChristi erat... Bede, III, 25. — On remarque le ton
Alors le roi saxon dit à son évêque : ce Est-il vrai, ce Colman, que ces paroles aient été dites par Notre- (( Seigneur à Pierre? — Cela est YTdi, ô roi, » répondit r évêque. « Pouvez- vous, » reprit le roi, « me (( montrer une autorité semblable donnée à votre « Columba? — Non, » dit Févêque. « Vous êtes (( donc , » continua le roi , ce tous deux d'accord (( que les clefs du ciel ont été données à Pierre par (( Notre-Seigneur? — Oui, » dirent à la fois les deux adversaires, ce Alors, » reprit le roi, « je dis (( comme vous qu'il est le portier du ciel et que je ne (( veux pas le contredire, mais au contraire lui obéir « en tout, de peur qu'en arrivant aux portes du (( royaume céleste, il n'y ait personne pour me les (( ouvrir, si je suis l'adversaire de celui qui en « tient les clefs. De ma vie je ne ferai ni n'approu- (( verai rien, ni personne qui lui soit contraire. »
Toute l'assemblée approuva cette conclusion du roi par son vote, en levant les mains", les seigneurs
dubitatif et quelque peu dédaigneux du jeune Wilfrid en parlant de ce grand Columba dont il ignorait évidemment la vie. Du reste, ce discours ne se trouve que dans Bede, lui aussi singulièrement hostile à Columba, Eddi, le contemporain et le compagnon de Wilfrid dans la suite de sa vie, lui attribue un langage beaucoup plus humble, dont il ne cite du reste que peu de chose. — Fleury, racontant cette scène, a cru qu'il s'agissait de saint Colomban de Luxeuil.
1. nie estostiarius et clavicularius. Eddius, c. 10. Cf. Bede,1. c.
2. Hœc dicente rege, elevatis in cœlum manibus, faverunt adsidentes quique, sive adstantes. Bede.
qui étaient assis comme les hommes libres qui étaient debout, et tous décidèrent qu'ils adopteraient les usages romains. La séance fut levée sans qu'on eût discuté les autres points contestés, que l'on regarda sans doute comme tranchés par cette première décision. Des trois évêques qui avaient pris part à la délibération, Agilbert, l'ancien évêque des Saxons de l'Ouest, s'embarqua pour regagner sa patrie, et Gedd, l'évêque des Saxons de l'Est, qui avait servi d'interprète aux deux parties adverses, déclara renoncer aux usages de Lindisfarne où il avait été élevé, et retourna dans son diocèse de Londres, pour y faire prévaloir l'observance romaine.
Mais l'évêque des Anglo-Saxons du Nord, Golman, refusa de reconnaître la décision de l'assemblée. Il ne put se résigner à voir sa doctrine méprisée , ses ancêtres spirituels dépréciés ; il redoutait d'ailleurs la colère de ses compatriotes, qui ne lui auraient pas pardonné sa défection * . Malgré l'affection et la vénération que lui témoignait le roi Oswy, il résolut d'abandonner son diocèse. Emmenant avec lui tous les religieux de Lindisfarne d'origine scotique, qui ne voulaient ni abandonner la Pâque celtique ni se laisser raser la tête à la romaine,
1 . Propter timorera patries suœ, Eddius, 1. c. — Videna spretam suam doctrinam, sectamque esse despecUm. Bede, 111, 26. Cf. IV, 4.
il sortit pour toujours de la Northumbrie et s'en alla à lona pour y consulter les anciens de l'ordre ou de la famille de Columha. Il emporta avec lui les ossements de son prédécesseur saint Aïd an, fondateur de Lindisfarne et premier apôtre celtique de la Northumbrie, comme si cette terre ingrate était désormais indigne de posséder ces reliques d'un saint trahi et ces témoignages d'un apostolat méconnu.
Sans doute ce saint évêque, dont les vertus comme celles de ses prédécessem^s arrachent, à cette heure suprême, un hommage éloquent et généreux au vénérable Bede, aurait mieux fait de se rendre et de rester dans son diocèse en se conformant aux usages romains. Mais quel cœur serait assez mal né pour ne pas le comprendre, le plaindre et cheminer avec lui, le long de la plage northumbrienne et à travers les monts d'Ecosse, lorsque, portant avec lui les ossements de son père, le fier vaincu rentre dans ses brumes septentrionales et va ensevelir dans l'île sacrée d'Iona sa défaite et son indomptable fidélité aux traditions de sa race?
MOINES d'occ, ir. 11