‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 83 sur 201 · WILFRID ÉYËQUE ET LE PRIMAT THÉODORE · texte numérisé non relu

WILFRID ÉYËQUE ET LE PRIMAT THÉODORE

par toute l'Angleterre. — Il rétablit sur le siège d'York Wilfrid, cfuifait de Ceadda l'évêque des Merciens. — Sainte et douce mort de cet intrus. — Théodore et Adrien visitent toute l'Angleterre. — Législature ecclésiastique de Théodore : son Pénitenliel. — Il consacre la cathédrale celtique de Lindisfarne. — 11 crée le système paroissial tel qu'il existe encore; il tient le premier des conciles anglo-saxons à Herlford. — Il ne réussit pas à augmenter le nombre des évéchés, mais introduit dans les monastères la stabilité bénédictine. — Développement littéraire des monastères anglais dû à Théodore et à Adrien. — L'Église d'Angleterre est constituée et la nation anglaise devient un levier entre les mains de la Papauté.

Ce n'était pas seulement des religieux d'origine celtique, Irlandais ou Ecossais, qui n'avaient pas voulu sanctionner par leur présence Pintroduction des pratiques romaines à Lindisfarne ; Colman emmenait encore avec lui trente moines anglo-saxons, parfaitement versés dans l'étude et les pratiques de la vie cénobitique, et qui préféraient les observances celtiques à celles de Rome. Après un court séjour à loua, il emmena tous ces émigrés dans son pays natal et s'établit avec eux dans une île déserte sur la plage occidentale de l'Irlande, qui s'appelait Innhbowe?iy île de la Génisse-Blanche, nom qu'elle garde encore de nos jours. Mais, confinés dans cet îlot battu des flots du grand Océan, les Angio-Saxons dont le dévouement aux usages celtiques avait été assez fort pour les arracher à leur pays, ne purent vivre d'accord avec les Irlandais, leurs anciens confrères de Lindisfarne. Une question purement ma-

térielle les brouilla : elle peint déjà l'iucompatibilité naturelle des deux races qui devaient se livrer sur le sol de l'Irlande des combats bien autrement cruels. Les moines irlandais allaient pendant l'été vaguer dans les endroits qui les attiraient le plus, ceux probablement dont ils étaient originaires ; puis au retour, en hiver, ils voulaient manger le grain que leurs frères anglais avaient péniblement cultivé et récolté^ . Golmanfut obligé de les séparer : laissant les Irlandais dans leur île, il installa les Anglo-Saxons dans un monastère qui, sous le nom de Mayo, prit de grands accroissements, et continua un siècle plus tard à être habité par des religieux anglais, aussi fervents que laborieux, mais eux aussi ramenés des usages celtiques à l'observance orthodoxe et peut-être à la discipline bénédictine dont Wilfrid avait été le propagateur en même temps que des usages romains.

Colman, tout en retirant de Lindisfarne tous ses

1. Eo quod Scotti tempore sestatis qiio fruges erant colligendee, relicto monaslerio, per nola sibi loca dispersi vagarentur; ut vero hieme succedente redirent, et his quae Angli prœparaverant, commiiniter uti desiderarent. Bedr, IV, 4. N'est-ce pas tout à fait la fable de la Cigale et de la Fourmi, et n'est-il pas curieux de retrouver dans ce coin perdu de l'histoire monastique une nouvelle preuve de la différence radicale et de la fatale incompatibilité des deux races celtique et saxonne? — L'intraitable évêque Colman mourut en 674 ou 676 : il est compté parmi les saints du martyrologe d'Irlande.

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compatriotes de race scotiqiie et ceux d'entre les religieux anglo-saxons qui sympathisaient avec eux, n'entendait pas livrer pour toujours à l'ennemi rile sainte où ses prédécesseurs s'étaient complu à voir une nouvelle lona. Avant de partir pour son exil volontaire, il alla supplier son ami le roi Oswy de permettre que les moines restés à Lindisfarne prissent pour supérieur cet Eata, qu'Aïdan avait choisi parmi ses douze premiers disciples northumbriens, qui par amour pour les traditions celtiques avait abandonné le monastère de Ripon où Wilfrid l'avait remplacé, et qui était redevenu abbé de Melrose, c'est-à-dire du noviciat des moines celtiques en Northumbrie. Le roi y consentit : et le confident, l'ami de Golman devint supérieur deLindisfarne avec le titre de prieur, mais avec la plénitude de l'autorité abbatiale.

Il s'agissait ensuite de procéder au remplacement de Colman, comme évêque de toute la Northumbrie. On lui donna pour successeur un de ses compatriotes qui avait déjà habité et même édifié le pays par ses vertus et son activité apostolique, pendant le pontificat de Colman. Ce rehgieux, nommé Tuda, avait été formé dans les monastères de r Irlande méridionale; il s'était déjà conformé au rit romain quant à la célébration de la Pâque et à la forme de la tonsure, parce que depuis trente

ans, comme on l'a dit, cette partie de Plrlande avait adopté les observances de Rome. Ce n'était donc que par son origine celtique qu'il se rattachait à l'ancienne tradition du diocèse : il mourut quelques mois après, emporté par une peste terrible qui fit, en cette année 664, de cruels raA'^ages dans les îles Britanniques. Il fut le dernier des évoques scotiques de la Northumbrie'.

Mais avant de mourir il put assister à une grande solennité religieuse et nationale qui fut célébrée en cette même année critique de 664, si décisive, sous plus d'un rapport, pour l'Angleterre. Cette solennité sembla réunir dans un enthousiasme sincère et unanime les principaux personnages des Etats les plus importants de l'Heptarchie : elle constata surtout l'ascendant progressif de l'influence romaine dont Wilfrid était désormais le champion victorieux. Il s'agissait de la dédicace d'un nouveau monastère en Mercie, dans ce royaume qui avait été si longtemps le boulevard du paganisme saxon et le foyer d'une résistance opiniâtre à la propagande northumbrienne.

Par une de ces transformations si fréquentes au sein des nations germaniques, au moment de leur introduction dans la vie chrétienne, tous les des-

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