Fabeh, page
2. C'est ainsi du moins que semble devoir être rendu le langage assez obscur ([ue lui prête son ami Eddi : 0 domini venerabiles reges,..Sunt hic in Britannia multi episcopi, quorum nullum mcum
(( VOUS demande donc humblement de m'envoyer (( dans les Gaules, où il y a beaucoup d'évêques ca- « tholiques, afin que je puisse recevoir le caractère (( épiscopal sans contradiction du Saint-Siège. » Il refoulait ainsi tout le clergé celtique de la Grande- Bretagne et de l'b^lande dans le schisme, sans que ses apologistes aient conservé la moindre trace d'une décision des Papes, qui l'autorisât à prendre cette attitude. Cependant les deux rois ne firent point d'objection : ils lui donnèrent, au contraire, un nombreux cortège et beaucoup d'argent, afin qu'il pût se montrer aux Francs avec la pompe qu'il aimait et qui convenaità l'évêque d'un grandroyaume. Il traversa donc la mer et alla trouver, à Compiègne, son ami Agilbert, l'ancien évêque des West-Saxons, qui venait d'être fait évêque de Paris. Celui-ci le reçut avec toute sorte d'honneurs comme un confesseur de la foi. Wilfrid fut sacré avec la plus grande solennité, et avec le concours de douze autres évêqucs. Il fut porté à travers l'église et au milieu de la foule sur un trône d'or, par les mains des évêques, qui chantaient des hymnes et qui furent seuls admis à l'honneur de soutenir ce trône. Ils l'instituèrent
est accusare : quamvis veraciter sciam quod haucl ({uatuordeciniani sunt, ut Britones et Scoti ab illis sint ordinati, qiios nec apostolica sedes in commiinioncm recepit, iieque eos qui schismaticis consentiunt. C. 12.
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évêque, non plus à Lindisfarne, comme ses quatre prédécesseurs, mais à York, comme l'avait été Paulin , le premier évêque venu de Gantorbéry et de Rome, comme pour efl'acer ainsi toute trace de la mission des Celtes en NorthumbrieV
Il prolongea peut-être trop son séjour en France, et son retour ne se fit pas sans encombre. Pendant qu'il naviguait dans la Manche et que le clergé qui l'accompagnait, assis sur le pont du navire, remplaçait par des psaumes les chants ordinaires des matelots, une cruelle tempête s'éleva qui les fit échouer sur la côte de Susse x, le plus petit des royaumes de l'Heptarchie, habité, comme son nom l'indique, par les Saxons du Sud. Le reflux de la mer ayant laissé le navire à sec, les gens du littoral accoururent pour exercer le droit de bris et de naufrage toujours si cher aux populations maritimes, et qui s'est maintenu trop longtemps jusque chez les plus catholiques, ainsi qu'on Fa vu dans notre Bretagne. Gomme ces Saxons du Sud étaient encore païens, on ne saurait guère admettre, avec un des biographes de Wilfrid, qu'ils fussent excités contre lui par les rancunes du christianisme celtique : mais ils n'en manifestaient pas moins l'intention de s'emparer du navire, et de ne laisser aux naufragés que le choix entre la servitude ou la mort. Wilfrid
1. Eddils, 1. c. Cf. Bede, in, 28 ; Fridegodus, Vila Rhythmica, cil.
essaya de les pacifier en leur offrant tout son argent, pourvu que lui et les siens pussent rester libres. Mais les païens étaient enflammés par un de leurs prêtres qui, debout sur la falaise maudissait, comme Balaam, le peuple de Dieu et faisait mine de vouloir les exterminer par des sortilèges. Un des compagnons de Wilfrid, armé d'une fronde, comme David, lança contre le pontife païen une pierre qui lui cassa la tête ; son cadavre tomba sur le sable : à cette vue, la fureur des sauvages redoubla, et ils se mirent à escalader le navire. Les Northumbriens de Wilfrid, au nombre de cent vingt, résolurent de se défendre : ils se jurèrent, selon la coutume saxonne, de ne pas s'abandonner les uns les autres, et de ne choisir qu'entre une glorieuse mort ou une vie victorieuse. Wilfrid, avec ses prêtres, priait à genoux sur le pont pendant que les autres combattaient. Trois fois les féroces riverains montèrent à l'assaut et trois fois ils furent repoussés : ils se préparaient à une quatrième attaque sous les ordres de leur roi, que l'espoir du butin avait attiré, lorsque le flot revint subitement, souleva le navire et déli^Ta les vo valeurs de leurs ennemis. Ils allèrent débarquer paisiblement à Sandwich, sur cette côte du Kent où Augustin et ses compagnons avaient pour la première fois foulé le sol de l'Angleterre' .
1. Inilo pacUi, ut nalliis ab alio in fiigam terga verlerel, sed
Une douloureuse surprise les y attendait. Pendant l'absence trop prolongée de Wilfrid, les dispositions du roi Oswy avaient changé. La victoire de Whitby, comme toutes les victoires, avait été moins complète qu'on se Tétait tout d'abord figuré. Le parti celtique, en apparence écrasé par le vote unanime de l'assemblée de Whitby, s'était relevé : il avait repris du crédit auprès du Bretwalda. Ce retour d'Oswy à ses anciennes prédilections pour l'Église celtique, où il avait été baptisé et élevé, doit probablement être attribué à l'influence de la sainte abbesse Hilda, de Whitby, cette princesse du sang royal de Northumbrie, à qui le roi avait confié sa fille en la consacrant à Dieu pour rançon de sa victoire sur les Merciens et de l'affranchissement définitif de son pays\ Tant qu'elle vécut, Hilda resta fidèle aux traditions scotiques, et tant qu'elle vécut, son opposition contre Wilfrid ne se démentit pas* . On a aussi supposé que le roi Oswy commençait à être jaloux de son fils Alchfrid et de l'ascendant que son alliance intime avec Wilfrid lui procurait sur tout le parti romain, bien qu'il l'eût lui-même associé à la royauté et bien que sa qualité de
aut niorteni ciim lande, aiil vilam cum tiiumiilio habere niercreiitur. Eddius, c. 13.