‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 9 sur 201 · BiîDE, m · texte numérisé non relu

BiîDE, m

2. C'est-à-dire sous ses successeurs, car bien qu'Aïdan, fait évoque en 635, ait pu parfaitement voir et entendre Columba mort en 597, on ne trouve aucune preuve de l'assertion de Colgan qui le range, ainsi que ses successeurs Finan et Colman, parmi les disciples directs du grand abbé {Triaa Thaumaturga, p. 487, 489). Il ne fonde cette assertion que sur la mention de trois personnes, portant ces noms, dans la biographie d'Adamnan. Colgan ôte lui-même toute valeur à cet argument en consultant qu'il y a dans les calendriers irlandais vingt-trois saints du nom d'Aïdan, et cent neuf du nom de Colman ou Colomban.

nombre des religieux celtiques qui venaient lui prêter leur concours. Il fallut leur assigner ou plutôt leur créer un centre. Le roi laissa à Aïdan le soin de choisir le siège de son évêché. Bien que son diocèse comprît toute la Northumbrie, il ne songea pas à aller occuper le siège vacant de York. Soit qu'il ait cédé aux préjugés et aux répugnances qui séparaient les Scots des usages romains, soit plutôt qu'il ait voulu ne pas s'éloigner de la région septentrionale où la mission de Paulin avait laissé le moins de traces , et où il avait par conséquent le plus à faire, il voulut placer son monastère épiscopal loin des églises fondées par les moines romains au sud du pays. Il préféra une position un peu plus centrale, voisine de la résidence royale d'Oswald, sur le bord de la mer, mais beaucoup plus rapprochée du golfe d'Edimbourg que de l'embouchure de l'Humber, qui marquent les deux hmites extrêmes du royaume d'Oswald au nord et au midi.

Le moine d'Iona, ambitieux de suivre en tout les traces du grand apôtre de sa race, fondateur du sanctuaire d'où il sortait , voulut imiter saint Golumba jusque dans le choix de sa résidence. Il la fixa comme lui dans une île, voisine de la côte , presque aussi petite, aussi insignifiante, aussi stérile que l'était lona quand le saint exilé d'Irlande y débarqua , et dont l'emplacement reproduit en

quelque façon dans la mer du Nord et à l'orient de la Grande-Bretagne la singularité de la position d'Iona, sur la rive opposée, au bord de l'océan Atlantique.

Au sein des flots de la mer du Nord, en face des collines verdoyantes du Northumberland et de la plage sablonneuse qui s'étend entre Berwick, ville frontière de l'Angleterre et de l'Ecosse, au nord, et la masse imposante de la forteresse féodale de Bamborough , au midi, on voit une île basse, plate et noirâtre, bordée de rochers basaltiques , formant une sorte de massif carré, terminée au nord-ouest par une pointe de terre prolongée qui s'étend vers l'embouchure de la Tweed et l'Ecosse. Cette île porte l'empreinte de la mélancolie et de la stérilité ; elle n'a jamais dû produire que de très chétives récoltes et quelques maigres pâturages. Pas un arbre , pas un pli de terrain, pas un point culminant , sauf un monticule conique au sud-ouest, que surmonte aujourd'hui un château fort, d'une forme pittoresque, mais de construction récente. C'est dans ce chétif îlot que s'éleva la première église chrétienne de toute la région aujourd'hui si peuplée , si riche et si industrieuse qui s'étend de Hull à Edimbourg. Ce fut là Lindisfarne, c'est-à-dire l'Église mère, la capitale religieuse du nord de l'Angleterre et du midi de l'Ecosse, la résidence des seize premiers évêques

de la Nortlmmbrie, le sanctuaire et la citadelle monastique de tout le pays d'alentour, F loua des Anglo-Saxons. La ressemblance de Lindisfarne avec loua, de la colonie avec la métropole, de la fille avec la mère , est frappante : ces deux îles naguère si célèbres , si renommées , si influentes sur deux grandes races distinctes et hostiles , ont le même aspect morne, sombre, triste, mais d'une tristesse rude et sauvage. On sent que la religion seule a pu peupler, féconder et transfigurer ces plagies arides et désolées.

L'île choisie par Aïdan n est d'ailleurs une île que pendant la moitié du jour. Gomme au Mont Saint-Michel en France , deux fois |dans les ^/ingtquatre heures , le flot, en se retirant, laisse à découvert des sables qui permettent de communiquer à pied sec avec la plage voisine * , non sans danger toutefois , car l'on raconte maints exemples de gens noyés pour avoir voulu gagner l'Ile Sainte à marée basse. Du sein de cette nouvelle demeure, Aïdan, en tournant ses regards vers le midi, pouvait découvrir de loin le rocher et la forteresse deBamborough, où Oswald , à l'instar de son aïeul Ida , avait établi sa

1. Insula haec, accedente reumate, quotidie bis undis spumantibus maris alluitur, toliesque relluis maris sinibus, antiqua terra relinquitur. ReginaldiMonachiDunelmensis, Ii6e^^M5 de admirandis B. Cuthberti virtiiUbiis, c, 12.

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capitale ; ses regards comme son cœm:- pouvaient y saluer le jeune et glorieux prince qui était son ami , son auxiliaire et son émule.

On ne sait rien des conunencements de saint Aïdan. Il ne nous apparaît que déjà moine à loua et revêtu d'une certaine autorité parmi ses frères. Elevé à Fépiscopat , il resta toujours moine , non seulement par le cœur, mais par la vie. Presque tous ses collaborateurs celtiques, venus d'Irlande ou d'Ecosse , étaient moines comme lui , et tous suivaient ensemble la règle cénobitique de leur ordre et de leur pays. Cent ans après Aïdan , le système établi par lui à Lindisfarne était encore en pleine vigueur : comme de son temps, Févêque était lui-même abbé de la communauté insulaire, ou bien quand il ne Tétait pas, il demeurait soumis, en tant que religieux, à l'autorité d'un abbé, choisi avec le consentement de la conununauté. Les prêtres, diacres , chantres et autres officiers de Féglise cathédrale , étaient tous moines * .

Mais c'eût été peu de chose que cette discipline et cette régularité monastique , si le propagateur de l'institut n'eût été de la trempe des grands servi-

1. Bede, Hist. eccles., III, 3. — Unde abilloomnes loci ipsiusantistites usque hodie sic episcopale exercent officium, ut régente monasterium abbatequemipsicum consilio fratrum elegerint, omnes... monasticam per oninia cum ipso episcopo regulam servent. Bede, VU. S. Cuthbert, c. 16.

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teurs de la vérité, et imbu des fortes vertus qu'exige l'apostolat.

Né vingt ans après sa mort, Bede ", qui avait toujours vécu dans la contrée qu' Aïdan avait embaumée de ses vertus, a tracé de son caractère et de sa vie l'un des tableaux les plus éloquents et les plus attrayants qui se soient rencontrés sous sa plume. Il lui décerne des éloges, non seulement plus expressifs et plus précis qu'à aucun autre des apôtres monastiques de l'Angleterre, mais d'autant moins suspects qu'ils sont tempérés par les plus vives protestations contre son particularisme celtique. C'était, nous dit-il, un pontife enflammé par la passion du bien , mais en même temps pénétré d'une mansuétude et d'une modération souveraine. Fidèle à tous les grands enseignements de son berceau monastique , il apparut au futur clergé de la Northumbrie comme un prodige de mortification et d'austérité. Il était le premier à pratiquer ce qu'il enseignait , et nul ne put jamais lui reprocher de n'avoir pas accompli de son mieux tous les préceptes des Evangiles, des apôtres ou des prophètes. Indifférent à tous les biens terrestres, il répandait en aumônes tout ce que les rois ou les riches lui donnaient.

1 . C'est à Bede que nous devons tout ce que l'on sait d' Aïdan comme de tant d'autres personnages du septième siècle. Cf. Act. SS. Boll4nd. t. VI Augusti, p. 688.

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A la surprise des Saxons qui étaient, dès lors, comme les Anglais modernes, d'excellents cavaliers etn'estimaient rien plus que le cheval, c'était uniquement à pied que Févêque parcourait les Ailles et les campagnes, pénétrant partout, tantôt chez les riches, tantôt chez les pauvres, pour leur offrir le baptême, s'ils étaient encore païens ; pour les confirmer dans la foi, s'ils étaient déjà chrétiens, et les exciter aux bonnes œuvres et à l'aumône. Tous ceux qui l'accompagnaient , moines ou laïques , devaient chaque jour consacrer un certain temps à méditer, c'est-à-dire à lire la Bible et à apprendre le psautier. Infatigable à l'étude, humble et pacifique, charitable et sincère, il se signalait surtout par son zèle contre les péchés des riches. Loin d'épargner aucun de leurs vices ou de leurs excès , il les reprenait avec une âpre énergie. Contrairement à la coutume reçue, il ne faisait jamais de présent aux chefs et aux nobles, se bornant à leur donner à manger quand ils venaient chez lui , et distribuant au premier pauvre qu'il rencontrait les cadeaux dont ils le comblaient. Mais ce courage sacerdotal qui l'armait contre l'orgueil des puissants se transformait en tendre et vigilante solhcitude quand il s'agissait de défendre les faibles, de soulager les pauvres, de consoler les malheureux. C'était, en un mot, un vrai cœur de prêtre et d'apôtre, dédaigneux de toute fausse grandeur, de toute vaine prospérité,

MOINES d'oCC, IV. 2

victorieux des penchants lâches et pervers de son temps et de tous les temps ' .

De toutes les donations territoriales, que la générosité des rois et des seigneurs saxons prodiguait à l'église dont ils venaient d'embrasser les doctrines, Aïdan ne voulut rien garder pour lui. Il se contenta de Lindisfarne et des quelques champs que renfermait cette île misérable. Mais il se réservait volontiers dans les vastes villœ des rois et des grands remplacement d'une chapelle avec une petite chambre où il préparait ses prédications, et qui lui servait de logement pendant ses courses incessantes et prolongées".

Gomme saint Grégoire le Grand, dont il fut non le disciple, mais l'émule, l'éducation de Fenfance et le rachat des esclaves tenaient dans ses préoccupations une place hors ligne. Dès les commencements de sa mission, il s'attacha douze jeunes Anglais qu'il éleva avec le plus grand soin pour le service du Ghrist, et dont un au moins devint évêque. Ghaque église et chaque monastère qu'il fondait devenait

1. Scripsi liaec... nequaquam ineolaudansvel eligens hoc quod de observantia paschae minus perfecte sapiebat, immo hoc multuin detestans... sed quasi verax historicus... Animum iraî et avaritiae victorem, superbiœ simul et vanee gloriee contemptorem... auclorilatern sacerdote dignain, redarguendi superbos ac potentes, pariter et infirmos consolandi, ac pauperes recreandi vel defendendi clementiam. Bede, III, 3, 5, 17.

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