‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 93 sur 201 · RicAiîD. Hagulstad., Hisi. eccles. Hagust., c · texte numérisé non relu

RicAiîD. Hagulstad., Hisi. eccles. Hagust., c

2. L'êvêque Jaruman avait été envoyé par Wulphère pour ramener à la foi les Saxons de l'Est, ses tributaires, que la grande peste de 66't avait fait retoinb?r dans l'idolâtrie. Voir plus haut, page 118.

Bien que ce royaume eût été converti et gouverné par les moines celtiques, Wulplière était naturellement porté à favoriser le champion du rit romain, par son mariage avec Ermenilda, fille du roi de Kent, et issue par conséquent de la race qui la première avait reçu les enseignements de Rome en écoutant la parole d'Augustin. Elle était nièce de cette reine de Nortbuml)rie, Eanfleda, qui avait été la première protectrice de Wilfrid et avait rapporté de son exil et de son éducation à Gantorbérv un attacliement si fidèle au rit romain. Le roi Wulphère, la reine Ermenilda et l'abbé Wilfrid travaillèrent de concert à propager et à consolider la foi chrétienne dans le vaste royaume de Mercie qui comuiençait déjà à rivaliser d'importance avec la Northumbrio.

Grâce aux vastes donations territoriales que lui fit le roi, Wilfrid put y fonder plusieurs monastères, dans l'un desquels il devait finir sa vie. 11 prêtait ainsi un concours efficace aux heureux résultats obtenus surtout par la reine Ermenilda. Cette douce et noble femme, qui devait, elle aussi, comme tant d'autres princesses de la race de Hengist, finir ses jours dans le cloître, et être inscrite au catalogue des saints, avait été choisie par Dieu pour achever de transformer en chrétiens ces terribles Merciens qui, restés plus fidèles que tous les autres Anglo- Saxons à leur paganisme national, avaient été si

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longtemps la terreur des chrétientés naissantes de l'Angleterre. Elle y réussit autant par ses bienfaits et ses bons exemples que par sa persévérante énergie. L'infatigable activité de son dévouement n'était égalée que par son angélique douceur. Elle ne se reposa que quand après ses dix-sept ans de règne avecWulphère (658-675), l'idolâtrie eut complètement disparu de la Mercie : et alors, devenue veuve, elle entra dans le monastère où l'attendait sa mère, et qu'avait fondé sa tante * .

Pour bien saisir l'ensemble historique de ces premiers âges de l'histoire politique et religieuse des Anglais, il importe de constater les liens du sang par où se tenaient tous ces rois et toutes ces princesses des différentes dynasties qui gouvernaient les royaumes de l'Heptarchie et prétendaient toutes descendre d'Odin. Cette parenté sert le plus souvent de fd conducteur à travers le dédale des incidents qui favorisaient ou entravaient la prédication de l'Evangile, Ainsi la douce et noble Ermenilda avait pour frère Egbert, roi de Kent (664-673). Fidèle comme elle aux traditions de sa race, il se montra toujours plein

1 . Sua diilcedine, blandifluis hortament.is, moribus ac beneficiisitidomita mulcens pectora, ad suave Christi jugum rudes populos et iiidoctos excitabat... Nec requievit invicia, donec idola et ritus deemoniacos extirparet... Act. SS. Bolland., t. II Februar., p. 691. — On verra plus loin l'histoire du monastère d'Ely, fondé par sainte Etheldreda, et dont Ermenilda devint abbesse après sa mère Sexburge.

de zèle pour la religion telle qu'Augustin Tavait enseignée à son bisaïeul Ethelbert, et plein d'affection pour Wilfrid. Après la mort du cinquième successeur d'Augustin, le siège métropolitain étant resté vacant pendant plusieurs années, Egbert appela auprès de lui l'abbé de Ripon pour présider au gouvernement spirituel de son royaume et pourvoir aux ordinations.

Wilfrid exerça pendant trois ans (666-669) cette autorité provisoire, en partageant son temps entre son monastère nortlmmbrien et le diocèse de Gantorbéry, où il se fit beaucoup d'amis. Il en usa surtout au profit de son abbaye de Ripon. Il y conduisit d'abord deux religieux du monastère de Saint-Augustin, bons musiciens, destinés à introduire chez les Anglo-Saxons le chant grégorien, de tout temps pratiqué à Cantorbéry : c'est à l'un d'eux, nommé Hedd ou Eddi, que nous devons la biographie infiniment précieuse et curieuse de son évêque. Avec ces chantres, Wilfrid amenait encore des maçons, ou, pour mieux dire, des architectes, csementarii, avec d'autres artistes ou ouvriers, tous sans doute moines du même monastère, et dont il se proposait d'employer les talents aux grandes constructions qu'il méditait déjà. Enfin il rapportait du premier sanctuaire créé par les fils de saint Benoît en Angleterre un don plus précieux et plus fécond encore

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que la musique ou l'architecture : la règle de saint Benoît, que nul n'avait encore tenté d'introduire clans les monastères northumbriensV Wilfrid s'en constitua dès lors l'ardent et zélé propagateur ; il en fit marcher l'adoption de front avec la tonsure romaine, avec l'observance exacte de la Pâque, avec le chant harmonique et alterné de la liturgie. Il réussit au delà de toute attente : car c'est à lui, et à lui seul, qu'on doit attribuer la substitution graduelle mais rapide de la règle bénédictine aux traditions celtiques dans les grandes et nombreuses communautés que les fils de saint Golumba avaient créées dans le nord de l'Angleterre. On a vu, dans la vie de Columba, qu'il ne régnait aucune différence fondamentale entre la vie monastique telle que l'avait réglée le grand législateur du Mont-Cassin et telle qu'on la pratiquait à lona ou dans les autres communautés de l'Irlande et de la Grande-Bretagne. C'est tout au plus si l'on peut signaler la plus grande austérité des jeûnes et d'autres mortifications, avec une application plus prononcée à la transcription des manus-

t. Cumcantatoribiis iEddeet.^ona et Ccementariisomnisquepsene artis ministerio in regionem suam reverlens cum régula Benedicti, instiluta ecclesiarum bene melioravit. Eddius, c. 14. — Nonne ego curavit... quomodo vilam monacUorum secundum regulum S. Benedicti patris, quamnullus ibi priusinvexit,constituerein?/6ifZ.,c. 45. Cf. Mabillon, Act. SS. 0. S. B., t. V, p. 633, puis Annales Benedic- Uni, lib. XV, n. 64.

crits, comme des caractères alors distinctifs de la vie religieuse chez les GeltesV Mais dans l'esprit de Wilfrid comme dans l'intérêt général de l'Église, il importait beaucoup que la puissante armée régulière du christianisme saxon marchât sous le même drapeau et répondît au même mot d'ordre. Ce mot et ce drapeau avaient été apportés de Rome par les missionnaires bénédictins du Mont-Gœlius et confiés aux deux grandes fondations monastiques de Cantorbéry, où Wilfrid alla les prendre pour en faire les caractères souverains et désormais ineffaçables de l'organisation ecclésiastique de l'Angleterre.

Cependant la face des affaires va de nouveau changer. Il s'agissait de donner un successeur à l'archevêque Deusdedit. Pour y pourvoir, le roi de Northumbrie, Oswy, usa de l'autorité supérieure que semblent s'être attribuée en matière ecclésiastique les Bretwaldas ; il montra en même temps que si le parti celtique, caressant ses souvenirs de jeunesse, avait pu le déterminer à rendre Wilfrid victime d'une exclusion inique, il n'en demeurait pas moins sincèrement soumis à la primauté du Saint-Siège, si

1. Quant à l'élection des abbés qui était une des bases les plus essentielles de la règle bénédictine, on voit que Wilfrid lui-même y dérogeait sans embarras, en désignant à ses moines le successeur qu'ils devaient leur donner. Eddius, c. 61.

solennellement reconnue par lui à la conférence de Whitby. Après s'être concerté avec le jeune roi Egbert de Kent et avec les chefs du clergé anglosaxon (667), il désigna un moine de Gantorbéry, nommé Wighard, reconnu partons comme très digne de l'épiscopat. Saxon de naissance mais formé à Técoledes premiers missionnaires envoyés de Rome par saint GrégoireS et réunissant aussi les conditions propres à satisfaire les exigences de l'esprit national, en même temps que les conditions de la plus sévère orthodoxie. Puis, toujours d'accord avec le roi de Kent, il fit ce que n'avait encore fait aucun roi anglais, ni même, que je sache, aucun roi des nations nouvellement converties : il envoya le nouvel élu à Rome pour y être sacré par le Pape, afin que lui-même pût ensuite ordonner des évêques parfaitement orthodoxes dans toutes les éghses d'Angleterre.

Wighard, à peine arrivé à Rome, y mourut de la peste avec presque tous ses compagnons. Les deux rois résolurent alors de laisser au Pape le choix du nouveau métropolitain de F Angleterre.

Autant Oswy mettait d'humihté et de zèle à reconnaître la suprématie romaine, autant le Pape, qui était alors Yitahen (658-672) , mit peu d'empres-

1. Intellexerateniui veraciler, quamvis educalus à Scottis, cji;ia Romana esset catholica et apostolica ecclesia... Bede, Hist. eccles., m, 29; Hist. Abbatum in Wiramxitha et Girviim, n. 3.

sèment à user de la faculté qu'on lui abandonnait. Il répondit à Oswy qu'il n'avait encore pu trouver personne qui fut propre à ime mission si lointaine. Il promit de chercher encore, et en attendant il félicitait le roi de sa fidélité, l'exhortant à continuer à se conformer, soit pour la Pâque, soit pour tout le reste, aux traditions des apôtres Pierre et Paul, que Dieu avait donnés au monde comme deux grandes lumières pour éclairer chaque jour le cœur des fidèles par leur doctrine. Il l'engageait à compléter l'œuvre de la conversion et de la réunion de toute l'île dans une même foi apostolique. Il lui envoyait parla même occasion des reliques de divers martyrs et une croix contenant une parcelle des chaînes de saint Pierre, pour la reine Eanfleda, Tamie de Wilfrid. (( Votre épouse, disait le Pape, est notre fille spirituelle; ses vertus et ses bonnes œuvres sont la joie de toute l'Eghse romaine et la nôtre, en même temps qu'elles fleurissent devant Dieu comme les tlein^s parfumées du printemps. »

Après de nouvelles et longues recherches, le Pape fixa son choix sur Adrien, Africain de naissance, et abbé d'un monastère près de Naples, aussi parfaitement versé dans la discipline ecclésiastique et monastique que dans la connaissance du grec et du latin. Adrien n'objecta ni la distance, ni son ignorance de la langue anglo-saxonne ; mais il

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se déclara indigne de l'épiscopat, et indiqua au Pape un religieux dont l'âge et le genre d'instruction convenaient mieux à cette difficile mission. C'était un moine nommé André, attaché à un monastère de vierges en Italie, et que tous jugeaient digne d'être choisi ; mais ses infirmités corporelles robhgèrent d'y renoncer. Alors Adrien, de plus en plus pressé par le Pape, lui proposa un autre de ses amis, qui se trouvait à Rome, un rehgieux grec nommé Théodore, né à Tarse, comme saint Paul, de bonne vie et mœurs, d'une science si profonde et si variée qu'il était surnommé le Philosophe, ^ et d'un âge déjà vénérable, puisqu'il avait soixante-six ans. Cette proposition fut agréée par le Pape, mais à la condition expresse que l'abbé Adrien' accompagnerait son ami en Angleterre, afin de veiller à ce qu'il n'introduisît rien dans cette Eghse de contraire à la foi orthodoxe, comme faisaient trop souvent les Grecs. Cette défiance était justifiée par les cruelles et sanguinaires dissensions qui bouleversaient alors l'Éghse d'Orient, à l'occasion de l'hérésie des monothélites, et de l'intervention constante des empereurs byzantins dans les questions de foi. La chose ainsi réglée, comme Théodore avait la tête entière-

1, Sœculari simul clecclcsiasticaphilosophia pra3cliluin virinn, et hoc in lUraquc lingiia, giœca silicet et laliiia. Bédé, llhi. Abbaium, c. 3. C(. Ilist. ecdcsiast., IV, 1.

ment rasée, selon Fusage des moines d'Orient il lui fallut, avant de se mettre en route, attendre quatre mois que ses cheveux eussent poussé de manière à rendre possible la tonsure des moines d'Occident en forme de couronne. Dès que ses cheveux eurent reçu la forme régulière, le moine Théodore fut sacré par le Pape (26 mars 668) et se mit en route avec l'abbé Adrien poiu* l'Angleterre.

Mais à cet Asiatique et à cet Africain si singulièrement choisis pour régir l'Eglise anglo-saxonne et qui remplirent si bien leur tâche, le Pape avait sagement résolu d'adjoindre un troisième personnage dont le concours, au moins dans les premiers temps, devait leur être indispensable. Ce fut ce jeune seigneur northumbrien, Benoît Biscop, que nous avons vu partir d'Angleterre, pour faire son pèlerinage à Rome avec Wilfrid, puis se séparer de celui-ci à LyonV Après ce premier voyage, le jeune Benoît revenu en Angleterre n'avait cessé de vanter à ses compatriotes tout ce qu'il avait vu à Rome, et d'en chérir le souvenir. Ce souvenir l'entraîna une seconde fois à Rome, d'où, après de nouvelles études et de nouvelles jouissances, il était allé prendre la tonsure et embrasser la vie rehgieuse au grand sanctuaire monastique de Lérins, où l'abbé Aygluphe

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