‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 94 sur 201 · Voir plus haut, page · texte numérisé non relu

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venait d'introduire la règle bénédictine^ . Après deux ans de séjour dans cette île alors encore si vénérée, il n'avait pas pu résister au désir de revoir Rome, par dévotion pour saint Pierre. Il s'y était rendu pour la troisième fois, sur un navire de commerce ; et il s'v trouvait encore lorsque le Pape Vitalien lui enjoignit de renoncer à ce pèlerinage pour en accomplir un plus méritoire en retournant dans son pays, afin d'y servir de guide et d'interprète au nouvel archevêque'. Benoit obéit : et les trois envoyés de Rome se mirent en route pour l'Angleterre, dont ils allaient, en quelque sorte, soixante-dix ans après la mission d'Augustin, prendre possession une seconde fois au nom de l'Église romaine.

Mais leur voyage ne se fit pas sans obstacle ; il leur fallut plus d'un an pour aller de Rome à Cantorbéry. Au lieu de rencontrer en France, comme Augustin, le généreux concours d'une reine comme Brunehilde, les nouveaux missionnaires la trouvèrent en proie à la tyrannie d'Ébroïn, le maire du palais, le premier de ces grands politiques trop nombreux dans notre histoire, que la postérité

1. Alliez, Histoire du monastère de Lérins, 1860, t. î, p. 371. J'aime à signaler en passant cette monographie comme l'un des meilleurs travaux de notre temps sur l'histoire monastique.

2. Ad patriam revcrsus studiosis ea quas vidct ecclesiasticee vil.ne institula diligere etquibus potuit prœdicare non desiit... Advenienlc nave merca'orio, desiderio satisfecit... Hist. Abbaium, c. 2, 3.

a si lâchement admirés ou aljsous, et qui pour le malheur de notre patrie n'ont cherché le triomphe de leur égoïste grandeur que dans l'abaissement et la servitude universelle. La présence de ces trois personnages , un Grec , un Africain, et un Anglo-Saxon , tous trois munis des recommandations du Pape, parut suspecte, au tout-puissant ministre. L'empereur bysantin. Constant II, encore alors souverain de Rome, qu'il avait récemment visitée et pillée, mais où il parlait de rétabhr le siège de TEmpire, excitait les inquiétudes d'Ebroïn, qui s'imagina que ces envoyés du Pape pouvaient bien être chargés de tramer quelque entreprise entre l'empereur et les rois anglo-saxons contre le royaume des Francs de Neustrie et de Bourgogne dont il se regardait comme le chef. Ce fut surtout l'abbé Adrien qui lui parut dangereux ; aussi ne fut-il relâché que deux ans après ses compagnons. Cependant, grâce à l'intervention directe du roi Egbert, l'archevêque Théodore put enfm aborder en Angleterre, et prendre solennellement possession de sonsiège (!27 mai 660) . Son premier acte fut de confier à son pieux compagnon de voyage, au Nortliumbrien Benoît I3iscop, le gouvernement de la grande abbaye, voisine de Cantorbéry, qui contenait la sépulture des archevêques et des rois, et que saint Augustin avait dédiée à saint Pierre, mais qui n'est connue que sous le

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nom do Tapôtre des Anglais. Benoît en demeura supérieur jusqu'à l'arrivée d'Adrien (671), qui en fnt aussitôt investi par le nouvel archevêque, à qui le Pape avait prescrit d'établir dans son diocèse l'abbé africain avec les religieux qui l'accompagnaient ' .

L'arrivée de saint Théodore signale une ère nouvelle dans l'histoire des Anglo-Saxons '.

Il fallait certes un fier courage et une sainte ambition à ce grand vieillard, pour l'engager à soixante-sept ans dans une tâche aussi laborieuse que celle du gouvernement spirituel de l'Angleterre. L'histoire de l'Eghse offre peu de spectacles plus imposants et plus consolants que celui de ce Grec d'Asie Mineure, de ce compatriote de saint Paul, de ce philosophe mitre % de ce moine presque septuagénaire, venu des rives de l'Orient pour faire l'éducation d'une jeune nation de l'Occident, en disciplinant, pacifiant et ordonnant les éléments disparates, les races diverses, les dynasties rivales, les forces naissantes dont la réunion devait un jour constituer un des plus grands peuples du monde.

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