LiN(;ARn, Anglo-Sajcon Chunh, t. I, p
3. Cofamnliiin et cocpiscopum nostriim, niagnae insulœ BritanniiC arcliiepiscopum etphilosophuni. Epist. Agvthonis Papx adlnip., Bauonilm, an. 680.
ET LE PlUMAT THÉODORE. 21b
Grâce au concours du puissant roi de Nortbumbrie, le nouvel archevêque de Gantorbéry se voyait investi pour la première fois d'une autorité universellement reconnue par tous les Anglo- Saxons (669-690). Cette suprématie, que rinclination intelligente du Bretwalda Oswy pour l'unité romaine l'aidait si efficacement à exercer, lui fut solennellement reconnue par le Pape \ italien, qui renouvela en sa faveur toutes les pérogatives que Grégoire le Grand avait confiées à Augustin et au siège de Gantorbéry, en omettant toute mention de la seconde métropole que Grégoire voulait établir à York ^ . Gette autorité suprême sur toutes les Églises de la Grande-Bretagne, quelle que fut leur antiquité ou leur origine, n'avait été, entre les mains d'Augustin et de ses successeurs, qu'un titre et un droit. Elle devint pour la première fois, entre celles du a ieux moine grec , une réalité puissante et incontestée.
Le premier usage qu'il fit de cette suprématie fut de réparer l'injustice dont Wilfrid avait été victime. Oswy ne semble y avoir mis aucune opposition : il s'inclina devant l'autorité apostolique, dont Théodore lui fit connaître les décrets ". Il couronna
1. Bede, IV, 2.Cf.GnLL. MALMESB.,cZe Gest.ponlif. Angl.^XA.- Diplôme du pape Vilalien^ in Act. SS. Bolland., t. VISeptembriSj p. 59.
216 WILFRID ÉYÊQUE
ainsi son règne par un acte de réparation et de repentir, en laissant rétablir sur le siège épiscopal de la capitale de son royaume l'homme qu'il en avait injustement expulsé \ L'humble et pieux Geadda, qui avait consenti, par un étrange oubli de son devoir, à remplacer Wilfrid, ne fit aucune résistance à l'application des lois canoniques qui le dépouillaient du siège usurpé. Il dit à l'archevêque : (( Si vous avez la certitude que mon épiscopat n'est (( paslégitime,jerabdiquevolontiers; je n'ai jamais (( cru que j'en étais digne et je ne l'avais accepté que c( par obéissance . » Sur quoi , comme Wilfrid dépossédé par lui s'était retiré dans son monastère de Ripon, ainsi lui-même regagna le monastère de Lastingham, prèsWhitby, fondé par son frère, et où on l'avait pris pour le faire évêque. Il y vécut quelque temps dans la paix de la retraite. Mais le généreux Wilfrid, qui avait pu apprécier les vertus du saint intrus, dont il avait continué d'habiter le diocèse, eut à cœur de les remettre en lumière. L'évêché du royaume de Mercie étant venu à vaquer, il persuada à son fidèle ami Wulphère d'y appeler Geadda, et
1. On remarquera que Wilfrid ne fut jamais qu'évêque, et non archevêque d'York. La dignité métropolitaine attachée par saint Grégoire a ce siège disparut après la fuite de Paulin, et ne fut restituée qu'en 735à Egbert, connu par lalellre que lui adressa le vénérable Bede, et par plusieurs monuments de législation ecclésiastique publiés dans les Ancient laws and institutes of EnQlancL
lui abandonna comme résidence une terre nommée Lichfield, que ce roi lui avait autrefois donnée, à lui Wilfrid, afin qu'il pût y établir un siège épiscopal pour lui ou pour un autre ' . Théodore et Geadda se prêtèrent tous les deux à cette combinaison. Mais l'archevêque voulut que l'évêque se laissât sacrer de nouveau, avec le concours de Wilfrid, à cause de l'irrégularité des deux évêques bretons qui avaient concouru à sa première ordination". D'ailleurs Théodore ne cessa de lui témoigner tout Fhonneur que méritait sa sainte vie : et comme par amour du travail et selon l'usage des premiers évêques northumbriens du rit celtique, Geadda s'obstinait à parcourir à pied l'inunensc espace de son nouveau diocèse, le primat lui commanda d'user d'un cheval, et mit lui-même la main à l'étrier pour contraindre l'humble évêque à y montera
Par une déhcatesse charmante, Wilfrid assignait à cet innocent usurpateur le soin de continuer la
1. Bede, IV, 2. — Eddius, c. 15. — Lichfield, érigée quelque temps en métropole au iuiitième siècle, et restée évêché jusqu'à nos jours, tirait son nom de la quantité des corps de martyrs, immolés sous Dioclétien, qu'on y avait découverts : Leich ou Lich-field.
2. C'était la première application d'un canon qu'il Ht décréter plus tard : Qui ordinati sunt Scotorum vel Britonum episcopi, qui in pascha vel tonsura catholicse non sunt ordinati ecclesiœ, iterum a calholico episcopo manus impositione confirmenlur. Ap. Thokpe p. 307.