‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 96 sur 201 · Bédé, IV · texte numérisé non relu

Bédé, IV

MOINES DOCC, IV. 13

tâche qui avait occupé et consolé sa disgrâce. Ceadda fut pendant trois ans enMercie ce qu'avait été Wilfrid, en s'associant comme lui aux nobles efforts du roi et de la sainte reine Ermelinda pour étouffer les derniers restes de l'idolâtrie. Dans les intervalles de repos que lui laissaient ses courses pastorales, il habitait un petit monastère qu'il avait construit près de sa cathédrale, pour y continuer sa vie d'oraison et d'étude avec sept ou huit religieux de ses amis. Après avoir donné les plus beaux exemples d'humilité, de science, de ferveur et de pauvreté volontaire, ce fut là qu'il mourut (2 mars 672); et le récit de ses derniers jours a été transmis, par le moine qui lui tenait compagnie, au vénérable Bede, toujours si scrupuleux dans l'indication des sources où il puisait les matériaux de son histoire religieuse de la nation anglaise, ce Mon père, » disait le disciple à l'évêque moribond, « oserais-je vous faire (( une question? — Demande-moi ce que tu veux. (( — Je vous conjure de me dire ce qu'étaient ces ((' chants d'une harmonie délicieuse que nous enten- (( dions tout à l'heure et qui tantôt descendaient du (( ciel, tantôt y remontaient : n'était-ce pas l'inelfa- (( ble suavité de la voix des anges? — Tu l'as donc (( entendue et reconnue, cette voix d'en haut dont il (( ne faut rien dire à personne avant ma mort ! Eh bien , « oui ! c'étaient eux ! Les anges sont venus m'appeler

« au ciel que j'ai toujours aimé et désiré : ils m'ont « promis de revenir dans septjours pour m'enunener (( avec eux. » Et quand le jour de la délivrance et de Ja récompense fut arrivé, le témoin de cette mort bienheureuse ne vit pas seulement le ciel s'entr'ouvrir et les anges apparaître : il crut voir aussi le frère du moribond, son inséparable compagnon d'autrefois, évêque et moine comme lui, qui descendait du ciel entr' ouvert pour venir chercher Pâme de son frère et la conduire à l'éternel bonheur. Vingt traits de cette nature, qui surnagent au sein de cet océan de siècles et de peuples oubliés, nous démontrent que, chez ces néophytes barbares si promptement transformés en austères religieux et en saints, les affections naturelles conservaient tout leur empire et se confondaient, dans une douce et sainte union, avec la grandeur et la beauté de leur vocation surnaturelle ' .

Ayant ainsi réglé ou redressé le gouvernement des âmes dans les deux plus vastes royaumes de la confédération saxonne, enNorthumbrieeteuMercie, le vieil archevêque poursuivit, avec une activité que

1. Vocem suavissimam cantantium atque laelantlum de cœlo ad terras usque descendere... Vidit animam Ceddi fratris ipsius cuni agmine angelorum descendere de cœlo, et assumpta secum anima ejus, ad cœlestia régna redire, Bede, VI, 3. — Ce frère n'était autre que révêque Cedd, qui avait servi d'interprète à la conférence de Whitby.

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son âge ne ralentissait en rien, la tâche que le Saint- Siège lui avait assignée. Il parcourut successivement toutes les provinces de File déjà occupées par les Anglo-Saxons . Avec le concours des anciens évêques et de ceux qu'il institua partout où il en manquait, il s'appliqua, dans tous les royaumes, à pacifier les sanglantes inimitiés des princes et des nobles, à rétablir l'ordre canonique et la discipline ecclésiastique, à corriger les abus, à répandre les bonnes mœurs et à régler, selon l'usage romain, la célébration de la Pâque ^ . On lui attribue à cette occasion l'initiative de laloi ecclésiastique qui prescrivait à tous les pères de famille de réciter chaque jour et d'enseigner à leurs enfants l'oraison dominicale avec le symbole des apôtres en langue vulgaire'. L'abbé Adrien l'accompagnait partout et le secondait en tout. Ces deux vieux moines, venant l'un d'Asie et l'autre d'Afrique, étaient reçus, écoutés, obéis parles Anglo-Saxons avec cette affectueuse déférence qui triomphe si facilement dans les cœurs chrétiens des préjugés et des défiances d'une étroite nationalité. Ils répondaient à l'adhésion populaire par leur zèle infatigable pour l'âme et le

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