‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 14 sur 274 · S. Grec, Dlal., c. 9, 10, 11, etc · texte numérisé non relu

S. Grec, Dlal., c. 9, 10, 11, etc

religieux, dont l'affluence était toujours grande auprès de lui, dans leurs études et dans les travaux d'agriculture et de maçonnerie qu'il partageait avec eux : dans les courses lointaines qu'ils avaient parfois à accomplir il les suivait par un regard intérieur, découvrait leurs moindres manquements, Içs réprimandait au retour, les astreignait en tout à la stricte observance de la règle qu'ils avaient acceptée. Il exigeait de tous l'obéissance, la sincérité, l'austère régularité dont il donnait le premier exemple.

Gomme à Subiaco, beaucoup déjeunes gens de familles nobles et riches étaient venus se ranger sous sa direction ou lui avaient été confiés par leurs parents. Ils travaillaient avec les autres frères à la culture des terres ou à la construction du monastère et étaient astreints à tous les services imposés par la règle. Quelques-uns de ces jeunes nobles se révoltaient en secret contre cette égalité. Parmi eux se trouvait, selon le récit de saint Grégoire, le fils d'un défenseur, c'est-à-dire du premier magistrat d'une ville ou d'une province. Un soir, son tour étant venu d'éclairer l'abbé Benoît pendant le souper de celui-ci, tout en tenant le candélabre devant la table abbatiale, il sentit son orgueil se soulever et se dit à lui-même : « Qu'est-ce donc « que cet homme-là pour que je me tienne ainsi

(( pendant qu'il mange, debout devant lui, une c( chandelle à la main , comme un esclave ? Suis-je (( donc fait pour être son esclave'? » Aussitôt IJenoit, connue s'il l'avait entendu, lui reprocha vivement ce mouvement d'orgueil, fit prendre le candélabre par un autre et le renvoya dans sa cellule troublé d'avoir été à la fois découvert et réprimé dans ses plus secrètes pensées. C'est ainsi que le grand législateur inaugurait dans son cloître naissant cette alliance des races aristocratiques avec rOrcke bénédictin dont nous aurons à citer tant de généreux et féconds exemples ; car en domptant l'orgueil de la force et de la richesse , on ne voit pas qu'il ait étouffé chez sa postérité la juste fierté de l'âme et du caractère. Dieu est avec les simples et les humbles : il n'est ni avec les lâches ni avec les imbéciles.

Nobles et plébéiens , riches et pauvres , jemies et vieux , Benoît les astreignait tous à la même discipline. Mais aussi il ne voulait d'excès ni de violence en rien : et conmie on lui annonçait qu'il y avait dans les montagnes voisines un solitaire qui, non content de se trouver enfermé dans une. étroite caverne, s'était attaché au pied une chaîne dont

1, Qui est hic* cui ego manducanti assiste, lucernam teneo, servitutem impendo? Qiiis sum ego ut isti serviam? S. Grec, Diul., c. 20.

MOINES d'oCC, II. 2

l'autre bout était fixé clans le roc, de sorte qu'il ne pouvait se mouvoir au delà de la longueur de cette chaîne, Benoit lui lit dire de la briser, en ces termes : c( Si tu es vraiment serviteur de Dieu, sois (( contenu non par une chaîne de fer, mais par la (( chaîne du Christ ' . »

Puis étendant sa sollicitude et son autorité sur les populations d'alentour, il ne se contentait pas de leur prêcher la vraie foi avec une rare éloquence", il guérissait encore les malades, les lépreux, les possédés, pourvoyait à toutes les nécessités de l'âme et du corps, payait les dettes des honnêtes gens pressés par leurs créanciers et répandait en aumônes incessantes les provisions de blé, de vin , de linge , que lui envoyaient les chrétiens riches des environs. Une cruelle disette ayant ravagé la Campanie en 539, il lit distribuer aux indigents toutes les provisions du monastère, tellement qu'un jour il ne restait plus que cinq pains pour nourrir toute la communauté. Les moines en étaient tout tristes et effrayés. Benoît leur fit honte de leur pusillanimité, ce Vous n'en avez pas assez (( aujourd'hui, » leur dit-il ; « mais demain vous en (( aurez trop. » Et en effet le lendemain on trouva

1. Si servus Dei es, non te teneatcatena ferreaj-sed catena Christi. S. Grec, Dial., 1. m, c. 16.

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