S. Grec, Dial., 1. ii, c
à la porte du monastère deux cents boisseaux de farine qu'une main inconnue y avait amenés. Ici encore il posait les bases de cette tradition de munificence sans bornes a laqnelle toute sa descendance spirituelle est restée invinciblement fidèle et qui a fait l'honneur et la loi de son existence .
Tant de sympathie pour les pauvres leur inspirait naturellement une aveugle confi?ance en lui. Un jour, comme il était sorti avec les frères pour travailler aux champs, un paysan vint au monastère, outré de douleur, portant entre ses bras le corps de son fils mort et demandant le père Benoît. Comme on lui dit qu'il était aux champs avec les frères, il jette le corps de son fils devant la porte, et dans le transport de sa douleur il court à toutes jambes chercher le saint. Il le rencontre qui revenait du travail, et dès qu'il l'aperçoit il se met à crier : « Rendez-moi mon fils ! » Benoît s'arrête et lui dit : « Est-ce moi qui vous l'ai enlevé? » Le paysan reprend : (( Il est mort, venez le ressusciter . » Benoît, affligé de ses paroles , s'écrie : « Retirez-vous , ce (( n'est pas notre affaire ; cela appartient aux saints (( apôtres. Que venez-vous nous imposer un farce deau insupportable? » Mais le père insiste toujours et jure,- dans sa douleur passionnée, qu'il ne s'en ira pas avant que le saint ait ressuscité
son fils. L'abbé lui demande où est ce fils : « Voilà, » dit-il, « voilà son corps à la porte du « monastère. » Benoît y étant arrive se met à genoux, puis se couche, comme Élie chez la veuve de Sarepta, siu* le corps de l'enfant, et se relevant, étend les mains au ciel en priant ainsi : ce Sei- (( gneur, ne regardez pas mes péchés, mais la foi «de cet homme, et rendez à ce corps l'âme que (( vous en avez ôtée. » A peine a-t-il achevé sa prière que tout le corps de l'enfant tremble à la vue de tous les assistants. Benoît le prend par la main et le rend à son père, plein de vie et de santé'.
Sa vertu, sa renommée, la puissance surnaturelle qui éclatait de plus en plus dans toute sa Aie, Térigèrent naturellement en protecteur des pauvres laboureurs contre les violences et les rapines des nouveaux maîtres de l'Italie. Le grand Théodoric avait organisé un gouvernement énergique et tutélaire ; mais il déshonora la fin de son règne par la persécution et la cruauté, et depuis sa mort la barbarie avait repris chez les Goths son ancien ascendant. Les populations rurales gémissaient sous le joug de ces rudes oppresseurs, doublement acharnés, comme Barbares et comme ariens, contre les Itahens catholiques. Benoît, le patricien ro-