‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 143 sur 274 · Vita S. Aredii Abbaiis, c · texte numérisé non relu

Vita S. Aredii Abbaiis, c

riches. Les nobles gaulois, les membres des familles qualifiées de sénatoriales, occupent le même rang que sous l'empire romain et s'associent, dans la cour et dans le cortège militaire des rois mérovingiens, aux leudes et aux antrustions de race franque. On trouve partout des Gallo-Romains aux premiers rangs, et non seulement dans l'Eglise, où ils possèdent presque exclusivement les évêchés jusqu'à fin du yf siècle, mais parmi les convives du roi, parmi les ducs et les comtes, à la tête des armées et même dans les offices de la domesticité royale, qui sembleraient avoir du être exclusivement réservés aux compagnons et aux compatriotes du prince.

11 faut toutefois signaler la différence qu'établit la loi salique dans le prix de compensation dû pour les meurtres commis sur les Francs ou sur les Romains, et d'après laquelle on apprend que la vie du Romain n'était estimée que la moitié de celle du Franc. Hormis cette seule disposition, on survit l'orgueil naturel du vainqueur, on ne trouve aucune trace de distinction radicale entre la race conquérante et la race conquise. Le Gallo-Romain conserve son droit privé, mais il est soimiis aux mêmes lois et il obtient les mêmes garanties que le Franc. Quant au droit public, comme le Barbare, mais pas plus que lui, l'indigène est exposé aux

violences atroces qui éclataient chaque jour clans la société d'alors, et qu'il commettait à son tour et aussi souvent que le Franc ou le Burgondc ' . Car il y avait des Gallo-Romains tout aussi imbus que les Barbares de la férocité qu'inspire la possession de la force et de la richesse sans contrcMe. On les trouve de moitié dans presque tous les forfaits et toutes les perfidies qu'énumèrent les annales de cette malheureuse époque. On l'a dit avec raison, (( le plus grand mal de la domination barbare était peut-être rinfluence des Romains avides et corrompus qui s'insinuaient auprès des nouveaux maîtres'. » C'est surtout à eux que l'on doit attribuer ces raffinements de débauche et de perfidie que l'on voit avec surprise se produire au sein de la brutalité sauvage des hommes de race germanique. Ils enseignaient à ceux-ci l'art d'opprimer et de dégrader leurs compatriotes par des moyens que la grossièreté naturelle des Goths ou des Teutons ne leur eût jamais inspirés. Il s'en faut bien que tout ait été profit pour les Barbares dans leur contact

1 . Roth et Léo , dans les ouvrages déjà cités, et Waitz {Deutsche Verfassungs Geschichte), ont démontré sans réplique cette identité de position entre la noblesse franque et gauloise sous la domination mérovingienne : l'abbé Dubos en avait fait la base de son système absurde sur l'absente de toute conquête.

2. Henri Martin, 1. 1, p. 394. — Cf. Augustin Thierry, Récits méroi\, t. l\, p. 45, et Albert Du Boys, Histoire du droit criminel.

avec le monde romain, dépravé sous l'empire. Ils lui apportaient des vertus viriles dont il avait perdu le souvenir, mais ils lui empruntaient en même temps des vices abjects et infects dont le monde germanique n'avait pas idée. Ils y rencontrèrent le christianisme ; mais, avant d'en subir la bienfaisante influence, ils eurent le temps de se tremper dans toutes les bassesses et tous les débordements d'une civilisation corrompue longtemps avant d'être vaincue. Le régime patriarcal qui caractérisait les anciens Germains dans leurs rapports avec leurs enfants, leurs esclaves, comme avec leurs chefs, tomba en ruine au contact de cette dépravation contagieuse.

Plus tard, lorsque l'esprit chrétien eut établi son empire, et lorsque tous les vieux débris romains eurent été absorbés et transformés par l'élément germain , sous les premiers Garlovingiens , le mal s'atténua , et s'il ne disparut pas complètement , du moins toutes les nations de la chrétienté purent se constituer sous des lois et des mœurs dont il n'y avait ni à rougir ni à se plaindre. Mais à l'époque où nous sommes , rien de plus triste que cette première fusion de la barbarie germanique avec la corruption romaine. Tous les excès de l'état sauvage s'y combinent avec les vices d'une civilisation savamment dépravée. C'est de cette origine perverse

et fatale que découlent ces abus révoltants du droit seigneurial qui, conservés et développés à travers les siècles, ont si cruellement affaibli et dépopularisé la féodalité. Et c'est là qu'il faut chercher le secret de ces exemples monstrueux de trahison et de férocité qui , en se reproduisant presque à chaque page du récit de Grégoire de Tours , projettent une si sanglante lueur sur les premiers temps de notre histoire.

De là aussi ces tentatives de rois mérovingiens pour rétablir, en l'aggravant, la fiscalité romaine. Tantôt c'est aux églises qu'ils veulent faire payer le tiers de leurs revenus^ ; tantôt c'est la capitation qu'ils veulent établir, non plus comme chez les Romains, sur les plébéiens sans propriétés foncières, mais sur tout le monde, et sur les Francs tout les premiers. Mais ici le vieux droit germanique reprit le dessus. Même en l'absence des assemblées nationales qui semblent avoir été suspendues pendant le règne de Clovis et de ses successeurs immédiats-, la résistance fut énergique et triomphante. Les rois mérovingiens eurent beau manifester un penchant précoce à imiter Tautocratie des empereurs romains, ils eurent toujours à comptei' avec les nobles francs, qui n'entendaient pas re-

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